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Le beau coup de propagande palestinien, Nathan Sharansky
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02/10/07

Wall Street Journal

Première publication dans le Wall Street Journal (accès réservé aux abonnés).


Titre original : "Palestinian Propaganda Coup",
accessible sur le site du The Jerusalem Post.


Traduction française : Alain Jean-Mairet

 

Texte français repris du site Objectif-Info.

 

 

Le mois dernier, un tribunal français a traité en appel une affaire dont le verdict imminent promet d’avoir de très importantes répercussions pour tous ceux qui se préoccupent de l’objectivité et de l’exactitude des informations sur le Moyen-Orient. Il y a près d’un an, Philippe Karsenty, journaliste et observateur des médias français, a été déclaré coupable de diffamation pour avoir demandé le licenciement de deux journalistes de France 2 Télévision, responsables d’un reportage, diffusé le 30 septembre 2000, sur la mort d’un garçon palestinien de douze ans, Mohammed Al-Dura, prétendument abattu par des tirs israéliens.

 

Sept ans se sont écoulés depuis la diffusion, par France 2 Télévision, des images terribles de Mohammed Al-Dura et de son père, terrorisés, recroquevillés derrière un cylindre de béton au carrefour de Netzarim pour se protéger, selon le reportage, des tirs continuels de soldats de l’armée israélienne. La séquence de 59 secondes se termine sur une image de Mohammed Al-Dura, apparemment tué par une balle. L’ensemble a été présenté dans le monde entier comme une démonstration indiscutable de la sauvagerie israélienne. Cet enregistrement a attisé les flammes de ce qu’on a appelé, entre temps, la deuxième Intifada. Mohammed Al-Dura devenait ainsi l’icône même du martyr : son nom et son visage ont orné des rues, des parcs et des timbres postaux aux quatre coins du monde arabe. Son histoire a été reprise par Oussama Ben Laden dans un pamphlet djihadiste contre l’Amérique, et par les auteurs de l’atroce vidéo de la décapitation d’un journaliste juif américain, Daniel Pearl.

 

Mais, peu après les faits, une série d’enquêtes ont fait apparaître de sérieux doutes quant à l’exactitude du reportage de France 2. Les recherches officielles de l’armée israélienne ont conclu qu’au vu de la position des forces armées par rapport à celle des Al-Dura, il était extrêmement improbable, voire impossible, qu’une balle israélienne ait atteint l’enfant. Les enquêteurs de l’Atlantic Monthly et du Wall Street Journal sont parvenus à des conclusions similaires. Puis, un documentaire allemand a mis en lumière certaines incohérences et de probables manipulations contenues dans le compte rendu du seul journaliste de France 2 présent sur les lieux ce jour-là, le caméraman palestinien, Talal Abu Rahmeh. Malgré cela, France 2 a refusé de rendre publiques les 27 minutes de prises de vues brutes d’Abu Rahmeh. Elle a toutefois accepté que trois journalistes français de premier plan visionnent ces images. Or, tous trois ont conclu que celles-ci montrent des mises en scène manifestes de Palestiniens faisant semblant d’être pris pour cibles par des soldats israéliens, et que Charles Enderlin, le responsable du bureau de France 2 à Jérusalem, avait menti pour dissimuler ce fait.

 

Sur cette base, Philippe Karsenty, alléguant des malversations graves, a demandé le licenciement d’Enderlin et d’Arlette Chabot, la directrice de l’information de France 2. Mais la chaîne française a répliqué par une plainte en diffamation contre Karsenty, tout en refusant de révéler les enregistrements.

 

Ce procès en diffamation est passé presque inaperçu en Israël et ce au détriment de l’affaire Karsenty, semble-t-il. En effet, dans son jugement en faveur de France 2, le juge Joël Boyer présente, à cinq reprises, l’absence de soutien officiel des affirmations de Karsenty par Israël comme une indication de leur manque de fiabilité.

 

Il est regrettable qu’Israël ait décidé de rester ainsi sur la touche, car il importe toujours que la vérité s’impose. Le reportage sur Al-Dura n’est pas le seul travail journalistique qui ait enflammé les passions contre Israël ces dernières années, mais aucun autre n’a eu un impact comparable. En outre, si, comme Karsenty et d’autres l’ont affirmé de manière convaincante, l’affaire Al-Dura s’inscrit dans une tendance insidieuse des médias occidentaux à se laisser manipuler par des sources malhonnêtes et politisées (on se souvient du «massacre» de Djénine qui n’en était pas un et des photos truquées de Reuters pendant la guerre d’Israël contre le Hezbollah, en 2006), alors il faut que France 2 soit placée devant ses responsabilités.

 

Il est important de souligner que le reportage d’Al-Dura a profondément influencé l’opinion publique occidentale. Lorsque j’assumais la charge de ministre des affaires de la Diaspora pour le gouvernement israélien, entre 2003 et 2005, je me suis souvent rendu sur les campus des universités américaines, où j’ai pu constater par moi-même à quel point l’histoire de Mohammed Al-Dura avait affecté la vision des jeunes gens qui commençaient à suivre les événements du Moyen-Orient. Pour de nombreux étudiants juifs, cet incident était un déshonneur qui les incitait à reconsidérer leur soutien à Israël. Pour les étudiants anti-israéliens, ce reportage confirmait la nature «raciste» du sionisme et devenait un instrument de recrutement pour leur cause.

 

Mais Israël a finalement compris la nécessité de jouer un rôle actif dans la mise au jour de la vérité dans cette affaire. L’armée israélienne a récemment adressé une lettre à France 2 exigeant la publication des 27 minutes de prises de vues de Talal Abu Rahmeh, affirmant l’invraisemblance de la culpabilité des soldats israéliens dans la mort d’Al-Dura, et émettant l’hypothèse selon laquelle il s’agirait d’une pure mise en scène.

 

Hélas, il est impossible de réparer les dommages causés à l’image d’Israël sur la scène internationale par le reportage de France 2, et à plus forte raison de rendre la vie aux Israéliens et aux Juifs tués pour venger Mohammed Al-Dura. Mais il est possible de décourager les reportages calomniateurs – et la violence qui les accompagne souvent – grâce au précédent en matière de responsabilité des médias, que constituerait la publication des 27 minutes de prises de vues originales de Talal Abu Rahmeh. La juge en charge de l’affaire Karsenty a maintenant demandé à obtenir ces enregistrements et cela est encourageant. Mais France 2 devrait les rendre publics dans leur intégralité

 

S’il n’y a vraiment rien à cacher, pourquoi refuserait-elle ?

 

Nathan Sharansky

 

© Wall Street Journal

 

Mis en ligne le 4 octobre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

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