Jai proposé à Marianne 2 une réponse à larticle de Maître Guillaume Weill-Raynal, publié sur le site. Mais je ne peux mempêcher de répondre également aux propos quil prononce chez Causeur, avec autant dignorance que de véhémence.
Je suis lauteur de larticle du Wall Street Journal, cité en passant par Elisabeth Lévy. Grâce au Net, on peut le lire: WSJ.com - Opinion: A Hoax?, ainsi que léditorial qui laccompagne. On peut également lire lArrêt de la Cour (disponible, sur demande, à www.m-r.fr, et accessible en transcription intégrale, ici) pour comprendre le sens du jugement avant de le commenter.
Armés de vaines certitudes, ne connaissant rien des enquêtes réalisées depuis bientôt huit ans par divers chercheurs, journalistes, analystes et spécialistes, les pourfendeurs simaginent que ceux qui expriment des doutes sur le reportage al Dura tirent, comme eux, aveuglément. Cest faux.
Le débat - qui se poursuit depuis longtemps ailleurs - est enfin ouvert en France. Toujours est-il que débattre ne veut pas dire jeter des affirmations comme autant de tomates pourries sur ladversaire.
Un reportage journalistique est forcément basé sur des informations vérifiables tirées des sources fiables. Sinon, cest nimporte quoi. Pourquoi, donc, exiger une dérogation des règles de base pour le cas al Dura ?
Prenons un seul élément : les rushes. De quelle durée ? 27 minutes ? 18 minutes ? Coupés, ou bien à létat brut ? Les défenseurs de Charles Enderlin soutiennent, par simple réitération, sa version de lincident puis, tels des bêtes furieuses, se jettent sur tous ceux qui osent en douter. Les détracteurs parlent de chiffon rouge, de coup dil jeté en direction de la caméra, de la direction des tirs, dagonie ou pas dagonie ? Ils sont cinglés, crient la meute. Limportant, cest que lenfant est mort et cest la faute aux Israéliens.
Revenons aux rushes en nous basant sur des affirmations fournies par les sources mêmes qui nous invitent à croire que Mohammed al Dura a été tué et son père grièvement blessé devant nos yeux.
Le caméraman Talal Abu Rahma déclare sous serment, le 3 octobre 2000, que Jamal al-Dura et son fils Mohammed ont été, pendant 45 minutes, la cible des tirs de soldats israéliens. Il a filmé 27 de ces 45 minutes. Voilà lorigine du chiffre 27.
27 minutes de rushes ? Non. 27 minutes de la scène al-Dura dune durée totale de quelque 80 minutes découpées ainsi : 5 minutes de tirs croisés, 45 minutes de tirs uniquement venus de la position israélienne, 20 minutes pendant lesquelles Mohammed al Dura sest vidé de son sang, une dizaine de minutes durant lesquelles lambulancier a remis en place les entrailles de lenfant mort avant de le conduire à lhôpital Schifa.
Selon Charles Enderlin, Abu Rahma na pas pu filmer larrivée de lambulance, car il changeait la batterie de sa caméra. Il avait également raté le moment où le garçon a reçu la balle mortelle, car il avait coupé le moteur, précisément pour épargner la batterie. Comme il manque aussi les images de lenfant-martyr qui se vide de son sang pendant 20 minutes chronométrées, il faut croire que le caméraman de France 2 a pris 25 minutes pour changer la batterie, pourtant soigneusement économisée.
Nous savons, par le témoignage du journaliste et de son fidèle collaborateur, que le caméraman, qui est arrivé au Carrefour de Netzarim vers 7 heures, avait bouclé son reportage et sapprêtait à quitter les lieux, quand soudain il vit lhomme et le garçon en détresse.
Enfin, dans un entretien avec Esther Schapira, auteur du film « Three bullets and a dead child » [Trois balles et un enfant mort], Talal Abu Rahma a précisé quil avait rempli deux cassettes ce jour-là.
Deux cassettes professionnelles, dune durée totale de 100 ou 120 minutes, seraient les rushes véritables. Que sont-elles devenues ? Ou bien ces cassettes nont jamais existé, ou bien France 2 les cache. Il reste que cest le témoin principal, Abu Rahma, qui nous donne les chiffres.
Vingt-sept minutes dit-il. De quoi ? De rushes ? Non. 27 minutes de la scène al Dura. A vrai dire, au cours de lentretien avec E. Schapira, les 27 minutes sont réduites à 6. En fait, il ny a que 65 secondes dimages des al-Dura. Sommé par la Cour de présenter la totalité des rushes filmés le 30 septembre 2000 au Carrefour de Netzarim, France 2 na présenté que 18 minutes ! Et lon voudrait nous faire croire que ceux qui doutent de la fiabilité de Charles Enderlin et de Talal Abu Rahma sont des toqués, des illuminés, des révisionnistes ?
On gribouille deux lignes pour justifier labsence de rushes, cinq mots pour expliquer le manque de traces de blessures, quelques sanglots sur la souffrance des Palestiniens, et cest sensé démolir des enquêtes minutieuses portant sur chaque détail du prétendu reportage ?
Modifions le récit. Cédons sur la durée : lincident na duré que quelques minutes. Le caméraman, qui se vante de ses qualités de reporteur de guerre, a tout raté, mais il faut le croire sur parole : cétait franchement horrible. Cédons sur lorigine des tirs. Daccord, on a menti. Cest la position palestinienne qui se trouvait face aux malheureuses victimes. Mais il ne faut pas le dire publiquement, car les Palestiniens sont attachés à leurs martyrs.
Nempêche, nous assure Maître G W-R, lagonie de lenfant est bel est bien là.
Quant à l'agonie, en effet, elle ne figure pas dans les rushes de France 2, comme on pouvait le comprendre en lisant l'interview donnée par Enderlin à Télérama en 2000: 'J'ai coupé l'agonie de l'enfant, c'était trop insupportable...' Un malentendu, d'après le correspondant : 'L'agonie, c'est toute la scène de la fusillade. On n'a pas tout montré. En plus, passer toute la scène aurait déséquilibré le reportage. Dans le même sujet, j'avais aussi des images de soldats israéliens blessés et de manifestations à Hébron'".
(Nicolas Delesalle, avec Marc Belpois, Télérama N° 2863 19 novembre 2004.)
Récapitulons : lagonie (dune durée de 10 secondes) nest plus limage dun Mohammed déclaré mort, qui lève le coude et regarde la caméra (selon les uns), ou bien se tord de douleurs insupportables (selon Maître G. Weill-Raynal). Lagonie, dixit Charles Enderlin - qui ne trompe jamais -, cest toute la scène de la fusillade, trop longue et carrément insoutenable. Mais il la montrée cette agonie ! Ce sont les 55 secondes que comporte le reportage. Il ne manque que les 10 secondes
qui, on la enfin compris, ne sont plus lagonie
mais
le malentendu.
© Nidra Poller
Mis en ligne le 10 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











