26 juillet 2007
Texte repris du site Zenit.
Entretien avec Andrea Morigi, coordinateur du Rapport de lAED
Zenit - Existe-t-il des lois anti-conversion très dures dans des pays comme lInde, le Bhoutan et le Népal ?
A. Morigi - Les Etats indiens qui sanctionnent la conversion de lhindouisme à une autre religion sont le Rajasthan, le Gujarat, le Madhya Pradesh et le Chattisgarh, tous gouvernés par des hindous du Parti Bhâratîya Janatâ (BJP). Le dernier Etat à avoir introduit la loi anti-conversion est lHimachal Pradesh (janvier 2007), gouverné cette fois par le Parti du Congrès. Il semblerait donc que le laïcisme des héritiers dIndira Gandhi et le fondamentalisme hindou coïncident sur lobjectif de dénier la liberté [religieuse] aux minorités.
Mais quand il sagit de territoires hors de leur juridiction, les Indiens interviennent, comme au Bhoutan, où le bouddhisme mahayana est religion dEtat. Ainsi New Dehli a exercé des pressions, il y a un an, pour obtenir la libération de deux chrétiens pentecôtistes, Benjamin Budhu Mani Dungana et John Purna Bahadur Tamang, accusés de prosélytisme, et qui avaient été condamnés respectivement à trois ans et trois ans et demi de prison pour avoir montré à des Bhoutanais bouddhistes, un film sur la vie de Jésus.
On a du mal à y croire, mais cest considéré comme un grave délit dans un pays où les chrétiens ont linterdiction dentrer depuis 1965, et où ils ne peuvent ni construire déglise ni se réunir. Mais lInde ne se dérange certes pas pour le Népal qui, pendant 238 ans, jusquen 2006, a été une théocratie hindoue. Le roi Gyanendra a été déposé et les maoïstes ont pris le pouvoir, mais cela na pas beaucoup amélioré la situation car, si les nouveaux gouvernants ont offert dix sièges au parlement à un dalit, à des représentants tribaux, des femmes, un moine bouddhiste et à un représentant de lislam, les chrétiens, eux, ont été exclus, sans tenir compte de l'assistance précieuse apportée par eux à la population durant les longues années de guerre entre les rebelles maoïstes et larmée.
Zenit - En Amérique latine, la situation à Cuba et au Venezuela paraît très grave. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
A. Morigi - Seulement que lalliance entre Hugo Chavez et Fidel Castro passe par les accords nucléaires et pétroliers entre Caracas et Téhéran. Et que, dans tous les pays, les opposants, chrétiens ou pas, sont sacrifiés sur lautel dune révolution dont lobjectif principal, semble-t-il, est de faire disparaître le christianisme de la Terre.
Zenit - La Chine qui, lannée prochaine, accueillera les jeux olympiques et qui enregistre une croissance vertigineuse, cache en fait de très graves violations qui portent atteinte à la liberté religieuse, mais aussi à tant dautres droits de lhomme. Quelle est la situation ?
A. Morigi - Ma première réaction, instinctive, est de faire la comparaison avec les dictatures et les totalitarismes du siècle dernier. Jusquà la chute du Mur de Berlin, les régimes autoritaires étaient sanctionnés, boycottés. Aujourdhui, on ne voit plus rien de tel. On se rend compte également que les mécanismes de la par condicio (léquité) fonctionnent toujours à sens unique, et on a limpression que la barbarie communiste jouit dune immunité qui la protège de toute condamnation. Mais à côté de cette constatation amère, il y a la certitude que les souffrances des croyants chinois portent des fruits, aux yeux de Dieu. Ces 16 évêques fidèles au Saint-Siège qui ont aujourdhui disparu ou sont en prison, et cette vingtaine de prêtres actuellement incarcérés, constituent un échec politique pour le Parti Communiste, qui voit échouer sa tentative déliminer lEglise. Un processus quil a entamé en 1957, en créant lEglise patriotique chinoise, fidèle au régime.
Cette « sainte terreur » que les autorités de Pékin ont, de la prière, et contre laquelle elles ne savent quelle stratégie adopter, si ce nest de linterdire, mais inutilement, en est la preuve manifeste. De fait, le 16 juillet les 40 à 50 mille fidèles de lHenan, qui avaient, depuis des décennies, lhabitude de se rassembler pour un pèlerinage au sanctuaire Notre-Dame-du-Carmel de Tianjiajing, nont pu le faire, le gouvernement de la province du Henan ayant ordonné la destruction de ce lieu de culte. Ils lont fait exploser, tout comme ils ont fait exploser une statue de la Vierge, vieille dun siècle, et les 14 stations du Chemin de Croix qui jalonnent la route. Les athées les plus militants et les plus agressifs, ceux qui menacent les prêtres pour les convaincre dabandonner le pèlerinage, comprennent, eux aussi, que la chute du communisme soit due à la Vierge de Fatima, mais ils ne peuvent que reconnaître leur impuissance.
Zenit - Dans les pays occidentaux, le relativisme moral prend une large place et semble, lui aussi, vouloir bouleverser la logique sur laquelle se fondent les droits de lhomme. On a le cas des Etats-Unis, où les parents ne peuvent sopposer à lenseignement obligatoire qui prône aux enfants daccepter lhomosexualité. Dans un cas comme celui-ci, la religion catholique a été accusée dintolérance et de fondamentalisme, et la liberté religieuse des parents et de leurs enfants sest vu imposer des limites. Comment tout ceci peut-il arriver ?
A. Morigi - Cela arrive, parce quaux Etats-Unis, la distinction entre la sphère religieuse et la sphère civile sest transformée en contradiction qui alimente une conception privative de la liberté religieuse. Il y a ceux qui estiment que la foi est un facteur de civilisation et qui luttent contre ces interprétations. Mais ils sont accusés de fondamentalisme et de fanatisme. Par conséquent, dans le reste de lOccident aussi, la séparation tend à devenir une invasion, comme en Espagne où, en juin dernier, a été introduit lenseignement « Education à la citoyenneté et aux droits de lhomme », qui, dès la prochaine rentrée scolaire, insérera dans la liste des matières obligatoires léducation à lacceptation de divers types de famille et daffectivité, dont les homosexuels.
Curieusement, le gouvernement totalitaire de Cuba pense en ce moment, lui aussi, à réformer son Code de la famille pour accorder aux couples homosexuels la reconnaissance juridique de leur union, ladoption denfants mineurs et laccès à la fécondation assistée. Ainsi, la convergence dans la lutte contre les principes moraux semble être lunique dénominateur commun entre les pays démocratiques et ceux qui ne le sont pas.
Zenit - Même si le rapport de lAED sur la liberté religieuse ne peut être publié cette année, vous nous avez au moins donné ici un aperçu de la situation dans le monde. Pensez-vous que ce rapport sera à nouveau publié ?
A. Morigi - En réalité, cette synthèse ne suffit pas à donner une image générale de la menace qui empêche lEglise dexercer sa mission. Mais elle pose sans aucun doute les jalons pour une éventuelle reprise, après un an de pause. Il faudra peut-être penser à renouveler notre méthode de recherche et à donner un nouvel élan au développement des analyses. Mais lespérance liée aux hommes de bonne volonté, qui ne voudront pas laisser seuls, devant leurs bourreaux, les chrétiens et les fidèles dautres religions qui témoignent quotidiennement et de façon héroïque, de leur courage de croire... Je rappelle que le rapport de lAED en italien est normalement traduit en plusieurs langues et quil est le seul document produit dune organisation indépendante, qui dénonce les violations de la liberté religieuse.
Bien sûr, les gouvernements naiment pas être mis en accusation. Ils érigent alors des obstacles, en adoptant, par exemple, une attitude dindifférence face aux uvres de miséricorde spirituelle comme celle de lAED. Mais ceux qui veulent sopposer à cette tendance peuvent sadresser à lAide à lEglise en détresse (AED), oeuvre de droit pontifical, qui exerce ses activités depuis 1947 en faveur de lévangélisation dans les pays où lEglise est persécutée. Quand lopinion publique na pas suffisamment conscience des nécessités de ses frères, la solidarité ralentit aussi. Aussi, tous ceux qui estiment que la prière est fondamentale, mais qui pensent également quil faudrait sacrifier un peu de son temps et de ses ressources, peuvent visiter le site Internet de lAED.
© Andrea Morigi et Zenit
Mis en ligne le 26 juillet 2007, par M.











