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29 mars 2008
Texte repris du site de
Mardi 26 mars. Une soirée encore à « Ce soir ou jamais », le talk show de Frédéric Taddeï sur France 3, une émission que jaime et que je conseille à tous ceux qui me lisent. Les sujets abordés sortent de lordinaire. Il ny a pas de censure ou de politiquement correct. Certaines fois, cest moins bien que dautres, mais il y a toujours des informations, des moments de vérité. Ceux qui préparent lémission sont sympathiques et scrupuleux. Taddeï lui-même est un homme ouvert, intelligent, désireux de pluralisme et de débat vivant. Cest la seule émission où je peux dire pourquoi je défends Israël, la seule où je puis exposer mes combats contre lantisémitisme, pour la liberté des peuples à disposer deux-mêmes, la seule où je peux rétablir certains faits.
Jy assume mon statut minoritaire. Je dispose, en général, en face de moi, dun échantillonnage de toutes les formes de la bien-pensance à la française : celle qui détient le monopole dans la plupart des autres émissions, et qui les fait ressembler à un écoulement deau tiède destiné à laver le cerveau.
Ce soir, on parle dabord du Tibet, et les bien pensants, cest intéressant à constater, partagent mon horreur du totalitarisme chinois, mon indignation face à la barbarie incarnée par une dictature néo-communiste. Certains se risquent à des comparaisons très hasardeuses, qui leur permettent de se laver aisément les mains : dès lors que les droits de lhomme ne sont pas respectés impeccablement et scrupuleusement dans lensemble des pays occidentaux, nous naurions aucun droit, disent-ils, de nous indigner des massacres commis du côté de Lhassa.
Je dois rappeler à un philosophe sorti des pages dun quotidien failli, quil y a une légère différence entre mal dormir dans une prison française et recevoir une balle dans la nuque du côté de Pékin, mais je vois que je ne lai pas ébranlé. Le monsieur a des principes, les mains très propres et la bonne conscience qui va avec. Il pourra sendormir en pensant aux abominations commises par lEtat français, et en se disant, quaprès tout, entre une cellule à la Santé et le Laogai ou le Goulag, tout se vaut, quil ny a rien à faire et quil ne reste aux vertueux quà exhiber pensivement leur vertu.

Frédéric Taddeï : "Un homme ouvert, intelligent, désireux de pluralisme"
Vient alors le second sujet, et là, je nai aucune raison dêtre déçu : on parle des cinq ans de la guerre en Irak. Tout y passe : les soldats américains infâmes, qui massacrent des civils innocents ; Bush lassassin, le criminel de guerre, le fasciste, lenlisement, le bourbier, la boîte de Pandore et le yoyo en bois du Japon.
On compare la barbarie américaine à la barbarie chinoise au nom du fait que la guerre ce nest pas bien, alors que la paix, ma chère amie, la paix
je ne vous dis que ça... Je dis au monsieur qui a des principes et qui vient de débiter une pensée pacifiste profonde digne des hippies sous LSD des années soixante - du genre « savez vous que la pluie, ça mouille - que son raisonnement a des allures pétainistes. Il semble ne pas comprendre ce que je lui dis, et feint de sindigner. Je lui dis que le relativisme a des limites. Il sindigne de plus belle : « je ne suis pas relativiste, puisque je dis que la guerre, cest mal ! ».
Je préfère le laisser dans la purée où il patauge, et je tente de rappeler certains faits élémentaires : le caractère abominable du régime de Saddam Hussein, ses liens avérés avec le terrorisme islamiste, les souffrances du peuple irakien sur qui les islamistes sacharnent. On me rabâche : Bush est un criminel, Bush a menti. Des gens qui crachent sur larmée américaine et voient en elle la cause de tous les terrorismes, des gens qui semblent avoir la nostalgie du temps béni du dictateur « laïc » me disent que je nai « aucun sens humain » et aucune compassion. Des gens qui ne savent même pas qui est layatollah Sistani et qui nont pas lu un journal en langue anglaise depuis le cours élémentaire première année, posent en doctes omniscients, parés des atours de la science infuse.
Cela mériterait un grand éclat de rire si ça nétait infiniment triste. Je ne comprends décidément rien à ce que disent ceux qui croient penser dans ce pays. Comme le proclamait Cavanna, dans sa chronique de Charlie Hebdo, voici vingt ans, « je lai pas lu, je lai pas vu, mais jen ai entendu causer, et cest ce qui mautorise à en parler ».
Et puis, deux millions de morts dans les charniers de Saddam, cest mal, mais renverser Saddam, cest mal aussi ; le terrorisme, ce nest pas bien, mais cest le résultat de ceux qui ont envahi un pays souverain, où on entassait les cadavres. Tout est dans tout, rien nest dans rien, à moins que ce ne soit linverse. Enfin, surtout, il ne faut pas être trop brutal avec le gentil poseur de bombe. Si la brutalité vous permet de sauver mille vies, il ne faut pas être brutal quand même. Les mille morts ? Ils nauront pas eu de chance, cest tout. Le poseur de bombes est gentil, vous dis-je. Gentil ! Il paraîtrait même, quaux yeux de certains, cest un résistant.
Jean Moulin et Ben Laden, même combat ? Je pose la question, mais je ne reçois pas de réponse. Etonnez-vous après si des gens traitent les dirigeants américains ou israéliens de fascistes mais nemploient jamais ce terme pour qualifier les terroristes dal Qaida ou du Hamas. Etonnez-vous si des gens, à qui vous venez de dire que les principales victimes de lislam radical sont des musulmans, vous traitent dislamophobe.
Il semblerait que de trop fortes doses deau tiède fassent davantage que laver le cerveau et finissent par consumer les neurones. Jose espérer quil reste des téléspectateurs à lesprit intact : cest en pensant à eux que je parle quand loccasion men est donnée.
En me rendant sur le forum de lémission, jobserve quavoir les neurones consumés nempêche pas de taper sur un clavier. Je suis qualifié dindividu nauséabond, je ferais, à ce quil paraît, « froid dans le dos ». Et encore, ne veux-je retenir que les commentaires les plus aimables. Si cela devait représenter un échantillonnage de la population, je me dirais que ce pays est au delà du naufrage ; mais je préfère songer que ceux qui passent leur temps à dactylographier des messages indigents sont ceux qui nont guère mieux à faire : quils se défoulent donc !
Je me dis quil faut décidément un esprit douverture et du courage à Frédéric Taddeï et à son équipe pour minviter. En attendant une éventuelle prochaine fois, et pour reprendre des forces dont je sens que jaurai très vite le plus grand besoin, je vais repartir me charger de pluralité quelques jours au-delà de lAtlantique. Un pays où laccès aux media et aux étagères des librairies nest pas réservé à une caste damibes. Une communauté où la démocratie est protégée par lexistence de media discordants. Comme si la démocratie pouvait exister dans une autre dimension
Guy Millière
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Mis en ligne le 2 avril 2008, par M.











