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Christianisme
La prière pour les juifs dans la liturgie du vendredi saint, Michel Remaud
Dans le contexte des nombreuses interrogations sur la possibilité d’un retour aux formules blessantes pour les juifs à l’occasion de la remise en vigueur du missel latin de 1962, il a paru utile de mettre en ligne cette mise au point du P. Remaud, faite antérieurement aux événements actuels, et qui remet fort opportunément les pendules à l’heure. (Menahem Macina)
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6 avril 2007

Sur le site de "Un écho d’Israël".

Ce texte est à lire en complément de celui-ci : "De la prière pour le peuple juif le Vendredi-Saint : repères historiques".


L’office du vendredi saint, dans la liturgie catholique de rite latin, comporte une prière universelle où sont recommandés, dans une longue série d’oraisons, tous les chrétiens et non chrétiens. Chacune de ces prières est précédée d’une présentation de l’intention. Jusqu’à la récente réforme liturgique, le peuple était invité, à la suite de cette présentation, à se recueillir quelques instants à genoux, puis à se relever pour l’oraison elle-même.

Une de ces oraisons consiste en une prière pour les juifs. Cette formule a connu des modifications successives qu’il est utile de rappeler en cette semaine sainte.

La plus ancienne de ces modifications remonte au VIIIe siècle. Il fut alors décidé de supprimer le temps de prière silencieuse à genoux précédant la récitation de l’oraison. Des commentaires allégoriques justifiaient cette exception à la règle générale par le fait que l’agenouillement aurait rappelé celui que faisaient les soldats romains devant Jésus, par dérision, lors de sa passion (Mt 27,29).

En 1955, l’agenouillement fut rétabli, par décision du pape Pie XII, à l’occasion de la réforme de la liturgie de la semaine sainte. Cependant, le texte même de la prière continuait à employer les expressions pro perfidis judæis et judaicam perfidiam. Ces termes n’avaient pas en latin le sens de « perfides » et de « perfidie », qu’ils ont acquis en français et dans les langues issues du latin. Ils signifiaient seulement que les juifs étaient « infidèles », c’est-à-dire qu’ils n’adhéraient pas à la foi chrétienne. Cependant, cette explication ne pouvait pas empêcher une interprétation malveillante et anti-juive de ces mots, que l’enseignement chrétien courant, largement teinté d’antijudaïsme, portait à comprendre spontanément dans le sens des langues modernes.

C’est le pape Jean XXIII qui, en 1959, dès la première année de son pontificat, décida de supprimer purement et simplement les mots perfidis et perfidiam. En 1966, la formule fut entièrement refondue à l’occasion de la réforme liturgique. Elle se présente désormais ainsi :

« Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son Alliance.

Dieu éternel et tout puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Église t’en supplie. »

On peut ajouter à cela deux remarques.

Les mots perfidis et perfidiam - dont il faut se réjouir qu’ils aient disparu de la liturgie catholique - étaient sans commune mesure avec les formules que l’on trouve dans certaines liturgies orientales, byzantine, syrienne ou autres, sur la « race adultère et infidèle des juifs », la « synagogue qui est condamnée », « l’essaim des déicides, la race impie des juifs », « le peuple maudit des juifs », et autres amabilités (1).

Une autre formule de la liturgie catholique latine est trop peu remarquée, d’autant qu’elle est généralement mal traduite. Elle se trouve dans l’oraison qui suit le récit du passage de la mer Rouge, lors de la veillée pascale. Le texte français, par exemple, est ainsi formulé : « Fais que les hommes du monde entier deviennent des fils d’Abraham et accèdent à la dignité de tes enfants. » Le texte latin dit en réalité : « Præsta ut in Abrahæ filios, et in israeliticam dignitatem, totius mundi transeat plenitudo ». Une enquête sur les versions anglaise, espagnole, italienne, allemande, portugaise (2) montre qu’aucune de ces traductions n’a rendu fidèlement cette « dignité israélite » dont l’affirmation figure pourtant au cœur de la nuit de Pâques, qui est le sommet de toute l’année liturgique chrétienne.

 

Michel Remaud

 

(1) Yohanan Elihai, Juifs et chrétiens d’hier à demain, Paris, Cerf, 1990, pp. 22-23.
(2) Pedro Max Alexander, « Israelitica dignitas », dans Cahiers Ratisbonne n° 5, décembre 1998, pp. 125-134.

 

© Un écho d’Israël


Mis en ligne le 14 juillet 2007, par M.
Macina, sur le site upjf.org

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