11 avril 2008.Chronique de lassociation des contribuables dAubagne.
Faut-il le répéter ? LUnion Méditerranéenne est une entreprise coûteuse. Elle létait avant de naître, elle le sera à partir de juillet 2008, lorsquil faudra assurer ses dépenses de fonctionnement, et elle deviendra dun prix insupportable, à la mise en oeuvre du moindre projet « labellisé union méditerranéenne (Label Med) » (1).
1. Dores et déjà, la passion des réunions sest emparée des exécutifs locaux.
« Marseille (organise) en collaboration avec la Région PACA, le 1er forum des autorités locales et régionales de la Méditerranée les 22 et 23 juin 2008 ». Son but : « faire des propositions pour « mettre en uvre un développement humain harmonieux et durable » en Méditerranée ». Les dépenses incomberont aux collectivités loco-régionales invitantes qui sestiment pourtant exsangues malgré des budgets en augmentation constante depuis 5 ans.
Ces mêmes collectivités ne sont pas économes lorsquelles soffrent, pour annoncer ce raout, des pleines pages de publicité dans les principaux quotidiens de France. Deux millions deuros probablement dépensés, sans autre utilité que celle de flatter des dirigeants pour leur vision chimérique dun « développement humain harmonieux », chimère pour laquelle le président de la région PACA ne fait pas dans la mesure en préconisant la mise en uvre « dun véritable plan Marshall ».
Les dépenses qui ont été consacrées par la Mission parlementaire aux travaux préparatoires ne sont certainement pas négligeables : des réunions de juillet à décembre 2007, le déplacement, pour les auditionner, de 22 personnalités dont MM. Boutros Boutros-Ghali et Shimon Peres, la rédaction dun document de 187 pages (1) dont il ne restera probablement quasiment rien.
Le 13 juillet 2008, le gouvernement français réunira à Paris 47 délégations pour préparer lorganisation de cette Union de la Méditerranée. Cette réunion fera encore lobjet de dépenses dhébergement pour environ 200 participants.
Toutefois, linutilité de cette conférence est déjà évidente. En effet, « sans attendre son lancement officiel en juillet, la Commission (européenne) présente aujourdhui plusieurs projets » (2). LUnion Européenne estime devoir, dores et déjà, « livrer, clés en main une partie du produit, avant même que les questions institutionnelles, les plus sensibles, soient abordées ». Elle préfère « sappuyer sur les réalisations des organismes existantes (le processus de Barcelone) », et privilégie des liens directs commerciaux, sécuritaires et financiers avec le Maroc.
2. Si le rapport parlementaire était adopté, le fonctionnement prévu engendrerait des coûts très élevés
«
un « G.Med », sommet des chefs dEtats et de Gouvernements, calqué sur le format des réunions du G8 », « un volet parlementaire », « une Agence de la Méditerranée », comprenant « un Comité directeur et un comité opérationnel », ces derniers devant procéder à « une consultation régulière du Forum de la Société Civile ». Pour éviter ce foisonnement coûteux, nos partenaires européens préfèrent sen tenir à « un secrétariat spécifique » et poursuivre le processus de Barcelone, qui ne génère quune augmentation modeste des dépenses.
3. Le coût des projets « labellisés union méditerranéenne (Label Med) »
La Mission parlementaire cite, dans sa proposition n° 4, de « très nombreux secteurs de la vie quotidienne » qui pourront faire lobjet du Label Med, mais « accorde la priorité à leau, lenvironnement, les échanges culturels et de savoirs ».
Comment financer ces projets ? sinterroge la Mission. Elle admet lexistence actuelle « de financements considérables ». Ainsi, quatorze pays (Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie, Jordanie, Liban, Syrie, Yémen, Territoires palestiniens, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Serbie-Monténégro, Turquie) ont reçu, de 2000 à 2005, 6,5 milliards de dollars par an, soit 39,58 milliards (3). Le rapport reconnaît limportance de « laide bilatérale française » (en plus de sa participation à laide multilatérale de lUnion Européenne), mais il est discret sur la somme, puisquil se contente de rapporter que « cette aide représente environ la moitié de cette somme (de 39,58 milliards ?), et laide allemande 40 % de laide accordée par la France ». En revanche, le rapport précise que « les pays arabes sont, quant à eux, à lorigine denviron 13 % de laide bilatérale au développement, accordée à ces quatorze états méditerranéens »
Si lorigine et limportance du financement sont imprécises, la Mission a déjà prévu la création dune nouvelle institution, celle dun « groupe des investisseurs de la Méditerranée (GIFMED), chargé de coordonner les financements institutionnels des projets ». Toutefois, M. Jean-Louis Guigou, lors de son audition, avait rappelé que « les financements se révèlent être trop destinés à des projets administratifs qui
ne profitent jamais directement aux habitants des pays bénéficiaires » (4).
4. Des retombées ?
Cest ce que, trivialement, les français attendraient. Cest ce que les dirigeants politiques leur font croire lorsquils tentent de justifier leur politique étrangère.
Selon le dernier rapport fait au Sénat (5), les contributions obligatoires de la France aux organisations internationales devraient représenter 836 millions deuros en 2008. Quelles sont les « retombées » ?
Dautre part, le solde net annuel de la contribution de la France au budget 2005 de lUnion Européenne était négatif de 1,7 milliard deuros, ce qui signifie quelle recevait moins quelle donnait.
Des « retombées » grâce au commerce avec les pays quelle subventionne ?
Le solde de sa balance commerciale en 2006 avec lAlgérie est négatif ( moins 10 millions de dollars). Il est également négatif (moins 166 millions deuros) avec la Tunisie. Il nest positif quavec le Maroc. De même, nous achetons pour 2 milliards deuros de pétrole à la Libye et nous lui vendons pour 430 millions de produits (6).
Le plus souvent, larroseuse française passe deux fois. Ainsi, selon une réponse ministérielle (7), si «LUnion européenne est le premier bailleur de fonds de lAutorité palestinienne : 1,5 milliards deuros depuis 1993 », « la France a pour sa part décaissé, pour lannée 2001, 12,68 M$ pour 24,74M$ engagés. En 2002, les déboursements de la France se sont élevés à 15,59 M$ ».
5. En définitive, le terme de gadget était-il bien choisi ?
Examinons les synonymes proposés par un dictionnaire (8). Cest en effet un bidule, soit un objet complexe, mais ce nest pas une bricole, compte tenu de son coût. Alors un truc, une astuce pour nous faire admettre la poursuite de la politique pro-arabe du Quai dOrsay, mais par dautres moyens (9)?
© Chronique de lassociation
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Notes
1. Rapport dinformation n° 449, Assemblée Nationale, décembre 2007.
2. Le Figaro du 10 avril 2008.
3. Rapport dinformation n° 449, Assemblée Nationale, 1, page 75.
4. Ibid 1, page 76.
5. Commission des finances du sénat. N° 24 (2007-2008), 9 octobre 2007.
6. Chronique de F. DOrcival, Figaro Magazine, décembre 2007.
7. Réponse ministérielle, JO 15/06/2004, page 4430.
8. Petit Robert, dictionnaire de la langue française. Edition 1991.
9. G. Lévy, "Lunion pour la Méditerranée, un « machin » de plus".
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Mis en ligne le 11 avril 2008, par M.











