10/06/08
Sur le site The Augean Stables.
[NDLR: Il y a presque deux ans, jai rédigé une analyse sur la façon dont Le Monde a parlé du scandale de la "fauxtographie" dans la couverture de la guerre du Liban, à lété 2006. A la suite de la décision étonnante de la cour au sujet de la plainte de Charles Enderlin contre Philippe
Stuart, lun des participants de ce site, nous a fait parvenir une traduction [en anglais] dun article du Monde sur le scandale fauxtographique. Cet article illustre bien à quel point les médias français sont mal informés de ce qui se passe dans leurs coulisses, et comme ils sont mal outillés pour simplement comprendre les défis de la blogosphère, et encore moins sen accommoder.
Lauteur, Claire Guillot, ne paraît pas mal intentionnée ; au contraire, elle semble vouloir sessayer à limpartialité. Cependant, le résultat est révélateur.
[NDLR : les citations de larticle du Monde sont en gras, les citations autres sont en italiques ; la fin de ce texte reprend, en la développant, une publication précédente sur ce site].
Guerre du Liban et "fauxtographie"
Le conflit a suscité une polémique sur le Net, des bloggeurs conservateurs soupçonnant les images dêtre manipulées. Cest par Little Green Footballs que le scandale est arrivé : début août [2006], ce blog américain conservateur accuse Adnan Hajj, photographe pigiste de lagence Reuters, davoir manipulé par informatique une photo de Beyrouth pour épaissir la fumée après un bombardement israélien. Effectivement, la retouche est grossière. Lagence présente ses excuses et retire la photo incriminée. Mais le blog met ensuite en évidence une autre photo de M. Hajj, où il a dupliqué une fusée tirée par un avion israélien. Le photographe, qui ne maîtrise apparemment pas bien le logiciel de retouche Photoshop, est renvoyé, toutes ses archives effacées. « Il y a eu un enchaînement derreurs humaines, plaide Tom Szlukovenyi, directeur de la photographie chez Reuters. Cette histoire est contraire à tous nos principes et ne sest jamais produite auparavant. »
Là, bien sûr, un journaliste futé est fondé à se demander comment Tom Szlukovenyi peut le savoir - surtout sil a été abusé par le travail, pourtant si maladroit, de son pigiste - et comment il est possible de vérifier cette affirmation, puisquil a retiré des archives la collection des photos de ce pigiste manifestement indélicat, empêchant ainsi un examen approfondi de son travail. Outre que Tom Glocer, le patron de Reuters, est dun avis diamétralement inverse, et pense que ces pratiques sont largement répandues.
Mais vous ne trouverez dans larticle du Monde aucune de ces remarques. Il enchaîne sur le complot réactionnaire :
Le "reutergate" devient le point de départ dune cabale sur Internet : des dizaines de bloggeurs, pour la plupart américains ou israéliens, de droite ou dextrême droite, se proclament "citoyens journalistes" et se mettent à enquêter depuis leur salon. A les croire, les cas de "fauxtographie", selon un néologisme typique dInternet, éclaboussent lensemble de la profession au Liban : les photographes, manipulés ou manipulateurs, se livreraient à des retouches voire à des mises en scène pour donner une vision tronquée, pro-Hezbollah, voire antisémite, du conflit.
Diantre ! Il faut bien expliquer à vos lecteurs à qui ils ont affaire. On dirait Charles Enderlin muselant ses critiques en les qualifiant de "groupuscules dextrême droite". Et, comme pour Enderlin et le reste de la gauche bien-pensante pure et dure, ce recours pavlovien à lanathème de lensemble des critiques tombe, en fait, totalement à côté de la plaque. Beaucoup de ces gens actuellement étiquetés de droite sont, en réalité, des exilés, des réfugiés dune "gauche" qui vit dans un univers imaginaire de déni. Lagence Menapress nest pas de droite. Elle revendique des objectifs explicitement progressistes. Mais ses journalistes ne sont pas vos compagnons de route. Il en va de même pour les bloggeurs américains Charles Johnson, Roger Simon, et Neo-Neo-con et de nombreux acteurs de la blogosphère. Ils se sont réveillés du sommeil dogmatique.
Ces attaques sont reprises sans précaution par des milliers dinternautes, parfois même relayées par les médias traditionnels (la chaîne américaine Fox News, le tabloïde allemand Bild, le site du Wall Street Journal), voire par les politiques : le ministre des affaires étrangères australien, Alexander Downer, qualifie de "canular" une attaque israélienne visant deux ambulances de la Croix-Rouge, le 23 juillet, en se basant sur les allégations du site Zombieguide, qui trouve les impacts "suspects".
Que voilà un exemple judicieusement choisi ! Peu daccusations de falsification sont aussi fondées. Claire Guillot a-t-elle seulement lu ce document ? Impacts suspects ? Dites plutôt que toute laffaire est une supercherie grossière.
Richard Landes
© The Augean Stables
Mis en ligne le 11 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











