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Christianisme
Vatican : le pape Benoît XVI autorise l’abandon de l’hypothèse de l’existence des limbes
On peut s’étonner qu’il ait fallu si longtemps à l’Eglise catholique pour se distancier officiellement, non sans de prudentes circonlocutions, de cette conception surannée, que la quasi-totalité de ses fidèles snobaient depuis longtemps. Pour illustrer le discrédit pratique où elle était tombée dans la conscience collective, il n’est que de voir l’utilisation métaphorique qu’en fait la littérature, en général – par exemple, chez Flaubert : « Que de choses flottent encore dans les limbes de la pensée humaine » - et le langage populaire, en particulier, par exemple, dans l’expression ironique, "tomber dans les limbes", pour signifier tomber en désuétude. (Menahem Macina).
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21 avril 2007

Texte repris du site A l’Actu, qui l’a lui-même compilé à partir de l’article original sur Wikinews

 

Dante rencontrant des non baptisés lors de la descente aux Enfers, vu par Gustave Doré en 1861-1865.
« Et notre seule peine est de vivre et d'attendre et d'ignorer l'espoir. »

Dante Alighieri, La Divine Comédie, L'Enfer, chant IV (Cliquer pour agrandir l'image)

 


La Commission théologique internationale du Vatican a publié, vendredi 20 avril 2007, des extraits d’un rapport de 41 pages titré The Hope of Salvation for Infants Who Die Without Being Baptized (« L’espoir de salut pour les enfants morts sans être baptisés »), qui estime que le concept des limbes, dans lesquels séjourneraient les enfants morts sans être baptisés, serait dénué de réalité.

Cette reconnaissance s’est faite avec l’aval du pape Benoît XVI, alors que l’on s’attendait, depuis novembre 2006, à la publication de ce rapport. Le futur Benoît XVI, alors qu’il n’était encore que le cardinal Ratzinger, avait fait connaître, dès 1984, sa préférence personnelle pour l’abandon de l’hypothèse de l’existence des limbes.

 

Les limbes

Le concept des limbes, qui ne figure pas dans la Bible, était apparu dans les premiers siècles du christianisme, sans être, à l’époque, désigné sous ce nom. Dès le concile de Carthage, en 418, saint Augustin réfutait l’idée d’un séjour intermédiaire entre le paradis et l’enfer, pour les âmes des enfants morts sans être baptisés, et en tirait argument pour un baptême très précoce des enfants, notamment en raison de la mortalité infantile.

La rigueur de saint Augustin, qui vouait dans les faits à un séjour infernal les âmes des personnes mortes sans être baptisées, avait conduit les théologiens, par réaction, à faire surgir au XIIIe siècle le concept de « limbes », en distinguant deux sortes de limbes :

·         les « limbes des patriarches » [*] (limbus patrum), destinés à recevoir les âmes des justes morts avant la résurrection de Jésus-Christ ;

·         les « limbes des enfants » [*] (limbus puerorum), destinés à accueillir les âmes des enfants morts sans avoir reçu le sacrement du baptême, et dans lesquels elles ne souffriraient pas les tourments de l’enfer, sans toutefois jouir de la béatitude des âmes séjournant au paradis.

Les théologiens ont longuement discouru sur ces questions, à travers les siècles, sans qu’une position bien définie soit adoptée. Dans certaines franges modestes de la société, les parents des nouveaux-nés, par crainte des possibles tourments éprouvés par l’âme de l’enfant, en cas de mort avant le baptême, n’hésitaient pas, même en plein hiver, à faire voyager le père et le nouveau-né jusqu’au domicile du prêtre le plus proche, convaincus qu’ils étaient de la nécessité de faire baptiser l’enfant au plus vite.

Cette crainte ne se retrouvait pas dans certaines franges plus « aisées » de la société, et il n’est ainsi pas rare de rencontrer, dans les registres de baptêmes des XVIIe et XVIIIe siècles, en France, des actes relatant le baptême d’enfants de familles nobles plusieurs mois après leur naissance.

Une certaine évolution dans les mentalités, à partir de la fin du XVIIIe siècle, avait progressivement conduit à une raréfaction des baptêmes de nouveaux-nés, la crainte du danger éprouvé par les âmes d’enfants non baptisés s’étant progressivement estompée, tandis que, parallèlement, diminuait la mortalité infantile.

En 1970, l’Église avait institué la possibilité d’un rite funéraire spécifique pour les enfants morts sans être baptisés, alors que leurs parents avaient manifesté auparavant l’intention de leur faire recevoir le sacrement du baptême.

 

Le catéchisme

Le Catéchisme de l’Église Catholique, dans sa version publiée en octobre 1992, évoque le sujet des enfants morts sans baptême dans les termes suivants :

Quant aux enfants morts sans Baptême, l’Eglise ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu, comme elle le fait dans le rite des funérailles pour eux. En effet, la grande miséricorde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés, et la tendresse de Jésus envers les enfants, qui Lui a fait dire : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas » (Mc 10, 14), nous permettent d’espérer qu’il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans Baptême. D’autant plus pressant est aussi l’appel de l’Eglise à ne pas empêcher les petits enfants de venir au Christ par le don du saint Baptême.

Catéchisme de l’Eglise Catholique, Deuxième partie : la célébration du mystère chrétien, Deuxième section : les sept sacrements de l’Eglise, Article 1 : le sacrement du Baptême, VI. La nécessité du baptême, 1261, p. 274. Mame, Paris, novembre 1992, 380 p. (ISBN 2-7289-0555-X).


La Commission

La Commission théologique internationale est une commission de la Curie romaine, créée en 1969. Composée de 30 théologiens issus de différents pays du monde, elle fut présidée, jusqu’à son accession au trône de saint Pierre, par le cardinal Joseph Ratzinger, en sa qualité de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, que la commission est chargée de conseiller.

Depuis le 13 mai 2005, la Commission est présidée par le cardinal William Joseph Levada, jusque-là archevêque de San Francisco, nommé, à cette date, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

La Commission avait entrepris, au mois de novembre 2005, de se pencher sur le sujet des enfants morts sans baptême. Les conclusions dévoilées ce vendredi, qui ne constituent pas une surprise, incluent une opinion selon laquelle le concept des limbes refléterait « une vision trop restrictive du salut ».

Dans les extraits du rapport final, publiés vendredi, les théologiens estiment qu’« il y a des raisons théologiques et liturgiques d’espérer que les enfants en bas âge qui meurent sans baptême peuvent être sauvés et conduits au bonheur éternel, même si aucun enseignement explicite sur ce sujet ne peut être trouvé dans la révélation ».

La Commission, pour justifier sa recommandation, a souligné que l’Église s’était gardée, depuis le XIIIe siècle, de trancher dans un sens ou dans un autre, ce qui a facilité l’évolution dans les positions théologiques. Elle a ainsi estimé que la nécessité du sacrement du baptême ne serait pas absolue et serait secondaire par rapport au désir de Dieu pour le salut de chacun. Selon ses vues, Dieu serait, de toute façon, en mesure de donner la grâce du baptême sans que le sacrement lui-même ait été conféré, notamment dans les cas où celui-ci aurait été impossible.

La Commission a rappelé que son rapport n’est que consultatif et ne saurait constituer, dans l’état actuel, un dogme, et a souligné que l’espoir de salut des enfants morts sans baptême ne devait pas être vu comme une remise en cause de la nécessité de ce sacrement, ou une raison pour le retarder.

L’agrément définitif du pape Benoît XVI pour la publication du rapport a, semble-t-il, été donné au cardinal Levada à l’occasion de leur rencontre du 19 janvier dernier.

 

© A l’Actu

 

[*] En rigueur de termes, il eût fallu écrire "le limbe" (latin, limbus, masc. sing). Le pluriel vient sans doute du fait que, comme souligne dans l'article ci-dessus, y avait deux limbes : celui des Patriarches et celui des enfants. Ensuite, la chose a été oubliée et le mot a été considéré comme un pluriel invariable, à l'instar du célèbre trio : amours, délices et orgues, mais au masculin. 

 

Mis en ligne le 22 avril 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

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