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L'existence d’Israël sur sa terre toujours contestée par les Palestiniens, A.B. Yehoshua
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L'existence d’Israël sur sa terre toujours contestée par les Palestiniens, A.B. Yehoshua

 

Source: A. B. Yehoshua, L'Agefi - mardi 13 mai 2008


Il y a dix ans, pour le 50e anniversaire d’Israël, le processus de paix initié par les accords révolutionnaires d’Oslo, conclus entre Israël et l’Autorité palestinienne en 1993, établissait la légitimité de l’existence nationale de deux peuples dans leur patrie partagée, sur la base du compromis territorial. Tous ont eu l’impression, alors, que ce long conflit était en passe d’être résolu.

Hélas, les dix dernières années ont été marquées par un échec sévère dans de nombreux domaines. Si les individus et les peuples sont capables d’endurer des épreuves lorsqu’ils ont le sentiment que l’avenir sera meilleur et les conflits résolus, une soudaine régression peut les mener au désespoir, que nous ressentons aujourd’hui. Comment se fait-il que des luttes bien plus complexes que le conflit israélo-arabe, comme l’apartheid en Afrique du Sud, la partition de l’Allemagne, ou l’effondrement de l’Union soviétique, semblent toutes avoir été résolues, généralement sans effusion de sang, alors que le conflit du Moyen-Orient, après plus d’un siècle, fait toujours plus de victimes chaque jour? L’une des raisons est que ce conflit est unique dans l’histoire de l’humanité. Il n’y a pas d’autre exemple d’une nation qui soit retournée, après 2000 ans d’absence, dans un territoire qu’elle ne cessa jamais de considérer comme sa patrie. Dès lors, rien d’étonnant à ce que les Arabes, surtout les Palestiniens, continuent d’être incapables de comprendre, que ce soit de manière existentielle ou morale, ce qui leur est arrivé. Le retour des juifs en Israël n’était pas du colonialisme, contrairement à ce que pensaient les Arabes. Non seulement les juifs n’avaient pas de mère patrie, mais en Europe ils avaient un statut de nation étrangère, ce qui provoqua expulsions et éliminations. Les juifs ne vinrent pas pour exploiter les ressources de la Palestine, ou pour soumettre ses résidents afin de transférer des bénéfices économiques ailleurs. Ils ne vinrent pas non plus, comme les colons américains ou australiens, pour bâtir une nouvelle identité et assimiler les autochtones. Le sionisme se donnait pour but de renouveler et d’approfondir une identité ancienne. Depuis le début, l’intention n’était nullement de nuire à l’identité des Arabes de souche, ou de la mélanger à l’identité juive traditionnelle. Parce que les Arabes ne disposaient pas de modèle historique duquel apprendre comment relier leur histoire au phénomène qui les avait dépassés, ils essayèrent d’interpréter le sionisme comme une forme de colonialisme, et pensèrent que le combat d’autres nations contre le colonialisme leur donnerait un modèle de résistance. Ainsi, la légitimité du droit à l’existence d’Israël reste une question ouverte. Jamais auparavant la question de la légitimité n’avait été aussi fondamentale dans un conflit entre nations.

Bien que la reconnaissance de la nationalité israélienne soit de plus en plus répandue, même parmi les nations du Moyen-Orient, elle reste bloquée par deux notions, dangereuses et étroitement liées. La première est la tendance croissante, au Moyen-Orient et ailleurs, à passer du rejet de la légitimité d’Israël au rejet de la légitimité du sionisme. La seconde est la tendance, également croissante parmi les Palestiniens, d’autres Arabes et de nombreux Européens, à préférer un Etat israélo-palestinien binational à la solution originale de deux Etats. Le porte-parole du Hamas ne parle pas «d’Israéliens» mais de «Sionistes» à l’instar du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. On peut aussi entendre des discussions sur la «désionisation» d’Israël, dans des universités du monde entier et même parmi les juifs de gauche. En Israël aussi, il y a des gens - certes peu nombreux - qui se qualifient eux-mêmes de «postsionistes» ou de «non-sionistes.» Pourtant, la seule expression pratique du sionisme aujourd’hui est la Loi du retour, qui n’est pas une loi raciste, mais morale. Quand les nations du monde se sont déclarées en faveur de la création d’un Etat juif indépendant, elles ne l’ont pas conçu pour les seuls 600 000 juifs qui y vivaient alors. Ils comptaient plutôt qu’Israël aiderait à résoudre le problème juif partout dans le monde, en permettant à tous les juifs qui souhaitaient quitter la diaspora, de le faire.

Le concept d’un Etat israélo-palestinien binational incarne la dangereuse illusion que deux peuples, totalement différents en termes de langue, de religion, de culture et d’histoire, divisés par un profond fossé économique et reliés à leurs mondes extérieurs respectifs – les Palestiniens au monde arabe, et les Israéliens au reste de la communauté juive du monde – peuvent être associés dans le cadre d’un seul Etat. Il s’agit, en outre de deux peuples qui ont été engagés, de façon intense, dans un conflit sanglant et insoluble au cours du dernier siècle. Les Palestiniens comme les Israéliens, en tant que nations distinctes, méritent leur Etat propre. Il faut une frontière claire entre les deux. En Israël, une minorité arabo-palestinienne a la pleine citoyenneté israélienne, même s’il reste encore beaucoup à faire pour lui assurer une pleine égalité sociale et économique. Il est possible qu’il y ait, dans l’Etat palestinien, une petite minorité juive, formée de colons de Cisjordanie, dont l’attachement à la patrie biblique est si intense, qu’ils accepteraient de vivre sous contrôle palestinien – pourvu que les Palestiniens leur accordent la pleine citoyenneté palestinienne.

Au cours des premières années du sionisme, le grand érudit juif, Gershom Scholem, né à Berlin, déclara que les juifs s’embarquaient pour un voyage difficile, un retour à l’histoire. En d’autres termes, les juifs, qui, dans la diaspora, faisaient reposer leur identité sur une mémoire mythologique et dans le temps, retournaient à présent à ses éléments spécifiques : un territoire défini par des frontières et une compréhension chronologique détaillée de leur propre histoire.

Soixante ans plus tard, le conflit arabo-israélien nous rappelle que le voyage de retour des juifs dans l’histoire n’est pas terminé.

 

A.B. Yehoshua

 

© AGEFI

 

Mis en ligne le 15 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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