18 mars 2007
Voir aussi : " Fayçal Al-Husseini dans sa dernière interview: 'Les accords d'Oslo étaient un cheval de Troie' ".
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Moins de 24 h après linvestiture du nouveau gouvernement dunion nationale palestinien, les bonnes résolutions prises par la communauté internationale, au lendemain de la victoire du Hamas aux dernières législatives, semblent fondre comme neige au soleil. Quelle trahison ! Car il sagit bien dun pacte avec le diable qua conclu Mahmoud Abbas en acceptant de sallier avec un Ismaïl Haniyeh plus décidé que jamais à faire entendre la voix extrémiste du parti terroriste dont il prit la tête.
La plateforme du nouveau gouvernement palestinien dunité nationale nintègre en effet aucune des trois conditions, requises, jusque-là, par la communauté internationale, pour lever lembargo imposé depuis la prise de pouvoir du Hamas : une reconnaissance explicite dIsraël et des accords passés et une renonciation à la violence.
Mais ces principes, réaffirmés par le Quartette (ONU, UE, Etats-Unis et Russie) ainsi que par le Secrétaire général de lONU, Ban Ki-Moon, ne semblent plus aussi nécessaires, si lon en croit la position de certains pays, tels la Norvège, la France, lEspagne et lIrlande, et même les Etats-Unis, qui nexcluent pas catégoriquement des contacts avec des ministres palestiniens, non-membres du Hamas, conformément à la déclaration de la porte-parole du consulat américain à Jérusalem, qui a indiqué que ces discussions seraient examinées "au cas par cas".
Et bien que le ministère israélien des affaires Étrangères se soit officiellement félicité de lattitude observée par le reste des pays européens, lesquels adoptent, pour le moment, la position du 'wait and see' (attendons et observons NDLR), on sait que, derrière cette confiance affichée, se cache une réelle inquiétude de voir les Européens céder aux chants des sirènes.
Le téléphone vissé à loreille, Tsipi [Livni] ne cesse donc de sentretenir avec ses homologues britanniques, russes, européens et allemands, afin de leur rappeler les véritables intentions de ce nouveau gouvernement, qui légitime un parti, dont le porte-parole indiquait, le 28 février dernier, au journal Haaretz : "lorganisation (le Hamas N.D.L.R.) na rien changé dans sa position vis-à-vis du conquérant et ennemi sioniste".
Tout au plus, expliquait Ismaïl Radwan, le Hamas acceptera-t-il les frontières de 1967 comme solution temporaire, et seulement à condition que "les réfugiés palestiniens retournent dans leurs maisons et que tous les prisonniers soient libérés". Ce nest qualors que le Hamas considérera la possibilité dune hudna (cessez-le-feu).
"Mahmoud Abbas sest non seulement joint à un gouvernement dunion avec le Hamas, qui ne remplit pas les conditions du Quartette, mais il a, de plus, accepté de soumettre tout accord de paix à lapprobation du Parlement palestinien, qui inclut une représentation du Hamas, ou à un référendum au sein de lAP et des camps de réfugiés palestiniens de par le monde", se désolait Tsipi Livni, tandis que le gouvernement israélien approuvait, à une écrasante majorité (dont deux abstentions : celles de Raleb Majadleh et Eitan Cabel) le boycott du nouveau cabinet palestinien dunion nationale.
Que faire dautre face à un président dAutorité Palestinienne qui déclarait, dans son discours dinvestiture, que "le nouveau gouvernement dunion nationale marque une nouvelle étape dans la lutte du peuple palestinien pour établir un Etat palestinien indépendant, avec Jérusalem pour capitale" ?
Se référant à la première Intifada de 1987, Mahmoud Abbas a déclaré, par ailleurs :
"Aujourdhui nous sommes fiers de dire que toutes les formes de lutte que nous avons menées ont permis, il y a plus de dix ans, la création de lAutorité palestinienne et de ses institutions"
Avant de préciser que laccord dunion nationale conclu entre le Fatah et le Hamas, à La Mecque, le mois dernier, avait été signé dans le cadre des efforts palestiniens réalisés pour "mettre fin à loccupation de nos terres qui ont été occupées en 1967, et pour garantir une solution juste au problème des réfugiés, sur la base de la résolution 194 des Nations unies."
Le Premier ministre reconduit, Ismaïl Haniyeh, a, pour sa part, soigneusement évité de condamner le recours à la violence, en affirmant que "la résistance sous toutes ses formes est un droit légitime".
Alors, après ce type de déclarations, pas de doutes pour Eli Yshaï : "le gouvernement palestinien dunion est un gouvernement Hamas déguisé", avec lequel il faut éviter toute sorte de négociation.
Même son de cloche, mais légèrement plus modéré, de la part du ministre de la Sécurité intérieure, Avi Dichter, qui appelle Israël à dialoguer uniquement avec les ministres palestiniens qui se sont engagés à respecter les principes du Quartette. Son collègue de la Défense, Amir Peretz, prône également des discussions avec les ministres Fatah, qui ne sont pas définis comme membres dune organisation terroriste.
Pour Shimon Pérès, le principal danger représenté par le nouveau gouvernement dunion nationale réside notamment dans lallusion faite par Abbas au retour des réfugiés. Le vice-Premier ministre a en effet expliqué que ''le droit au retour signifie une seule chose : la transformation de lÉtat dIsraël en un État palestinien''. ''Israël a toujours promu deux États pour 2 peuples tandis que le Hamas ne veut que dun État palestinien dans la région'', a-t-il ajouté.
Au parti travailliste, on estime que Mahmoud Abbas doit rester le partenaire légitime pour des futurs pourparlers de paix. Le ministre des Affaires sociales, Itzhak Herzog, a, par ailleurs, rappelé quIsraël ne doit pas seulement avoir raison, mais aussi se montrer intelligent concernant les revendications à légard des Palestiniens. Il a ajouté quil faut toutefois rester attaché à la libération de Guilad Shalit, à larrêt du terrorisme et des tirs de Qassam, ainsi quà lannulation du droit au retour des réfugiés palestiniens.
Des conditions probablement encore trop élevées pour un nouveau gouvernement palestinien préoccupé de redorer son blason aux yeux des dirigeants arabes extrémistes, tel Khaled Meshaal qui est convaincu "quIsraël et ses alliés traversent leurs heures les plus difficiles", et que "la victoire sur les Juifs est proche " *.
Une victoire que les extrémistes espèrent bien obtenir grâce à ce nouveau cheval de Troie que représente désormais le nouveau gouvernement palestinien d'union nationale.
* Cité par Al-Hayat (journal arabe paraissant à Londres en anglais) du lundi 12 février 2007.
Caroll Azoulay
[Texte aimablement signalé par M. Taub, Jérusalem.]
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