[*] Je fus de ceux-là, puisque mon article, "Al-Dura : Pour une sortie de crise digne et consensuelle", a été publié dans le numéro 83 (décembre 2007) dIsraël-Magazine.
Texte repris dIsraël Magazine, n° 90 daoût 2008.
"Sil y a bavure ou dérive, ce nest pas la fin du monde, mais elles doivent être reconnues et corrigées. (Benjamin Bradley, The Washington Post).
Sentretenir deux heures avec Charles Enderlin sans sortir les coutelas, appeler à la rescousse la police montée, ou bien encore son propre avocat, me paraissait appartenir au domaine du chimérique.
- Débarquer dans les locaux de France 2 et garder le sourire quand lune de ses assistantes vous propose de parapher la pétition (initiée par le Nouvel Obs) soutenant lhonneur de Charles Enderlin, ne vous prouve, par ailleurs, quune seule chose : cest que lon est bien plus connu en étant un correspondant attitré - bien que contesté - dune chaîne nationale, que le rédacteur en chef dun magazine, certes estimable, mais situé, paraît-il (les cochons !), bien à droite, et qui ne peut, comme une chaîne de télévision, pénétrer dans tous les foyers de France, de Navarre, mais aussi dIsraël.
- Rencontrer Charles Enderlin et accepter que cela ne soit pas en terrain neutre, mais dans lantre du loup, ne démontre quune seule chose : cest qu'exercer son métier de journaliste doit vous contraindre à surpasser les préjugés, à rencontrer de visu ce qui nétait, au fond, qu'une icône Internet, un fantôme de prétoires, une voix télévisuelle, grave et recueillie, de stentor, diront certains, Stentor, qui fut, rappelons-le, le crieur de l'armée des Grecs lors de la guerre de Troie, mais qui, en loccurrence, est devenu celui de causes qui ne sont pas les vôtres.
- Rencontrer Charles Enderlin et décliner quasiment, pour ma part, linvitation à parler de laffaire Al Dura, alors que le sujet lui brûlera les lèvres en permanence, ne relèvera pas dune anomalie professionnelle, mais, au mieux, dune stratégie de communication.
Car le sieur Enderlin saura, tout le long de la conversation, quoutre le dossier en lui-même que nimporte quel journaliste se doit de maîtriser, il nest pas nécessaire de faire appel à la psycho-morphologie, ni aux tests de vérité, pour affirmer que son estimable cameraman Talal Abou Rahmeh, est un menteur, un exécrable journaliste, mais, par contre, un très bon militant palestinien.
- Sentretenir avec Charles Enderlin, cest ne rien apprendre que je ne sache déjà (Qui sait quil sévissait déjà à Kol Israel, dans les années 70, avec Didier Epelbaum, lex-médiateur de France 2 ? ), bien que son uvre littéraire me soit totalement étrangère par la grâce de quelques blocages bien légitimes.
- Rencontrer Charles Enderlin, je le dis - mais cela est de notoriété publique, car tout le monde sait que le correspondant de France 2 nest ni chtimi ni solognot -, cest donc rencontrer un Juif, un Israélien, cest, en fait, rencontrer un homme qui a fait, un jour aussi, son Alya, tout comme moi et bien dautres, qui a eu sa part de rêve sioniste et juif, même sil ne saccorde pas avec le mien, un homme brûlé par léchec des Accords dOslo et qui traîne cela comme une casserole personnelle.
- Sentretenir donc avec celui que beaucoup considèrent comme un 'Juif antisémite' (Ai-je défloré mon contrat moral en disant que cest comme cela quil sent quon le perçoit?) a quelque chose d'hallucinant, car le correspondant de France 2 à Jérusalem, bien que guetté par lâge de la retraite, se verrait bien en correspondant à Washington, où même les néo-cons(ervateurs, je précise), paraît-il, lui ménagent leur estime.
- Rencontrer Charles Enderlin et sengager à ne rien dire de cet entretien, cest, au fond, refuser dinformer un lecteur qui a pourtant soif de vérité, cest se refuser un véritable scoop, cest refuser de répondre au père de Daniel Pearl, qui pense que son fils naurait jamais été tué sil ny avait pas eu daffaire Al-Dura, parce que les tueurs de son fils avaient affiché, comme un terrible reproche, la photo du garçon palestinien dans la pièce où le journaliste juif fut décapité.
Aussi, si je me suis engagé à ne rien dire de ce qui a été dit, je ne me suis pas interdit de raconter ce que je lui ai dit, moi. Simplement en deux mots.
Quau fond, Charles Enderlin a été entraîné, disons-le, dans une spirale de mensonges, dont il n'était pas l'initiateur et dont personne ne savait à lavance les dégâts quils causeraient à Israël et aux Juifs dans le monde.
Reprenons simplement la sentence du début de cet édito et disons, avec Benjamin Bradley (et peut-être Charles Enderlin), que, "sil y a bavure ou dérive, ce nest pas la fin du monde (encore que ?), mais elles doivent être reconnues et corrigées".
En sortant de lentretien, jindiquerai donc à l'assistante malgré la maxime qui affirme qu'il ny a que les imbéciles qui ne changent pas davis, que je ne signerai bien évidemment toujours pas la pétition soutenant Charles Enderlin.
André Darmon
© Israël Magazine
Mis en ligne le 20 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











