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Les médias contre Israël, Anne-Catherine Fouillet
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29/06/04

J’ai reçu d’un(e) internaute ce texte en version anglaise. Intrigué par le nom et le style visiblement français de cette contribution, j’ai rapidement trouvé, grâce à Google, ce qui semble être la version originale française de cet article
(www.glacis.org/release_2004_6/french/P7.html). Qu’on n’en attende ni révélations ni idées très originales. Il ne contient rien qui n’ait déjà été dit dans maintes publications. Je le mets cependant en ligne (après corrections et mise en page), d’abord parce qu’il provient d’une journaliste non-Juive, qui, à l’évidence, est convaincue de la justice de la cause israélienne (même si elle fait les concessions d’usage au camp palestinien), et aussi parce qu’elle dit en termes basiques ce que les textes que nous mettons en ligne à ce sujet, à longueur d’années, expriment, de manière souvent technique et pas toujours accessible au grand nombre. Menahem Macina.


Reproduction libre sous réserve de la mention suivante : "Présentation réalisée par le site www.upjf.org".


Il était une fois… un jeune Palestinien. Il habitait la Bande de Gaza, une baraque en tôle, sans eau courante ni électricité. Le matin, il était réveillé par les avions israéliens qui survolaient les lieux. Lorsque son regard se tournait vers la mer, il apercevait les navires israéliens qui contrôlaient la zone. Au bout du chemin sablonneux qui le menait à l’université se tenaient les chars israéliens. Dans le ciel, sur la mer et sur terre, les seuls, pensait-il, qui lui rendaient la vie infernale étaient partout. Gaza n’était qu’une prison. Un désespoir total l’envahissait. Il avait beau chercher dans sa jeune tête : pas moyen de trouver une porte de sortie, ne serait-ce que mentale, imaginaire. L’angoisse le terrassait, lui nouait la gorge. Il entrevit une solution. La mort lui apporterait une vie meilleure. Comme bien des gens qui se suicident, il décida d’écrire une lettre d’adieu. Mais, fait inhabituel, il signerait avec son sang. Pendant les vacances scolaires, il travailla en Israël - que ses grands frères appelaient "Palestine occupée". C’est là, après avoir fabriqué une bombe artisanale, qu’il se donna la mort, tuant deux autres personnes en même temps.

La mort de cet adolescent aurait pu rester un fait divers, témoin de trois vies brisées par la guerre si elle n’avait donné l’idée pernicieuse et sadique à des islamistes radicaux de l’exploiter pour la systématiser au nom d’Allah. Comme si les musulmans étaient fils d’un Dieu qui demanderait, avant d’entrer au ciel, de présenter une carte de "martyr" du jihad ! Un Dieu qui promettrait, par l’intermédiaire de religieux haineux et sans aucun respect pour la vie humaine, un paradis à ceux qui tuent en se tuant, outrepassant ainsi son propre commandement.


Blocage émotionnel

A lire la presse sur le conflit au Moyen-Orient, on a le sentiment que les journalistes, en particulier en Europe occidentale, en sont restés à la mort tragique et compréhensive du premier adolescent palestinien qui se soit suicidé. Il y a comme un blocage émotionnel qui les empêche de prendre du recul et de dénoncer clairement l’exploitation de ce drame qui se répète à une puissance exponentielle. Tous les jeunes kamikazes seraient alors les victimes désespérées d’Israël. Certes, les médias soulignent l’endoctrinement de ces jeunes par les mouvements islamistes radicaux, mais au-delà de cette brève prise de conscience, le regard accusateur se porte toujours vers Israël. Comme si Israël n’avait pas non plus ses victimes innocentes, ses vies brisées, sa douleur, sa terreur et son désespoir. Le constat est amer pour ses citoyens. Ils s’aperçoivent qu’ils sont encore une cible, qu’ils sont encore vulnérables après des milliers d’années d’errance due à la haine. Ce blocage émotionnel dans une presse très majoritairement à gauche les précipite dans une attitude pusillanime aux côtés de ceux qu’elle a déclarés victimes quoi qu’il arrive. Ainsi quand Ariel Sharon se rend pour prier sur le troisième lieu saint de l’Islam, elle n’y voit qu’une provocation, occultant totalement qu’il s’agit du premier lieu saint du judaïsme. Libre à certains journalistes de croire qu’il s’agit d’une provocation, mais il est malhonnête de passer sous silence ou de nier avec aplomb et sans vérification auprès de l’intéressé, dans leurs reportages et commentaires, que d’autres réflexions aient pu amener Sharon à faire ce choix. La raison obligeait à prendre en compte la réalité historique et la réalité géographique, pas l’une ou l’autre en fonction de ses préjugés.
La partialité des médias au détriment de la nation juive relève plus profondément d’une incapacité psychologique et intellectuelle à abandonner le vieux cliché de la Guerre Froide qui classe Israël dans les pays impérialistes et dominateurs. Certains pleurent encore son choix de ne pas avoir choisi le camp de l’Union soviétique qui espérait bien la récupérer. Par tactique et non par amour, la Russie [étant] antisémite de longue date. Quand Alain Gresh, le rédacteur en chef marxisant du Monde Diplomatique justifie, dans un livre écrit avec Tariq Ramadan, le terrorisme palestinien au nom de l’antisionisme et de l’anticolonialisme, on est en droit de s’interroger sur la capacité d’évoluer de certains idéologues. Visiblement, Alain Gresh en est resté aux sympathies pro-soviétiques de papa, l’intellectuel Henri Curiel. Cet attachement à une pensée figée dans une doctrine du XIXe siècle est dramatique et nihiliste tant il s’enracine dans le déni du fascisme rouge qui voyait tout en lutte : les classes, les hommes et les nations. Que Carlos, terroriste international non–repenti éructe de sa prison des vieilles barbes sur le complot américano-sioniste et soutienne Al-Qaïda et Ben Laden, on comprend qu’il radote en sa propre et unique compagnie, mais de la part de gens en liberté censés réfléchir, on s’interroge sur leurs vieilles marottes, pour ne pas dire sur leurs fixations psychiques, lesquelles les dispensent des vraies questions et d’un minimum d’objectivité. Car, si l’on se pose, par exemple la question d’Israël en tant que puissance coloniale, on ne peut répondre que par la négation. Et les citoyens de France, pays hautement colonisateur dans le passé, devraient le savoir. A l’époque de l’Indochine et de l’Afrique colonisée par la France, la domination des autochtones par les Français était totale dans toutes les institutions du pays, administrations, hôpitaux, écoles, etc.…on aimait où on déplorait mais ce n’est absolument pas le cas d’Israël sur les Palestiniens. Certes, il y a des problèmes. Les produits agricoles arabes sont vendus exagérément au profit d’Israël, mais le fruit des richesses palestiniennes si minime soit-il dans une économie plombée, n’est-il pas davantage détourné par un gouvernement en partie corrompu et par la mauvaise volonté qu’il met à refuser toute tentative de règlement du conflit? A Gaza et en Cisjordanie, il y a des implantations juives et elles posent un véritable problème. Mais il s’agit d’implantations, pas de colonies. Israël est une démocratie, entourée de pays aux régimes non-démocratiques et elle n’exerce aucun pouvoir colonial sur qui que ce soit. Prétendre le contraire relève de ce que Lénine appelait « le gauchisme, maladie infantile du communisme ». Mais le gauchisme a encore bon pied bon oeil au pays de la Révolution ; de vieux soixante-huitards comme José Bové, le Paysan-Terminator, entretiennent la flamme des têtes à couper. Pour José Bové, Israël est un État avec ses camps d’internement, ses miradors et une politique de purification ethnique. Question : Faut-il faire sauter le pays comme un Mac-Do ?
Au milieu des années soixante-dix les anti-coloniaux obsessionnels écrivaient : « Pol pot libère le Cambodge ». Tout le monde peut se tromper lourdement, mais il faut le reconnaître, se remettre en question et faire amende honorable. Admettre qu’avoir vu Sharon en nazi, c’est aussi insensé que d’avoir vu Pol Pot en libérateur. Savoir tourner des pages pour ne plus tourner en rond.


Les obsessionnels

Pour certains journalistes à Jénine, où le comportement de l’armée israélienne suscite, à juste titre, la réprobation, le mot est lâché "Jeningrad", en référence à "Stalingrad", utilisé également à la une de certains quotidiens. Rescapés du vrai Stalingrad et historiens apprécieront la mesure ! On atteint un sommet avec le prix Nobel de littérature, José Saramago, pour qui Ramallah, c’est Auschwitz. De ce dernier lieu, les rescapés infiniment moins nombreux que ceux de Stalingrad, jugeront du propos. À Auschwitz, il n’y avait pas de restaurants, pas de salles de cinéma, pas de bibliothèques, pas de boulangeries-patisseries. Certes, il y avait bien des fours, mais ils n’étaient pas destinés aux petits gâteaux. Il est politiquement incorrect de critiquer les choix de l’Académie suédoise qui distribue les prix, on est pourtant en droit de s’interroger sur bon nombre d’entre eux, en particulier celui de la Paix à Yasser Arafat.

Qu’il soit déprimant, désespérant et révoltant pour des Palestiniens de vivre là et dans ces conditions ne fait aucun doute, mais quand leurs sympathisants internationaux se permettent de tels abus de langage, de quelle responsabilité font preuve les journalistes en les relayant ?

Apparemment pleine de bon sens et de justice dans la forme, l’incessante demande de l’Autorité Palestinienne du "droit au retour des réfugiés" n’en est pas moins radicale sur le fond. Petit rappel historique : en 1948, 450.000 Arabes ont fui Israël à la demande de leurs autorités qui se préparaient à attaquer le nouvel Etat juif. Il est à noter, à ce propos, qu’ils n’ont pas été accueillis dans les pays arabes voisins comme des frères souffrants et bien aimés, mais qu’ils ont été parqués dans des camps que certains n’ont jamais quittés. Conséquence immédiate : 650.000 juifs ont été contraints de fuir les pays arabes, à la suite de pogromes et autres exactions - faits largement occultés par les médias, pour qui réfugié n’est synonyme que de Palestiniens. Ce nombre doit être porté à 1.000.000 si on y ajoute les Juifs d'Algérie, de Tunisie et du Maroc. Les juifs vivaient dans ces pays parfois depuis 2000 ans, et certains y possédaient des richesses dont ils ont été intégralement spoliés. D’autres y vivaient modestement, avec un salaire, car ils travaillaient beaucoup. Il n’a jamais été question pour eux de droit au retour, ils ont été volés, et, bien que démunis à l’extrême, ils n’ont reçu aucune indemnité. Ces réfugiés-là sont oubliés par la presse, comme le furent déjà, en France, les "Pieds Noirs" et les Harkis.

Il y a eu des massacres d’Arabes : 300 personnes à Deir Yassin, lieu des représailles du groupe Stern, lui-même attaqué. Mais il est malhonnête de la part des médias de brandir toujours ce thème du droit au retour, vu qu’il signifie, de facto la mort de l’Etat hébreu. Comme l’analyse Alon Ben-Meir, professeur en Relations internationales, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université de New-York, « la réalité démographique sur la terre d’Israël est simple : avec seulement 5,5 millions d’habitants en Israël, si le pays doit absorber presque 4 millions de réfugiés palestiniens en plus d’un million et demi de Palestiniens qui sont déjà des citoyens israéliens, les Palestiniens deviendront quasi immédiatement une majorité, même sans un afflux quelconque de Palestiniens de la Bande de Gaza ou de la Cisjordanie. Une telle réalité effacera Israël en tant qu’Etat juif, créé expressément pour fournir un dernier refuge et sanctuaire pour les Juifs. Certains dirigeants palestiniens "menacent" d’abandonner leurs demandes sur Gaza et la Cisjordanie et réclament à la place la citoyenneté en Israël, pour créer ainsi un Etat binational, aboutissant au même résultat : une majorité palestinienne.

Démographiquement, donc mathématiquement, ce droit au retour n’est plus possible. Inutile d’insister, à moins de souhaiter la disparition d’Israël. Est-ce juste ? Non. Doit-on avoir de la compassion pour les Palestiniens exilés et déracinés ? Sans aucun doute, et Israël devrait exprimer davantage cette compassion, il connaît le problème mieux qu’aucun peuple au monde.

La création de l’État d’Israël a créé une injustice pour les Palestiniens en réduisant leur espace "national", mais la création de cet État était une cause juste, pas seulement une nécessité, après la Shoah, mais également un désir naturel, toute référence biblique mise à part. Depuis 1272 avant J.-C., les Juifs ont établi leur nation sur cette terre, et la nation juive y a prospéré pendant 1000 ans, avec Jérusalem comme capitale. La présence juive sur la terre d'Israël a été constante et ininterrompue pendant 3.300 ans. Certains ne sont jamais partis, et le sous-sol ne regorge pas uniquement de vestiges philistins. Comparer le sionisme au fascisme ou au nazisme relève autant de la mauvaise foi que de l’inculture.

Une autre habitude des médias est d’insister sur les images d’enfants palestiniens risquant de passer sous des chars israéliens pour jeter quelques cailloux innocents. Cette image de David contre Goliath était le symbole de Tien An Men. En Chine totalitaire, qui, comme tous les anciens pays communistes, se pare de l’adjectif "démocratique" - car il vaut mieux, pour ses dirigeants, l’avoir dans le langage plutôt que dans les institutions - cette photo d’un adolescent, seul face à un char, était une information sur la nature du régime. A Gaza, ou en Cisjordanie, elle désinforme, car les Palestiniens n’ont pas que des pierres, sinon il n’y aurait pas d’attentats. Dans les défilés qui entourent les enterrements de Palestiniens, toujours hautement médiatisés, ce ne sont pas des petits cailloux qui sont brandis, mais des centaines, voire des milliers de fusils. Ce n’est pas parce que la disproportion des armes est grande que le danger est inexistant pour Israël. Une question se pose alors : le fait que ce peuple soit toujours en danger est-il entré définitivement dans l’inconscient collectif des journalistes ? Le mur de sécurité, aussi regrettable soit-il, en particulier lorsqu’il empiète sur des champs et villages palestiniens, est-il seulement un mur anti-cailloux ?

Israël vit dans l’insécurité permanente et ne deviendra le pays du lait et du miel, que lorsqu’il sera en paix avec ceux avec qui il partage la terre. Les Palestiniens deviennent fous de désespoir et de rage. Abandonnés par leurs soi-disant frères arabes qui ne font rien pour les aider raisonnablement, ils croient aux terroristes islamistes qui promettent de leur offrir toute la planète pour territoire. Ils n’en demandent pas tant. Alors, là où la politique échoue à cause de l’intransigeance de l’Autorité Palestinienne, là où la diplomatie n’a plus cours, il reste peut-être une solution en Terre Sainte : le dialogue interreligieux. Il oblige à des concessions salutaires lorsqu’il faut aller au bout de son engagement spirituel. Spirituel, c’est-à-dire qui respecte plus l’esprit que la lettre. Ce pas est très dur à franchir pour les Juifs orthodoxes, car il s’agit de partager la Terre Promise. De leur côté, les Palestiniens devraient renoncer à Jérusalem - qui n'a jamais été la capitale d'aucun État arabe ou musulman. Même lorsque les Jordaniens occupaient la ville, ils n'ont jamais envisagé d'en faire leur capitale. Jérusalem n'est pas mentionnée une seule fois dans le Coran. Les musulmans se tournent pour prier en direction de la Mecque.

A l’heure où nous mettons cet article en ligne, TFJ, la télévision juive française est en sursis. Si elle disparaît, ce sera une voix de moins dans la démocratie. Une voix qui est pourtant nécessaire, [alors que] tous les foyers arabes français [peuvent] recevoir des dizaines de chaînes dans leur langue, dont certaines, comme Al-Jazira désinforment plus qu’elles n’informent, quand elles n’appellent pas ouvertement à la haine, en diffusant les messages de Ben Laden.

© A.C. Fouillet

Mis en ligne le 30 juin 2004 sur le site www.upjf.org.
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