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Israël, terre d'Alliance, carrefour historique et théologique, Abbé Arbez
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01/11/02

Comme le dit le cardinal Schönborn, "c'est un fait aussi bien pour la foi juive que pour la foi chrétienne, qu'il y a eu une fois et une fois seulement, dans l'histoire de l'humanité, un pays, un pays bien déterminé, dont Dieu a pris possession pour toujours, comme étant Son héritage (1 S, 26, 19) Son pays (Jr 2, 7) et qu'il a confié au peuple élu par Lui, Israël, comme étant Son propre peuple (Dt 1, 36)"… L'archevêque de Vienne poursuit: "on ne peut guère mettre en doute que la fondation de l'Etat d'Israël soit liée à la promesse biblique de la terre". (Rappelons, pour mémoire, que le Saint-Siège a signé sa reconnaissance de l'Etat d'Israël dans un Accord fondamental, en 1993).

Cet éclairage théologique et historique élémentaire fait encore trop souvent défaut à de nombreux Chrétiens, peu conscients du fait que l'Eglise du Christ est enracinée dans le judaïsme, et que, comme l'a rappelé maintes et maintes fois Jean Paul II, le destin du christianisme est intimement lié à celui du judaïsme.
Quand les Chrétiens ne sont pas capables de reconnaître la réalité incontournable de l'Etat d'Israël comme prolongement historique de la promesse de la terre au peuple élu, ils ne respectent pas l'identité spirituelle et historique de leurs frères juifs déjà tant éprouvés au cours des siècles. De plus, ils scient, de manière suicidaire, la branche sur laquelle ils sont greffés! Or le christianisme n'est pas un état d'âme humaniste flottant au gré d'idéologies du moment, c'est une religion, profondément ancrée dans le judaïsme, et en dehors duquel elle n'a aucun sens.

Il faut admettre que les événements du Proche-Orient, tels qu'ils sont relatés par les médias occidentaux, brouillent encore davantage la perception, par les Chrétiens, de ce double enjeu de la survie d'Israël, pour les juifs d'abord, pour les chrétiens ensuite. Dans la plupart des cas, on entend répéter mécaniquement les appréciations caricaturales du conflit, dont l'opinion est abreuvée quotidiennement par les journaux et la télévision.
Il ne s'agit pas ici de sous-estimer la situation vécue par les Palestiniens, et fortement mise en évidence par les médias, mais de revendiquer une information qui ne soit pas unilatérale, car, pour comprendre quelque chose à la géographie, il faut regarder l'histoire. Pour s'y retrouver, entre revendications israéliennes/juives et exigences palestiniennes/islamiques, il faut re-préciser qui est qui, et qui fait quoi.

A la suite des circonstances de l'histoire de ces vingt derniers siècles en Terre sainte, voici que deux peuples revendiquent une seule terre.


Israël/Palestine

A quoi cela correspond-il? Il faut d'abord rappeler, en préalable, que si l'on parle des Israélites et d'Israël depuis 3500 ans, il n'a en revanche jamais existé d'Etat palestinien; cela ne veut pas dire qu'il ne peut y en avoir un maintenant, mais sachons tout de même d'où l'on part…
Les cartes géographiques actuelles de divers pays arabes et musulmans, (y compris dans les livres scolaires des élèves des Territoires sous autorité palestinienne) mentionnent le nom de PALESTINE pour toute la région qui va de la Méditerranée au Jourdain; mais Israël n'y figure pas! …

Cette affirmation hégémonique de la ‘palestinité’ résiste-t-elle à une analyse historique? Cette option politique est-elle ethnique ou religieuse? S'appuie-t-elle sur une réalité effective ou imaginaire?

La Bible

Le nom d'Israël gravé sur la stèle du pharaon Meneptah, successeur de Ramsès II, nous ramène à 1200 avant notre ère.
Cet indice archéologique est important pour comprendre la suite, car cela signifie qu'un ensemble de populations vivant en terre de Canaan, devenue Eretz Israël pour s'affranchir de la tutelle égyptienne, a émergé, en tant que réalité politique, sous la forme d'une confédération de tribus sémitiques.
Un peuple hébreu autochtone, déjà près de dix-huit siècles avant notre ère, avec Abraham, existait donc dans le pays de Canaan. La dynamique d'une alliance entre Dieu, son peuple et sa terre avait donné la paix pour seule ambition à cet Israël en gestation, autour d'une éthique authentiquement pionnière par rapport aux civilisations environnantes, mais aussi grâce à un culte original, en lutte permanente contre les idoles.

Ainsi, lorsque nous ouvrons la Bible, ancien ou nouveau Testament, nous voyons qu'il y est question du pays des Juifs, de la Judée, d'Eretz Israël, et de pays voisins infiniment plus puissants et constamment envahisseurs. Mais l'appellation "Palestine" n'apparaît pas!

a) Les Philistins

Le terme moderne "Palestinien" vient de "Philistin"; c'est sous ce nom que la Bible évoque des populations étrangères, localisées dans une bande de terre côtière. Les Philistins de l'antiquité sont des navigateurs venus des îles de la mer Egée; c'est-à-dire des Grecs. Leur langue est une langue indo-européenne , mais pas une langue sémitique. A l’évidence, les Palestiniens d'aujourd'hui qui, depuis 1967, revendiquent la 'palestinité' ne sont pas les descendants de ces anciens Philistins, mais sont plutôt issus de populations arabes et turques, dont les origines ne remontent pas jusqu'à cette époque antique.

b) Yehuda

La première mention de Palestine, ou Philistie, contrée peuplée de Philistins, remonte à Hérodote, quelque cinq siècles avant notre ère, mais elle ne désigne en aucun cas l'ensemble du territoire des Juifs: celui-ci reste appelé, pour la partie nord: Israël, et pour la partie sud: YEHUDA, Judée, Juda, c'est-à-dire pays des Juifs, et ce dans les édits et sur les pièces de monnaie frappées par les gouverneurs perses au IVe siècle avant JC.

c) Judea Capta

A l'époque de Jésus de Nazareth et de ses disciples, tous Juifs, il y a deux mille ans, personne ne parle de "Palestiniens". On ne connaît que les Philistins, peuple guerrier, ennemi d'Israël et venu de la mer, pas du désert. (D'où l'absurdité anachronique de ces catéchismes qui nous parlent de "Jésus sur les chemins de Palestine"… Cela concorde avec le mythe d'un Jésus palestinien, en harmonie avec le Coran, qui considère Jésus comme un prophète musulman! Or, Jésus est né Juif à Bethléem de Judée, et, pour les Chrétiens, il est Fils de Dieu.)
En 70 de notre ère, Titus, fils de l'empereur Vespasien, détruit le Temple de Jérusalem et réprime le peuple juif. A cette époque, on trouve des pièces romaines représentant une femme juive en deuil, sous un palmier, symbole de la Judée: l'inscription est "Judea capta", la Judée conquise; ce n'est pas "Palestina capta"

d) Palestina

C'est après la deuxième révolte juive contre Rome, en 135, que l'empereur Hadrien débaptise la Judée pour l'appeler PALESTINA, (du nom de la bande côtière philistine), tout comme il change, également, le nom de Jérusalem, qu'il a fait raser, en Aelia Capitolina; Si Rome interdit provisoirement aux Juifs l'accès à leur capitale millénaire, en Judée/Palestine, la majorité de la population reste néanmoins juive, malgré la présence de quelques colons grecs et romains, et elle peut continuer à vivre et à pratiquer ses coutumes sur sa terre ancestrale : Eretz Israël.


Les Byzantins

La foi en Jésus Messie, qui a commencé à se développer dans les milieux juifs et chez les sympathisants du judaïsme, s'hellénise; alors que le premier christianisme est 100% juif, une structuration de la pensée chrétienne s'opère peu à peu avec les outils intellectuels de la philosophie grecque. Or, à la suite des premiers conciles d'évêques, en majorité orientaux, des exclusions sont prononcées contre les Juifs, sur la base d'élaborations théologiques douteuses, avec cette idée que l'Eglise s'est substituée à Israël, qu’elle est le "Verus Israel" (le véritable Israël), et que toute la religion juive est rendue caduque par le christianisme.
Pourtant, on sait que, durant plusieurs siècles, la plupart des Chrétiens de la base populaire restent en excellents termes avec les Juifs et participent même fréquemment aux célébrations dans les synagogues; et c'est sans doute à cause de ces trop bonnes relations que, par crainte d'une influence concurrente du judaïsme, certains hiérarques et notables orientaux vont mettre une distance fatale en élaborant la notion de peuple "déicide", ce qui entraînera tant de tragédies par la suite.
La "conversion" de l'empereur Constantin à la foi nouvelle, en 324, donne force de loi à ces redoutables attitudes de rejet, et un statut des Juifs, y compris en Terre Sainte, est établi. Mais cela n'affecte outre mesure ni la population judéenne ni la samaritaine, qui, majoritaires dans le pays, gardent intacte la jouissance de leurs terres durant cette période byzantine; les Chrétiens ne dépossèdent pas les Juifs de leurs biens, ni ne répriment leur expression culturelle - c'est dans ce contexte que le Talmud est écrit. St Jérôme vient de Rome en Terre Sainte pour travailler, auprès des rabbins, à sa traduction de la Bible (la Vulgate), avec le souci de respecter ainsi le plus possible l’"hebraica veritas", malgré l'hostilité de St Augustin à cet égard…
De nombreuses synagogues sont construites, particulièrement en Galilée, et l'approfondissement de la Mishna se poursuit, tandis que, parallèlement, les Pères de l'Eglise rédigent leurs réflexions théologiques et que prend forme ce qui constituera le droit canon ecclésiastique. Mais l'Eglise de Palestine ayant interdit aux Juifs de vivre à Jérusalem, a aussi laissé transformer le site sacré du mont du Temple en dépôt d'ordures et décharge publique. Les Juifs ne sont autorisés à entrer à Jérusalem qu'une fois par an, pour pleurer sur la destruction, par les Romains, de leur lieu saint.

L'arrivée de l'Islam

La situation va complètement changer lorsque, après cette période marquée par la coexistence avec les Chrétiens byzantins, les adeptes d'une nouvelle religion conquérante, l'islam, sortent de leur territoire, l'Arabie, aux VIIe et VIIIe siècles. Et en très peu de temps, "tels une invasion de sauterelles", pour reprendre l'expression du chroniqueur Ibn Khaldoun, les Musulmans vont s'installer en Terre Sainte, en Egypte, en Syrie, au sud de l'Italie, en Afrique du Nord, en Espagne, en Arménie, en Anatolie, en Perse, en Inde, au prix de massacres et de bouleversements considérables. Leur occupation de l'Espagne et de l'Arménie provoquera d'ailleurs en Occident au XIe siècle une réaction qui déclenchera le processus de croisade.

A leur arrivée à Jérusalem en 638, les Arabes s'emparent des espaces sacrés et y installent deux mosquées (devenues récemment très célèbres), sur l'emplacement même du Temple de Salomon, reconstruit par Hérode.
Diverses œuvres d'art - appelées souvent à tort "art islamique" - vont être conçues et réalisées par des architectes et des artisans chrétiens ou juifs, recrutés par les conquérants. (C'est le début de l'appropriation, par les Musulmans, du riche héritage byzantin et copte au Proche-Orient.)

a) Juifs et Chrétiens opprimés

Si, pendant des siècles, les Juifs vont subir, sur leur territoire ancestral, les contrecoups d'un antijudaïsme chrétien (avec la présence des Byzantins, du Ve au VIIe siècles, puis des Latins, du XIe au XIIe siècles), en fait, ils souffrent surtout des conséquences de l'islamisation du pays, avec l'arrivée des occupants musulmans, arabes puis ottomans. Il faut toutefois relever l'attitude hostile du patriarche chrétien de Jérusalem, Sophronius, en 638, qui, en s'appuyant sur les idées exécrables de Jean Chrysostome, demande au calife de maintenir l'exclusion des Juifs de Jérusalem. Pourtant, celui-ci accepte qu'un quota de 70 familles s'y établisse.

b) Dhimmitude

Avec cette conquête par l'islam, au VIIe siècle, la situation se dégrade, aussi bien pour les Juifs que pour les Chrétiens, finalement soumis au même régime d'infériorité (les dhimmis): leurs terres sont confisquées par le calife, qui en devient le seul détenteur, au profit de la population musulmane (système du "fay"). Pendant la période de conquête, les campagnes sont gagnées par l'insécurité en raison des razzias bédouines, des déportations en esclavage des Juifs et des Chrétiens, et, de ce fait, la désertification s'accélère. C'est dans cette conjoncture que les Musulmans imposent aux non-Musulmans un vêtement discriminatoire, rendant visible leur statut inférieur, lointain ancêtre de l'étoile jaune, et des décrets du 4ème concile du Latran (ségrégationniste envers les Juifs et les Musulmans, en Europe, au XIIIe siècle)… Les chrétiens doivent être vêtus de bleu, et les juifs, de jaune.
En 1009, le sultan égyptien Al Hakim conquiert Jérusalem; bien qu'issu d'une mère chrétienne, il s'acharne rageusement sur le tombeau du Christ, qu'il réduit en poussière. Mais Al Hakim ordonne aussi que les synagogues et les églises soient détruites, et il déclenche des persécutions contre les Juifs et les Chrétiens; les Occidentaux doivent payer des rançons considérables pour protéger leurs droits et reconstruire le Saint-Sépulcre. Dans les décennies suivantes, parmi les pèlerins qui, depuis des générations, venaient se recueillir sur les lieux saints, certains sont agressés, mutilés (nez et oreilles coupés), emmenés en esclavage, islamisés de force.
Devant ce état de fait intolérable, des ligues de "légitime défense" vont se constituer en Occident, pour tenter de donner une réponse collective à la situation d'ensemble qui s'aggrave de l'Espagne à l'Arménie. Les croisades sont lancées dans un but non pas expansionniste, comme on l'a souvent affirmé, mais simplement pour reprendre aux Musulmans les terres chrétiennes qu'ils s'étaient appropriées par l'épée. Des troupes armées, constituées de pauvres gens, parfois organisées de bric et de broc, mais déterminées par une cause juste, prendront, dans un même élan, la route de la Terre Sainte. Souvent épuisées par les attaques de brigands tout au long de leur périple, et affrontées à des barrages de cavaliers musulmans bien équipés, les croisades se donneront pour objectif (plus spirituel que militaire) de libérer le Tombeau du Christ, profané par les guerriers de Mohamed. (Il n'empêche que des aventuriers et des fanatiques, infiltrés dans ces troupes populaires de Chrétiens en marche vers la Terre Sainte, ont commis des exactions gravissimes en tuant des Juifs par antisémitisme, par exemple lors de leur départ d'Allemagne, et en massacrant par milliers Juifs et Musulmans, en entrant à Jérusalem.)

Chute civilisationnelle et oubli total

Mais pendant de longues périodes, la Judée et Jérusalem vont tomber dans l'oubli; elles n'auront pas d'importance particulière pour l'islam, comme c'est, en revanche, le cas depuis peu. Rappelons d'ailleurs, à ce propos, que Jérusalem n'est pas mentionnée une seule fois dans le Coran!
C'est Damas qui joue, à cette époque, le rôle de chef-lieu de l'administration musulmane de la région.
Il faut signaler aussi que, durant les douze siècles qui ont suivi l'islamisation du pays, la population globale de Terre Sainte a terriblement chuté: des trois à quatre millions de personnes qui y vivaient au temps du Christ, on tombe, au XIXe siècle, à seulement trois cent mille âmes, soit le dixième environ, surtout en raison des attaques permanentes de pillards, conformément à la tradition bédouine des razzias.
On sait qu'au XVIe siècle, des familles maures, chassées d'Espagne, sont venues s'installer en Palestine. Mais la désertification humaine du Pays de la Bible amène le sultan à accueillir, à la fin du XIXe siècle, des contingents musulmans provenant de Bosnie et du Caucase, pour servir de repeuplement d'appoint et de main-d'œuvre au service des riches propriétaires syriens ou libanais, détenteurs de parcelles de terres ou de désert…
Quant aux "Arabes chrétiens" aujourd'hui présents dans ces territoires sous autorité palestinienne, ou en Israël, certains d'entre eux se considèrent comme les descendants des apôtres et des premiers disciples de Jésus-Christ, (pourtant tout ce qu'il y a de plus juifs !). Ils sont très souvent originaires du Liban et de Syrie, de Jordanie ou d'Egypte, et appartiennent aux communautés grecques-catholiques ou grecques-orthodoxes. La plupart de ces familles, établies là peut-être depuis un siècle et demi, se présentent volontiers comme implantées dans la région depuis l'antiquité la plus reculée. Il se peut que certaines d'entre elles soient des descendants d'Araméens chrétiens venus d'au-delà du Jourdain…

Partition de la Palestine mandataire

L'ère des guerres coloniales va faire prendre un virage décisif à ces colonies ottomanes arabisées. Car les Anglais et les Français se disputent la domination du Proche-Orient. Après avoir infligé une défaite militaire aux Turcs, en 1917, les Anglais sont présents en Terre Sainte jusqu'en 1948.
En 1921, chargés par la Société des Nations d'un mandat sur la Palestine, ils vont effectuer le découpage de cet ancien territoire ottoman vaincu: c'est ainsi que les trois quarts du territoire de Palestine, la Transjordanie, à l'est du Jourdain (77%, exactement!) vont à Abdallah, fils du sherif de La Mecque, promu émir par les Anglais; et c'est seulement le petit quart restant de la Palestine, ([i)23%) entre Mer morte et Méditerranée, qui est prévu comme territoire à partager (de nouveau) entre les Arabes de Palestine et le futur foyer national juif!
Par la suite, les Britanniques et, avec eux, les Occidentaux, font tout pour freiner au maximum le retour des Juifs sur ce qui représente, pour ceux-ci "Eretz Israël"! Toutefois, lorsqu'un journal intitulé "Palestine" paraît, à cette époque, les Palestiniens dont il est question sont des (i]Juifs[/i) qui continuent d'affluer en Terre Sainte… (A noter, en passant, que ce désir de retour, appelé alyah – montée (vers Jérusalem), a toujours existé au cours des siècles, chez les Juifs, exilés de force de leur pays.)
Sous l'impulsion des militants sionistes et malgré de violentes oppositions arabes relayées en Occident, l'Etat d'Israël voit péniblement le jour, en 1948, avec l'aval des Nations-Unies. Mais les Arabes s'estiment dépossédés de leurs terres traditionnelles et refusent catégoriquement la partition territoriale proposée par les Nations-Unies, en novembre 1947. Les armées arabes voisines attaquent le jeune Etat moderne d'Israël, avec, pour objectif, non pas de s'installer à ses côtés, mais purement et simplement d'annuler sa création, appelée par eux "nakba", catastrophe.
Jusqu'en 1967, les Arabes et les Musulmans de ces régions ne s'appellent pas encore "Palestiniens". Soucieux d’être reconnus comme une partie de la Nation arabe, et de la oumma musulmane, ils se faisaient alors appeler "Arabes de Palestine". C'est la logique du panarabisme, dans lequel de nombreux chrétiens arabes sont mobilisés au service d'une cause qui va se diversifier en courants islamiques multiples, dont beaucoup n'hésiteront pas à utiliser la violence, sur la base de légitimations révolutionnaires d'inspiration marxiste ou coranique.

En 1967, c'est la défaite de la Jordanie et la reconquête, par l'Etat juif, de Jérusalem-est ainsi que de la Judée-Samarie historique; c'est alors qu'apparaît une dénomination inédite: la "Cisjordanie", toujours présentée dans les médias occidentaux comme "territoire occupé". Alors que la présence jordanienne n'était pas perçue comme "occupante" par les Arabes de Jérusalem et de Judée-Samarie, le passage à l'administration israélienne est ressenti par ceux-ci comme une humiliation.

Dans les années 70, la Ligue arabe impose au Liban l'accueil de nouveaux réfugiés palestiniens; le cauchemar commence pour les régions chrétiennes libanaises, qui vont être ravagées par les agressions de commandos terroristes cherchant à déstabiliser le pays. Ces exactions, menées par les rescapés de "septembre noir" (de Jordanie), feront des milliers de victimes parmi les Chrétiens et iront jusqu'au meurtre du président maronite du Liban, Bechir Gemayel, en 1983.
C'est ce chaos qui entraîna, de la part des milices chrétiennes d'autodéfense libanaises, des interventions désespérées et des débordements incontrôlés, comme le triste épisode de Sabra et Chatila, (coordonné par Elias Hobeïka) pour lequel le général israélien Ariel Sharon, stationné avec les troupes israéliennes dans les environs, est encore souvent mis en cause.

Bien qu'aucun état palestinien n'ait existé auparavant, ce concept s'est peu à peu imposé à des opinions publiques occidentales, sensibilisées et mobilisées par les courants progressistes, tant dans les milieux politiques que dans les cercles ecclésiaux tiers-mondistes de l'après Concile. Durant des décennies, la revendication palestinienne va évoluer de plus en plus vers une problématique religieuse musulmane, avec l'exigence d'Al-Aqsa, comme lieu saint de l'islam… (Jamais dans les siècles précédents, les mosquées de Jérusalem (en arabe, Al Qods, la sainte, n'avaient eu pareille importance symbolique!)
A ce propos, rappelons que l'emplacement de l'ancien Temple, avec le mur (Kotel), actuel lieu de mémoire sacrée et de prière juive, est le seul et unique lieu saint du judaïsme, tandis que l'espace supérieur, avec ses deux mosquées, et qui est revendiqué par les Musulmans, n'est que le troisième lieu saint de l'islam, après La Mecque et Médine.


Clés de compréhension

Pour comprendre ce qui se passe en Israël/Territoires sous autorité palestinienne, il faut donc des clés de compréhension non seulement historiques, mais également géopolitiques et géoculturelles: il est également nécessaire de relier la politique locale du Moyen-Orient à ce qui se produit dans le reste du monde, où l'on constate la progression d'un islamisme militant qui gagne chaque jour du terrain. Voir l'Indonésie, les Philippines, le Nigéria, le Soudan, régions propices aux agressions islamiques contre les Chrétiens, sans oublier l'Algérie, avec ses civils, enfants compris, quotidiennement égorgés au nom d'un islam plus pur, ou le Pakistan, avec son fanatisme religieux.

a) Coexistence Israël/Palestine: respect mutuel

Quoi qu'il en soit, les conséquences de l'histoire de plusieurs siècles font qu'aujourd'hui, des populations arabo-musulmanes à forte démographie sont présentes sur cette terre de Palestine; avec la partition initiale de l'ancienne Palestine mandataire, en 1921, on sait que la population de la Jordanie est aux 3/4 "palestinienne".
Suite aux diverses propositions de paix, ces populations sauront-elles entrer avec réalisme dans le processus d'acceptation démocratique et pacifique d'une coexistence avec l'état d'Israël, dont la légitimité s'enracine très profondément dans cette région depuis les temps bibliques fondateurs? (soit près de trois mille huit cents ans).
Tant que ces populations seront mobilisées par des courants religieux niant par principe la légitimité antérieure d'Israël, au nom de celle, plus récente, de la (i]"Terre d'Islam", elles seront logiquement conduites à s'approprier, par l'Intifada, ou les attentats, la totalité des terres, "de la Méditerranée au Jourdain", (position du Hamas et de pratiquement tous les groupes militants). Ce sera l'impasse, car, dès lors, la stabilité pacifique de la région restera sans cesse hypothéquée par des antagonismes inter-musulmans, une agressivité grandissante envers les chrétiens, et des rapports de force hostiles aux habitants d'appartenance juive.

b) Un avenir constructif?

Si on part de l'idée qu'un Etat palestinien, encore à définir, a le droit d'exister, Israël a le droit de ré-exister! L'avenir permettra-t-il un jour (?) l'émergence d'une région israélo-palestinienne, qui soit un facteur de paix et de vitalité économique pour tout le Moyen-Orient? Les premiers à ne pas en vouloir sont les partisans du judenrein (terre pure de Juifs), au nom de la pureté islamique.
Pour préparer cette coexistence locale pluri-ethnique et pluri-religieuse, qui n'existerait que sous le signe de la tolérance interreligieuse, des étapes intermédiaires pourraient en ouvrir la voie et en tester la viabilité: si actuellement un million deux cent mille Arabes vivent à l'intérieur de l'Etat d'Israël, pourquoi quatre cent mille Juifs ne vivraient-ils pas à l'intérieur des Territoires d'un nouvel Etat palestinien reconnu?
Les lieux saints de Jérusalem ne pourraient-ils pas être gérés solidairement par Israël et Palestine, sous supervision des Nations-Unies?

Il est clair qu'Eretz Israël a une place centrale dans la Bible commune aux Juifs et aux Chrétiens, et Jérusalem y est citée six cent fois. "Que ma langue reste attachée à mon palais si je t'oublie, Jérusalem"! dit le psalmiste.
Les Chrétiens sont, eux aussi, directement concernés par le sort réservé à leurs frères aînés juifs, ainsi que par l'avenir de cette région unique au monde, appelée terra sancta.


Eglise Universelle et Eglise locale

Malheureusement, on ne peut que déplorer l'image de discorde, que donnent d'abord d'eux-mêmes les Chrétiens désunis de Terre Sainte. Par ailleurs, la position d'allégeance unilatérale de l'Eglise locale (toutes confessions comprises) au nationalisme palestinien et à ses excès, instaure un blocage insoluble. La distorsion criante entre la position politique partisane de l'Eglise palestinienne et l'orientation plus œcuménique de l'Eglise universelle s'aggrave et verrouille les perspectives d'avenir équilibrées qui auraient pu être sagement élaborées, tant avec le pouvoir israélien que par le palestinien.
On doit constater qu'on retrouve ici la ligne traditionnellement antijudaïque, et peut-être même marcionite, de cette Eglise palestinienne, et ce à la différence des autres chrétientés d'Orient, comme en Egypte, ou au Liban par exemple. Vues de l'Occident, ces positions de l'Eglise catholique locale, qui regroupent essentiellement des Arabes chrétiens (mais à peine 2% de la population de Jérusalem!), posent réellement problème.
Un récent document de la commission "Justice et Paix", de Jérusalem, publié sous la responsabilité du Patriarche Sabbah, en est l'illustration fâcheuse. Cette "Eglise palestinienne" fait constamment de la surenchère sur l'attitude du Saint-Siège, qui, lui, ne s'est jamais prononcé sur les répartitions de souveraineté à définir pour les lieux saints, la Ville et les Territoires, laissant ce soin aux négociateurs représentatifs des deux parties.
De quoi ces autorités chrétiennes locales sont-elles le porte-parole, lorsqu'en guise de caution elles se réclament directement de la lignée des apôtres juifs de Jésus, tout en adoptant finalement les positions du Fatah, fer de lance de l'islam? Pourquoi des protestants évangéliques américains ne seraient-ils pas aussi représentatifs et aussi pertinents lorsqu'ils se déclarent, au nom de leur foi biblique, solidaires de la souveraineté israélienne?
Le Mont du Temple est un lieu saint vital pour les Juifs; il est aussi, par ses vestiges, le témoin de la foi de Jésus, lui-même fervent pratiquant du Temple de Jérusalem. Un Jésus déjudaïsé ne serait plus qu'un triste gourou du New Age.

Le troisième lieu saint de l'islam est, lui aussi, respectable, et la situation générale éprouvante des Palestiniens, dans les Territoires disputés, ne peut laisser personne indifférent. Elle appelle d'urgence des solidarités d'entraide, ainsi que l'exigence de solutions politiques par des accords négociés avec Israël, mettant ainsi fin à l'engrenage attentats/représailles.

Toutefois, il faudra appliquer le principe de réciprocité dans la reconnaissance mutuelle des droits, et ne pas accepter une vision unilatérale. Il y a dix ans, dans l'encyclique "Redemptoris missio", Jean-Paul II recommandait aux catholiques de prendre la mesure de l'environnement inter-religieux qui caractérise notre époque. Cela veut dire, comme le souligne Henri Tinq, que le dialogue avec le judaïsme et avec l'islam doit être différencié: si le judaïsme est constitutif du christianisme, l'islam est étranger à sa foi.
Une conscience claire des différences ne pourra que favoriser toutes les initiatives constructives que Chrétiens, Juifs, et Musulmans réaliseront, dans un nouveau partenariat aux couleurs de l'espérance d'une planète plus pacifique.


Alain René ARBEZ, prêtre. Genève (Suisse)
Délégué aux relations avec le judaïsme (Genève)
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