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Contributeurs Spécialisés
Une interview exclusive d'Ivan Rioufol, sur un blog néo-conservateur français
15/05/08
Source: Le Blog Drzz

INTERVIEW EXCLUSIVE "LE BLOG DRZZ"
Entretien réalisé par David Martin (http://neoconservatisme.over-blog.com/) pour le blog drzz
Nom : Ivan Rioufol.
CV : Journaliste, chroniqueur au Figaro.
Ses livres : La Fracture Identitaire (Fayard, 2008), La République des Faux Gentils (Le Rocher, 2004), Chronique d'une résistance, Le Rocher, 2005), notamment.
Son action : Bloc-notes hebdomadaire dans Le Figaro, depuis 2002, créateur du seul blog libre émanant d'un grand journal en 2008. I. Rioufol participe régulièrement à l'émission "On refait le monde" (RTL), et s'exprime sur les chaînes d'informations permanentes, comme BFM.
Pourquoi Ivan Rioufol sur Drzz ? Parce qu'il reste le seul journaliste français à comprendre la révolution néo-conservatrice. Parce qu'il ne méprise pas nos idées. Parce qu'il parle librement des sujets qui fâchent et qu'il ne mâche pas ses mots.
Parce que nous partageons les mêmes valeurs !
David Martin - Pourriez-vous nous résumer votre parcours professionnel ?

RIOUFOL - Jai débuté en 1976 dans la presse régionale, comme localier à Nantes, après avoir fait des études de droit et mêtre préparé à être avocat. Jai bifurqué vers le journalisme au tout dernier moment. Comme de nombreux provinciaux, je suis monté à Paris, en 1984, pour tenter ma chance et ai été embauché au Figaro en 1985. Jai longtemps été rédacteur en chef des Informations générales, avant de devenir éditorialiste en 2000, puis de reprendre le bloc-notes, en 2002, à la mort de Max Clos, qui en était le titulaire. Il avait lui-même relancé la formule, inventée dans les années 50 par François Mauriac.
David Martin - Vous êtes un des rares journalistes en France à comprendre, voire à soutenir, la révolution néoconservatrice. Quand avez-vous eu l'impression que cette révolution allait changer pas mal de choses dans le monde? Vous considérez-vous comme un néoconservateur?
RIOUFOL - Jai du mal à me ranger sous des étiquettes et plus encore à me reconnaître dans des doctrines. Je suis libéral et pragmatique, et, en cela, je déteste les systèmes de pensée et les idéologies qui empêchent dappréhender les réalités. Je nai jamais appartenu, de près ou de loin, à un parti ou à un réseau. Comme St Thomas, je crois ce que je vois, alors que les doctrinaires voient ce quils croient. Cest ainsi que jai observé chez les gens, assez tôt, un besoin den finir avec le relativisme, la perte des valeurs, la déculturation. Jai constaté que ce phénomène sapparentait au néoconvervatisme nord-américain apparu dans les années 80, le poids de la religion, au moins concernant la France. Il se trouve que ce mouvement de fond, qui se confirme un peu partout en Europe, correspond aussi à mes aspirations. Disons que je veux bien être considéré sinon comme un néoconservateur, du moins comme un conservateur de progrès, un libéral-conservateur.
David Martin - Vous avez souvent, dans vos écrits et dans vos livres (je pense notamment à La République des Faux Gentils) vilipendé le politiquement correct. Avez-vous l'impression qu'il soit moins présent dans les médias, ou bien avez-vous toujours cette désagréable impression qu'au nom d'une certaine "pudeur", on écarte les sujets les plus sensibles ?
RIOUFOL - Je pense que, majoritairement, les médias ne font pas correctement leur travail dinformation, et cest pour cela quils sont de plus en plus déconsidérés. Alors que la société vit de considérables bouleversements sociologiques, culturels, identitaires, sociaux, économiques, qui mériteraient dêtre décrits, décortiqués, analysés, soumis à la critique et au débat, je me rends compte (et les lecteurs le ressentent forcément) que les "investigateurs", qui font trembler les hommes politiques en soulevant des affaires foireuses de faux listings, ou de financements occultes de partis, qui se terminent généralement en eau de boudin, se gardent "dinvestiguer" sur les réalités qui dérangent. Lislamisation des cités françaises, par exemple - dont salarme lécrivain algérien, Boualem Sansal, dans son dernier livre (Le village de lAllemand, Gallimard) -, se fait dans une incroyable indifférence médiatique. Jai écrit récemment un livre, publié chez Fayard, pour mettre en garde contre "la fracture identitaire" qui est en train de couper la France en deux : pratiquement aucun média écrit nen a parlé, ne serait-ce que pour le contredire. La meilleure des censures reste la loi du silence. Aussi est-ce avec sidération, que les Français découvrent à quel point leur pays a changé en vingt ou trente ans. Ils ont le sentiment, qui nest pas faux, davoir été bernés et pris pour des imbéciles.
David Martin - Vous avez porté un regard inédit sur la guerre en Irak, en étant l'une des rares personnes à chercher à la comprendre, au lieu de la condamner sans vraiment y réfléchir. Que pensez-vous de ce conflit aujourd'hui , de la façon dont il a modifié le Moyen Orient ?RIOUFOL - Jai été profondément choqué par les attentats du 11 septembre, et par les discours dexcuses de nombreux européens, qui sempressaient, par la suite, dexpliquer le terrorisme islamique par lhumiliation que lOccident, et singulièrement les Etats-Unis et Israël, auraient fait subir au monde musulman. Jai trouvé ces attitudes abjectes. Si le monde musulman a pris beaucoup de retard au cours des derniers siècles, il en est le premier responsable. Ma solidarité avec les Etats-Unis a donc été immédiate, malgré les réticences que minspirait - que minspire toujours - la vulgarité de leur culture commerciale, ce "monde de Disney", qui nest pas le mien. Jai adhéré à lobjectif de George Bush consistant à traquer le nihilisme islamique et à aider les musulmans à se débarrasser de leurs tyrans. Je nai jamais trouvé indignes ces buts de guerre, bien au contraire. Cest pourquoi jai soutenu la guerre contre Saddam Hussein. Jai, en revanche, déploré, par la suite, la succession derreurs commises par les Américains, et notamment les attitudes impardonnables des militaires face à leurs prisonniers, dans la prison dAbou Graïb. Quant au bilan, sil nest certes pas glorieux pour linstant, il ne me paraît pas si négatif que les médias le disent. Bush, en désignant "lislamo-fascisme" comme ladversaire des démocraties, a éveillé bien des consciences, notamment chez les musulmans modérés, qui peuvent se sentir moins seuls. Il a accéléré la fracture au coeur même du monde musulman entre les archaïques et les modernistes. Il a affaibli, quoi quon en dise, al-Qaïda. Bush a donné un bon exemple de résistance face au totalitarisme islamique. Israël étant évidemment la référence en ce domaine.
David Martin - Israël fête ses 60 ans, cette année. Vous avez souvent défendu ce pays dans vos bloc-notes. Pensez-vous qu'Israël pourra fêter ses 70 ans ? La France est-elle suffisamment aux côtés de l'Etat hébreu ? Ne trouvez-vous pas qu'un antisémitisme rampant se développe, encore et toujours, en France ?RIOUFOL - Jai une grande admiration pour Israël, pour son dynamisme, pour son courage. Si Israël devait disparaître, cest lensemble des démocraties occidentales, et plus particulièrement européennes, qui seraient mises en danger par le nazislamisme victorieux. Nos sorts sont liés, nous sommes dans le même camp : celui du monde libre, dans lequel les musulmans ont toute leur place sils en acceptent les règles, face à lobscurantisme conquérant des islamistes radicaux. Cest pourquoi la France ne sera jamais assez à côté de lEtat hébreu, menacé dans son existence, même si ce soutien ne doit pas empêcher la critique, évidemment. Il me semble que Sarkozy est acquis à cette vision, que ne partageait pas Jacques Chirac. Il reste à convaincre lopinion française, dont une partie reste réceptive aux arguments qui font dIsraël la cause centrale de linstabilité du monde, ce qui relève de la propagande. Ces critiques du sionisme, soutenues de lextrême gauche à lextrême droite, cachent mal un antisémitisme à peine enfoui.
David Martin - Que répondez-vous à vos détracteurs qui vous traitent (en vrac) d'islamophobe, de passéiste ou de "facho" ? N'avez-vous pas parfois envie d'émigrer vers des pays plus cléments comme les USA ?
RIOUFOL - Je ne réponds pas à mes détracteurs. Jaime bien cette phrase de Sénèque, je crois : " Tout me touche, rien ne matteint ". Ces accusations staliniennes et sectaires en disent beaucoup sur ceux qui les portent. Si décrire les réalités et appeler un chat un chat, cest être 'réac', alors je veux bien être réac. Je suis réactif, à coup sûr ! Je suis un observateur engagé. Pour le reste, je déteste les extrémismes, je combats le Front national comme lextrême gauche. Les gens peuvent penser ce quils veulent de moi, je nécris pas pour plaire, même si je suis content de savoir que de nombreux lecteurs se reconnaissent dans ce que je dis et décris. Emigrer ? Jadore trop la France, même si elle me déçoit parfois. Mais je garde encore beaucoup despoir. Je crois au réveil des Français. Mon combat est ici.

David Martin - Pensez-vous comme Daniel Pipes que l'on doit faire la différence entre l'islam et l'islamisme (c'est ma conviction), que cette religion peut se réformer et extirper ses éléments les plus extrémistes ? Croyez-vous, comme le pense Guy Millière, que cette tendance radicale perdrait du terrain ?
RIOUFOL - Cette différence est, à mes yeux, essentielle, mais jentends bien les arguments de ceux qui démontrent le continuum entre lislam et lislamisme. Disons que je fais la différence entre lislam et le musulman, cest-à-dire la doctrine et son usage. Il y a déjà beaucoup de musulmans qui vivent leur religion dans leur intimité, en se pliant aux règles de la laïcité. Cest eux quil faut encourager, et non pas Tariq Ramadan, qui prône une réislamisation de sa communauté. Qui gagnera, des modérés et des extrémistes ? Je vois ces derniers se comporter en maîtres du Liban. Je les vois progresser aussi dans les cités françaises. Cest aux musulmans modérés dêtre le rempart. Mais ceux-là, je ne les entends pas assez en France. En Turquie, où ils sont au pouvoir, je constate que leurs discours sont dénoncés par la justice comme dissimulant une volonté de réislamiser la société laïque. Disons que nous sommes à la croisée des chemins. Mais une victoire des extrémistes au Proche-Orient sera une victoire des extrémistes en Europe.
David Martin - Quel regard portez-vous sur les élections en cours aux USA ? N'avez-vous pas l'impression que l'opinion française affiche sans vergogne son "obsession anti-américaine", pour reprendre l'expression de Revel ?
RIOUFOL - La campagne électorale est tout à fait passionnante, et je reconnais que la personnalité de Barack Obama est plus intéressante que celle dHilary Clinton, Obama représentant, par son propre métissage, le symbole de ce que pourrait être lavenir des civilisations, selon les utopies de certains. Sa propre 'success story' en fait également un parfait représentant du rêve américain. Pour autant, je tiens son discours pour dangereux, singulièrement en politique internationale. Même sil a rompu avec le pasteur Wright, ses relations passées avec le gauchisme trahissent une faiblesse dans la manière daborder la menace islamiste au Proche-Orient et de défendre les Etats-Unis. Je ne le souhaite pas comme président, même si je vois bien que les médias français, qui sétaient pareillement emballés pour Michael Moore et ses critiques du système américain, lont déjà élu. Pour ma part, cela fait longtemps que jai parié McCain, qui est tenu comme inexistant dans les journaux français.
David Martin - Pour vous, quelle menace pèse le plus sur le monde : l'Iran, les mouvements islamistes du type Hamas ou Hezbollah, la nébuleuse Al-Quaïda ?
RIOUFOL - LIran est incontestablement la puissance déstabilisatrice et potentiellement apocalyptique. Elle a ses alliés avec la Syrie et le Hezbollah, qui est devenu son bras armé au Liban. A lheure où lon parle, le Hezbollah a confirmé quil était le vrai maître de ce petit pays, qui pourrait être entraîné, malgré lui, dans une nouvelle guerre contre Israël. Même si le Hamas est sunnite et le Hezbollah chiite, ces deux formations terroristes ont déjà collaboré ensemble lors de la dernière guerre de 2006.
David Martin - Ne pensez-vous pas que l'on en fait trop avec Chavez et qu'au contraire, on ne soutient pas assez Uribe ?
RIOUFOL - La France sest embarquée, avec laffaire Betancourt, dans une négociation qui la dépasse et où elle se fait visiblement instrumentaliser par Chavez et sa révolution bolivarienne. Dans cette affaire politique et familiale complexe, où tous les éléments ne sont pas dits, la France devrait faire davantage confiance à Uribe, qui représente la démocratie.
David Martin - Il y a un an, 53% des Français envoyaient Nicolas Sarkozy à l'Elysée. N'avez-vous pas l'impression qu'au delà de certaines erreurs de sa part, une bonne partie de la presse a fabriqué le 'désamour' entre lui et les Français ?
RIOUFOL - Sarkozy a largement contribué à ce 'désamour', en ségarant notamment dans une politique douverture qui a contribué à embrouiller et ralentir les réformes, alors que les électeurs attendaient une rupture et une politique de droite. Mais il est incontestable que la presse sest elle-même prise pour lopposition, alors quelle nen a ni le mandat ni la légitimité. Ce faisant, elle joue un jeu dangereux, qui la fait apparaître pour ce quelle est : une presse largement acquise aux idées de gauche. Le problème, cest que la société est largement acquise désormais aux idées de droite. Il y a donc là une contradiction qui ne joue pas en faveur des médias.
David Martin - Votre blog est l'un des rares espaces de liberté dans un grand média français. Que pensez-vous de ce phénomène "blog", et du fait que chacun puisse exprimer ses idées sans passer par le filtre d'une censure ?
RIOUFOL - Je crois aux débats didées, aux confrontations civilisées. Cest pour cela quaprès le feu vert de ma direction, jai lancé ce blog sur le site du Figaro, en choisissant, dès le départ, de ne faire aucune censure a priori. Le succès a été très rapide, et les contributions sont très souvent dune remarquable qualité. Je nenlève quenviron 1% des commentaires publiés, soit parce quils sont grossiers ou injurieux. Ce qui est devenu un véritable forum, où tous les sujets les plus délicats sont abordés, est un bel exercice démocratique qui démontre quil ne faut pas craindre la libre parole des lecteurs, qui sont généralement très lucides et avisés.
David Martin - Un grand merci pour ces propos et pour votre disponibilité, Monsieur Rioufol !
RIOUFOL - Je ne réponds pas à mes détracteurs. Jaime bien cette phrase de Sénèque, je crois : " Tout me touche, rien ne matteint ". Ces accusations staliniennes et sectaires en disent beaucoup sur ceux qui les portent. Si décrire les réalités et appeler un chat un chat, cest être 'réac', alors je veux bien être réac. Je suis réactif, à coup sûr ! Je suis un observateur engagé. Pour le reste, je déteste les extrémismes, je combats le Front national comme lextrême gauche. Les gens peuvent penser ce quils veulent de moi, je nécris pas pour plaire, même si je suis content de savoir que de nombreux lecteurs se reconnaissent dans ce que je dis et décris. Emigrer ? Jadore trop la France, même si elle me déçoit parfois. Mais je garde encore beaucoup despoir. Je crois au réveil des Français. Mon combat est ici.

David Martin - Pensez-vous comme Daniel Pipes que l'on doit faire la différence entre l'islam et l'islamisme (c'est ma conviction), que cette religion peut se réformer et extirper ses éléments les plus extrémistes ? Croyez-vous, comme le pense Guy Millière, que cette tendance radicale perdrait du terrain ?
RIOUFOL - Cette différence est, à mes yeux, essentielle, mais jentends bien les arguments de ceux qui démontrent le continuum entre lislam et lislamisme. Disons que je fais la différence entre lislam et le musulman, cest-à-dire la doctrine et son usage. Il y a déjà beaucoup de musulmans qui vivent leur religion dans leur intimité, en se pliant aux règles de la laïcité. Cest eux quil faut encourager, et non pas Tariq Ramadan, qui prône une réislamisation de sa communauté. Qui gagnera, des modérés et des extrémistes ? Je vois ces derniers se comporter en maîtres du Liban. Je les vois progresser aussi dans les cités françaises. Cest aux musulmans modérés dêtre le rempart. Mais ceux-là, je ne les entends pas assez en France. En Turquie, où ils sont au pouvoir, je constate que leurs discours sont dénoncés par la justice comme dissimulant une volonté de réislamiser la société laïque. Disons que nous sommes à la croisée des chemins. Mais une victoire des extrémistes au Proche-Orient sera une victoire des extrémistes en Europe.
David Martin - Quel regard portez-vous sur les élections en cours aux USA ? N'avez-vous pas l'impression que l'opinion française affiche sans vergogne son "obsession anti-américaine", pour reprendre l'expression de Revel ?
RIOUFOL - La campagne électorale est tout à fait passionnante, et je reconnais que la personnalité de Barack Obama est plus intéressante que celle dHilary Clinton, Obama représentant, par son propre métissage, le symbole de ce que pourrait être lavenir des civilisations, selon les utopies de certains. Sa propre 'success story' en fait également un parfait représentant du rêve américain. Pour autant, je tiens son discours pour dangereux, singulièrement en politique internationale. Même sil a rompu avec le pasteur Wright, ses relations passées avec le gauchisme trahissent une faiblesse dans la manière daborder la menace islamiste au Proche-Orient et de défendre les Etats-Unis. Je ne le souhaite pas comme président, même si je vois bien que les médias français, qui sétaient pareillement emballés pour Michael Moore et ses critiques du système américain, lont déjà élu. Pour ma part, cela fait longtemps que jai parié McCain, qui est tenu comme inexistant dans les journaux français.
David Martin - Pour vous, quelle menace pèse le plus sur le monde : l'Iran, les mouvements islamistes du type Hamas ou Hezbollah, la nébuleuse Al-Quaïda ?
RIOUFOL - LIran est incontestablement la puissance déstabilisatrice et potentiellement apocalyptique. Elle a ses alliés avec la Syrie et le Hezbollah, qui est devenu son bras armé au Liban. A lheure où lon parle, le Hezbollah a confirmé quil était le vrai maître de ce petit pays, qui pourrait être entraîné, malgré lui, dans une nouvelle guerre contre Israël. Même si le Hamas est sunnite et le Hezbollah chiite, ces deux formations terroristes ont déjà collaboré ensemble lors de la dernière guerre de 2006.
David Martin - Ne pensez-vous pas que l'on en fait trop avec Chavez et qu'au contraire, on ne soutient pas assez Uribe ?
RIOUFOL - La France sest embarquée, avec laffaire Betancourt, dans une négociation qui la dépasse et où elle se fait visiblement instrumentaliser par Chavez et sa révolution bolivarienne. Dans cette affaire politique et familiale complexe, où tous les éléments ne sont pas dits, la France devrait faire davantage confiance à Uribe, qui représente la démocratie.David Martin - Il y a un an, 53% des Français envoyaient Nicolas Sarkozy à l'Elysée. N'avez-vous pas l'impression qu'au delà de certaines erreurs de sa part, une bonne partie de la presse a fabriqué le 'désamour' entre lui et les Français ?
RIOUFOL - Sarkozy a largement contribué à ce 'désamour', en ségarant notamment dans une politique douverture qui a contribué à embrouiller et ralentir les réformes, alors que les électeurs attendaient une rupture et une politique de droite. Mais il est incontestable que la presse sest elle-même prise pour lopposition, alors quelle nen a ni le mandat ni la légitimité. Ce faisant, elle joue un jeu dangereux, qui la fait apparaître pour ce quelle est : une presse largement acquise aux idées de gauche. Le problème, cest que la société est largement acquise désormais aux idées de droite. Il y a donc là une contradiction qui ne joue pas en faveur des médias.
David Martin - Votre blog est l'un des rares espaces de liberté dans un grand média français. Que pensez-vous de ce phénomène "blog", et du fait que chacun puisse exprimer ses idées sans passer par le filtre d'une censure ?
RIOUFOL - Je crois aux débats didées, aux confrontations civilisées. Cest pour cela quaprès le feu vert de ma direction, jai lancé ce blog sur le site du Figaro, en choisissant, dès le départ, de ne faire aucune censure a priori. Le succès a été très rapide, et les contributions sont très souvent dune remarquable qualité. Je nenlève quenviron 1% des commentaires publiés, soit parce quils sont grossiers ou injurieux. Ce qui est devenu un véritable forum, où tous les sujets les plus délicats sont abordés, est un bel exercice démocratique qui démontre quil ne faut pas craindre la libre parole des lecteurs, qui sont généralement très lucides et avisés.
David Martin - Un grand merci pour ces propos et pour votre disponibilité, Monsieur Rioufol !
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© Le Blog drzz
[Texte aimablement signalé par Victor Perez.]
Mis en ligne le 15 mai 2008, par M.











