11 juin 2008
« Je suis né en Palestine, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans une famille de militants sionistes membres du parti Hérout et de sa branche armée, lEtzel (dit Irgoun), qui prônait la création dun Etat juif sur la totalité de la Terre dIsraël, incluant "les deux rives du Jourdain" - donc la Cisjordanie et une partie de lactuelle Jordanie. La victoire militaire extraordinaire de notre armée en 1967 nous a rapprochés de notre objectif du "Grand Israël". La colonisation a été notre grand projet, nous avons investi des fonds et des efforts considérables pour encourager le développement dans les territoires occupés.
Nous navons pas accepté de gaieté de cur la restitution du Sinaï à lÉgypte, mais ce sacrifice était nécessaire pour garantir la paix avec le pays arabe le plus important de la région et assurer notre mainmise sur la Palestine et le Golan.
La première Intifada a ébranlé notre croyance dans les vertus du statu quo, mais cest avec la seconde Intifada que jai pris conscience que nous faisions fausse route. Que jamais le peuple palestinien ne renoncerait à son indépendance nationale. Jai aussi compris que la violence et le terrorisme se nourrissaient en grande partie de la souffrance des populations palestiniennes enfermées dans des territoires exigus et disloqués.
Cest la raison pour laquelle jai pris la décision dentamer avec les dirigeants de lOLP des négociations immédiates qui conduiront à un accord de paix mettant fin de manière définitive au conflit qui nous oppose au peuple palestinien par la création dun Etat palestinien incluant la totalité des territoires conquis en 1967. En conséquence, je mengage à retirer les forces doccupation israéliennes de ces territoires et les colons qui les occupent dans lannée qui suivra la signature dun accord entre nous.
En ce jour solennel du 60e anniversaire de lEtat dIsraël, je madresse à vous, mes concitoyens juifs et arabes, au peuple juif, et aussi à lensemble du peuple palestinien : le temps est venu dabattre les murs de la peur, de construire la paix et lentente entre nos deux peuples, une paix juste et acceptable pour tous, une paix qui nous permettra de nous consacrer ensemble au développement de nos deux pays. Comme le disait si justement Itzhak Rabin en 1993, à Paris, alors quil recevait, avec Yasser Arafat et Shimon Pérès, le Prix Houphouët-Boigny pour la Recherche de la Paix de lUnesco :
"Nous sommes pressés dépargner les larmes de douleur dune autre mère israélienne, les larmes damertume dune autre mère palestinienne. Nous sommes pressés de voir une lumière sallumer dans les yeux de voisins qui nont pas connu le moindre jour de liberté et de joie. Nous sommes pressés de pouvoir nous promener à notre aise et profiter de la vie, en tous lieux du pays dIsraël
Nous sommes pressés pour ces enfants qui naîtront dans un monde nouveau où hostilité et guerre ne seront plus que des mots oubliés, enterrés dans les dictionnaires".
Pour que ce rêve se réalise, la signature dun traité de paix ne suffira pas. Il nous faudra aussi mettre en place un véritable processus de réconciliation.
Je madresse à vous, peuple palestinien, et en ce moment solennel, je voudrais vous présenter les excuses du gouvernement de lEtat dIsraël
· Pour les souffrances que nous avons été amenés à vous infliger tout au long de ce siècle douloureux pour nos deux peuples.
· Pour avoir contribué à chasser des centaines de milliers de vos parents et grands-parents de leurs terres lors de notre guerre dindépendance, je vous exprime nos regrets. Pour avoir refusé à des dizaines de milliers dentre eux dy revenir.
· Pour avoir détruit et enseveli nombre de ces villages sous nos villes, nos colonies et nos terrains agricoles, je vous demande pardon.
· Pour avoir exercé des politiques discriminatoires à légard de la population palestinienne dIsraël, je demande pardon.
· Pour avoir développé la colonisation dans les Territoires occupés au détriment des propriétaires de ces terres, pour avoir utilisé la sécurité de nos concitoyens - une sécurité qui est vitale - afin denfermer la population palestinienne derrière des centaines de barrages, un mur infranchissable, des routes interdites aux habitants de ces territoires, je demande pardon.
Dans ce processus de réconciliation que nous mettrons en place ensemble dès maintenant, il sera important que les voix de toutes celles et de tous ceux qui ont souffert soient entendues, y compris les voix de mes frères juifs qui ont perdu des proches, innocentes victimes dun terrorisme aveugle, ou de ceux qui ont perdu un de leurs enfants, un de leurs frères, dans des guerres qui auraient pu être évitées.
Je sais que tout ce que je dis aujourdhui ne pourra calmer la douleur de celles et ceux qui ont souffert dans leur chair mais cest à partir de là que pourront se construire des ponts entre nos deux peuples, que pourra se tourner la page dun passé douloureux et quensemble, nous écrirons un nouveau chapitre dans lhistoire de cette région afin doffrir enfin à nos enfants et à nos petits-enfants la possibilité de vivre dans la paix et le respect mutuel.
Shalom - Salaam.»
© Simone Susskind *
* Présidente de "Actions in the Mediterranean".
[Texte aimablement signalé par P. Weinreb.]
Mis en ligne le 11 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











