Texte repris du site de "Un écho dIsraël".
La presse internationale sest fait lécho de lincident diplomatique survenu récemment entre le Saint-Siège et lÉtat dIsraël à propos de la cérémonie à la mémoire des disparus de la Shoah. Cet incident mélange, semble-t-il, des problèmes différents. Sans pouvoir entrer dans des détails qui nous sont en partie inconnus, on peut au moins essayer de les présenter dans les grandes lignes.
Selon la presse, la raison invoquée par le nonce pour justifier sa décision de ne pas participer aux cérémonies commémoratives de la Shoah était la légende accompagnant une photographie du pape Pie XII, légende selon laquelle le rôle de ce dernier pendant la Seconde Guerre mondiale serait objet de controverses. Il faut ajouter, dailleurs, que le nonce est finalement revenu sur sa décision, après que la direction de Yad va-Shem ait annoncé sa décision de reconsidérer le texte qui faisait problème.
Que le rôle de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale soit lobjet de controverses, est une affirmation difficilement contestable, mais lobjectivité oblige à dire que le jugement des historiens sur la question nest pas unanime. Dans létat actuel de la documentation disponible, en tous cas pour le grand public, il semble que tout ait été dit sur la question et que la polémique ne puisse guère que ressasser indéfiniment les mêmes arguments, les uns reprochant au pape son silence et les autres faisant valoir quil avait jugé plus efficace dagir par la diplomatie que par une protestation publique et solennelle. Chacun de ces deux points de vue peut faire lobjet de plaidoiries passionnées.
Les choses sont malheureusement plus complexes. La presse sest contentée de résumer la première phrase de la légende, qui dit exactement : « La réaction de Pie XII au massacre des Juifs est objet de controverse ». La suite du texte (voir ci-dessous) est unilatérale, au point quon ne voit guère, à partir de ces données, sur quoi aurait pu porter une controverse. Jajouterai, pour ma part, que jai été désagréablement surpris, lors de la visite de Yad va-Shem, de voir que lune des premières images est une photo des deux célèbres statues de la cathédrale de Strasbourg représentant lÉglise et la Synagogue, et portant en surimpression une citation de saint Augustin. Chercher dans les Pères de lÉglise (et surtout chez saint Augustin, qui nest quand même pas le plus violent) la cause lointaine de la Shoah me paraît beaucoup plus contestable historiquement que dévoquer le rôle de la diplomatie vaticane.
Daprès les commentaires entendus ici, la réaction du nonce pourrait sexpliquer aussi, en partie, par un arrière-fond qui na rien à voir avec le souvenir de Pie XII : lenlisement des négociations entre le Saint-Siège et lÉtat dIsraël sur le statut juridique des communautés chrétiennes. Il y a maintenant plus de treize ans que le Saint-Siège a reconnu lÉtat dIsraël. Or, depuis tout ce temps, les réunions bilatérales sur lapplication de cet « accord fondamental » nont abouti à rien. Ces rencontres ne parviennent jamais à un accord, elles sont souvent différées ou annulées, à linitiative dIsraël, qui invoque toutes sortes de prétextes : changements de gouvernements, conjoncture internationale... La toute dernière, prévue pour le 28 mars dernier, a été annulée unilatéralement, quarante-huit heures à lavance. On comprend que le nonce, à peine arrivé spécialement à Rome, ait été indisposé de sentendre dire que la réunion naurait pas lieu et quil pouvait rentrer chez lui.
Où est le problème ? La plupart des communautés religieuses de terre sainte possèdent de vastes propriétés, acquises en général au XIXe siècle sur des terrains qui étaient souvent désertiques, et qui se trouvent aujourdhui englobées dans les agglomérations modernes. Au nom dun privilège accordé par lempire ottoman, puis maintenu au temps du mandat britannique, ces communautés sont exonérées dimpôts. Aujourdhui, les termes du dilemme sont clairs : ou les communautés continuent à bénéficier de cette exemption, et ce sont alors de vastes immeubles et des hectares de zones urbaines qui se trouvent bénéficier dun privilège que daucuns trouvent exorbitant ; ou Israël exige que les communautés chrétiennes payent les impôts comme tout le monde, et dans ce cas, on peut prévoir, à court terme, leur disparition pure et simple, puisquelles nont pas les moyens de payer. Selon le point de vue où lon se place, on pourra dire quil est anormal que des chrétiens étrangers bénéficient dun statut fiscal privilégié par rapport aux Israéliens, ou quil est impensable de voir disparaître les communautés religieuses chrétiennes de terre sainte. Chacun de ces points de vue pourrait être indéfiniment commenté. Ce nest pas ici le lieu de proposer une solution de compromis qui serait acceptable par tout le monde, mais, dans le tintamarre des indignations contradictoires, il est bon de savoir, au moins, de quoi on parle.

La légende accompagnant la photo de Pie XII
"La réaction de Pie XII au massacre des Juifs est objet de controverse. En 1933, alors quil était secrétaire dÉtat du Vatican, il prit une part active dans létablissement dun concordat avec le régime allemand pour garantir les droits de lÉglise en Allemagne, même si cela signifiait la reconnaissance du régime nazi raciste. Élu pape en 1939, il fit disparaître une lettre contre le racisme et lantisémitisme préparée par son prédécesseur. Même lorsque des rapports sur le massacre des Juifs parvinrent au Vatican, le pape ne protesta, ni verbalement, ni par écrit. En décembre 1942, il sabstint de signer une déclaration des Alliés condamnant lextermination des Juifs. Quand les Juifs furent déportés de Rome vers Auschwitz, le pape nintervint pas. Le pape conserva sa position de neutralité tout au long de la guerre, à lexception, vers la fin, dappels aux gouvernants de Hongrie et de Slovaquie. Son silence et labsence de directives mit les gens dÉglise de toute lEurope dans lobligation de réagir de leur propre initiative".
(Traduction : Un écho dIsraël)
La question dune encyclique préparée par Pie XI est beaucoup plus complexe que ce quen dit ce texte. On pourra se reporter à ce sujet au livre de Georges Passeleq et Bernard Suchecky, Lencyclique cachée de Pie XI, Paris, Éditions de la Découverte, 1995. Pie XI lui-même na jamais vu la dernière version de cette encyclique.
Michel Remaud
© Un écho dIsraël











