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Le problème posé par l’Iran, David Ignatius
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09/04/08

 

The  Washington Post

 

Original anglais : "The Iran Problem".

 

 

Adaptation française : Albert Soued

(www.chez.com/soued pour www.nuitdorient.com)

 

Lors de leur compte rendu devant le Sénat américain, le général David Petraeus et l'ambassadeur à Bagdad, Ryan Crocker, ont tenu un langage radical et révélateur, en parlant de l'Iran. Ils ont qualifié les activités de Téhéran de « néfastes », exerçant une « influence nuisible », et  comme constituant la plus grande menace pour la viabilité du gouvernement de Bagdad.

 

L'Iran était au centre du débat lors de ce témoignage sur la guerre d'Irak. Depuis la déroute d’al Qaïda, la menace Iranienne est devenue la raison de notre mission, mais aussi l'explication de nos faiblesses. C'est à cause de l'Iran que nous sommes enlisés en Irak, mais c'est aussi la raison pour laquelle nous ne pouvons pas nous retirer. Le spectre des mollahs rôde sur le champ de bataille laissant présager une situation inextricable [1]. Et l'ordre de bataille ne changera sans doute pas pour le reste de cette année.

 

C'était le message implicite du général Petraeus, quand on lui a demandé si les troupes allaient être réduites en Juillet, au niveau d'avant la contre-insurrection. Il a parlé avec mystère d'une période de consolidation et d'évaluation de 45 jours, suivie d'une autre période non limitée d'appréciation. On peut traduire ce langage en disant qu'il souhaitait garder sur place des forces importantes, pour éviter une détérioration du niveau de la sécurité. Pour un commandant, ceci est compréhensible; mais cela signifie aussi que cette affaire atterrira sur le bureau du prochain président.

 

On ne peut pas y échapper non plus, la question de l'intervention de l'Iran dans ce conflit devra aussi être abordée et résolue par le prochain président. La nouvelle administration pourra-t-elle attirer cet ennemi "nuisible" vers un nouveau système de sécurité pour la région? L'Amérique pourra-t-elle réduire ses forces armées en Irak, sans créer un vide qui sera vite rempli par les Gardes Révolutionnaires Iraniennes et les milices shiites? Pourra-t-on se lancer dans une mission dangereuse contre l'Iran?

 

Ce sont les questions posées en filigrane lors de ce témoignage. Mais tous les officiels américains parlent des troubles créés par l'Iran en Irak comme si cela était une affaire toute récente. A un moment donné de son compte rendu, Petraeus a dit "il est clair que l'Iran est intervenu en Irak ces dernières semaines". Mais pourtant cette intervention a une longue histoire derrière elle.

 

L'action subversive de l'Iran pour remodeler l'Irak à son image est déjà évidente depuis mars 2003, quand les troupes américaines sont arrivées. Les services de renseignement Iraniens avaient établi des listes de personnalités à assassiner dans les mois qui ont suivi. Ils ont expédié des mollahs Irakiens, entraînés en Iran, pour prendre le contrôle des mosquées shiites de l'Irak central et méridional, celles qui étaient persécutées par Saddam Hussein. A l'approche des élections de janvier 2005, ils ont financé leurs alliés shiites à concurrence de 12 millions $/semaine, en argent occulte. Ils ont infiltré tous les principaux partis politiques shiites, ainsi que certains partis sunnites.

 

Les Iraniens tirent les ficelles du jeu politique et sont partout à la fois. Ils ont des liens avec le Premier ministre, Nouri Al Maliki, et son parti de la Daawa. Ils financent l'organisation Badr du sheikh shiite Abdel Aziz al Hakim, base du recrutement dans l'armée Irakienne. Ils fournissent les armes, forment et entraînent toutes les factions extrêmes de l'armée du Mahdi. Le chef de celle-ci, Moqtada al Sadr, vit actuellement dans la ville sainte de Qom, souffrant semble-t-il d'une dépression nerveuse, selon les Renseignements. Un bon stratagème serait de l'inviter à rentrer chez lui, pour vérifier sa capacité à mener des négociations. Ce sont les Iraniens qui ont réussi à créer les troubles récents à Basra et à Bagdad, par le biais de certains agents locaux et négocient un cessez-le-feu par le biais d'autres agents, jouant de la lyre Irakienne, en pinçant toutes les cordes.

 

Mener une guerre contre l'Iran n'est pas une très bonne idée. Se battre contre ses agents en Irak où tous nos alliés sont plus ou moins manipulés par les réseaux d'influence iraniens, est encore pire. Le seul et meilleur argument pour maintenir des troupes sur place, c'est qu'il s'agit d'un moyen de pression contre l'Iran. Mais c'est aussi le bon argument pour réduire ces troupes à un niveau politiquement et militairement acceptable. Car alors, l'Amérique aura les mains plus libres pour agir contre l'Iran s'il le faut.

 

Le prochain président devra mêler l'action militaire à la diplomatie, pour discuter avec l'Iran et lui fixer des limites à ne pas franchir. Ce dialogue semble nécessaire pour que le futur Moyen Orient soit stable. Mais attention, une Amérique faible parvenant à un faux accord avec un Iran impudent qui l'aurait roulée, ce serait un désastre [*].

 

L'ambassadeur Crocker a raison de dire "Tout ce qui est lié à l'Irak, c'est vraiment dur!" Il en est de même de l'Iran. Hier, Petraeus et Crocker ont dû répondre à un flot de questions très dures; demain, ce sera le tour de l'un des trois candidats actuels à la présidence des Etats-Unis, ceux qui, hier encore, posaient à juste titre des questions.

 

David Ignatius *

 

© The Washington Post

 

* L'auteur est chroniqueur au Washington Post et co-anime l'émission en ligne, PostGlobal.

 

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Note du Traducteur

 

[*] Mr Ignatius semble jouer au naïf; il doit savoir, en effet, que lors de toute négociation avec l'Iran, l'interlocuteur américain sera inéluctablement roulé dans la farine: il suffit d'observer toutes les négociations passées, quel qu'en ait été le partenaire. L'attaque ciblée des sites nucléaires iraniens semble inéluctable. Seule la date est objet de spéculations.

 

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Note de la rédaction d’upjf.org

 

[1] Littéralement un Catch22 géant. L’expression "Catch 22" désigne une situation inextricable, voire kafkaïenne, dans laquelle on est perdant, quoi qu’on fasse. Voir l'article de Wikipedia sur le sujet.

 

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Mis en ligne le 14 avril 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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