13/04/07
Article reproduit du site de Arouts7 en français.
Le site Ynet, du quotidien Yediot Aharonot, publie ce jeudi matin une information qui suscitera sans aucun doute des réactions indignées. Daprès cette source journalistique, lambassadeur du Vatican en Israël, larchevêque Antonio Franco, aurait annoncé au ministère des Affaires étrangères quil ne participerait pas, cette année, aux commémorations de la Shoah à Yad Vashem.
La raison invoquée pour ce désistement : une photo de Pie XII figurant dans le Mémorial accompagnée dune légende peu flatteuse rappelant les positions plus que controversées du pape exerçant pendant cette période sombre de lhistoire face au massacre des Juifs.
Il sagit dune photo, exposée pour la première fois à Yad Vashem lors de linauguration du nouveau musée sur lhistoire de la Shoah en mars 2005. Au début de lannée 2006, le précédent représentant du Vatican avait demandé à la direction du Mémorial de modifier la légende. Il avait obtenu comme réponse que le musée était prêt à débattre de la conduite de Pie XII pendant la Shoah si le Vatican acceptait douvrir ses archives portant sur la Seconde Guerre mondiale et de les rendre accessibles aux chercheurs de Yad Vashem. Mais les archives étaient restées fermées et le Mémorial de Jérusalem navait donc rien modifié [3].
Il convient de rappeler que, chaque année, tous les ambassadeurs étrangers ou, à défaut, des représentants diplomatiques, sont invités à prendre part aux cérémonies officielles sur la Shoah.
A Yad Vashem, on a tenu à souligner quil nétait pas question de céder à des pressions politiques sur une question relevant de la recherche historique. On a précisé en outre que Yad Vashem avait publié de nombreux récits concernant des hommes déglise qui avaient sauvé des Juifs pendant la Shoah au péril de leur vie.
Les personnes impliquées dans cette affaire auraient admis quil sagissait dun sujet épineux, étant donné quIsraël tenait à conserver de bonnes relations avec le Vatican. Mais elles auraient affirmé quil était impossible de modifier lhistoire. Cet incident, très déplaisant, ne devrait pas provoquer de rupture sérieuse entre le Vatican et Israël.
La direction de Yad Vashem, interrogée par Ynet, a réagi en déclarant quelle déplorait lattitude du représentant du Vatican "qui avait décidé de ne pas respecter le souvenir de la Shoah en refusant de participer aux cérémonies". Elle a ajouté que cette position allait à lencontre de celle du pape actuel Benoît XVI qui, lors de sa visite au Mémorial, avait rappelé limportance du souvenir de la Shoah.
Selon Ynet, le ministère des Affaires étrangères aurait refusé de commenter cette information. Quant à la représentation diplomatique du Vatican dans le pays, sa réaction naurait pas encore été recueillie.
Claire Dana Picard
© Arouts 7 en français
-----------------------
Note de M. Macina
[1] Au XIXe siècle, vivait à Bologne, dans l'Etat pontifical, la famille juive Mortara, qui avait à son service une servante chrétienne. Celle-ci, voyant le jeune Edgar sur le point de mourir, décida de le baptiser secrètement. L'enfant guérit et les autorités ecclésiastiques décident de le soustraire à sa famille pour qu'il reçoive une éducation chrétienne. Il est enlevé en 1858 et confié au Collège des catéchumènes, tenu par les Chanoines de Saint Jean de Latran. Les milieux israélites dénoncent le «rapt du petit Mortara», interviennent auprès de Pie IX et fondent, en 1860, l'Alliance israélite pour la défense des droits civils et de la liberté religieuse des Juifs. Le jeune Mortara devint le filleul du Pape et entra chez les Chanoines de Saint Jean de Latran. En 1870, il vient en France, à l'abbaye de Beauchesne, dans le département des Deux-Sèvres, puis il passe en Belgique. Il est ensuite professeur de théologie à Rome et meurt en Belgique, en 1940.
[2] Les propos les plus violents émanent de Pie IX (1792-1878), récemment canonisé. Dans une de ses contributions *, le professeur G. Miccoli en a évoqué quelques-uns, extraits des discours de ce pape, «adressés aux pèlerins venus à Rome pour exprimer leur fidélité au "vieillard prisonnier du Vatican"» : "Pie IX [
] fait souvent allusion aux juifs avec des mots très durs : «chiens» devenus tels «pour leur incroyance» («et de ces chiens, ajoute le pape, il y en a beaucoup trop aujourdhui à Rome, et on les entend aboyer dans les rues et ils nous dérangent partout où ils vont») ; «bufs» qui «ne connaissent pas Dieu» et «écrivent des blasphèmes et des obscénités dans les journaux» : mais viendra le jour assure le pape le jour terrible de la vengeance divine, où ils devront rendre compte des iniquités quils ont commises» ; «peuple dur et déloyal, comme lattestent aussi ses descendants» ; «nation réprouvée», et qui «persévère dans la réprobation, comme nous pouvons le voir de nos propres yeux
consacrée au culte de largent
fomentatrice de mensonges et dinjures au catholicisme»".
* Giovanni Miccoli, «Un nouveau protagoniste du complot antichrétien à la fin du XIXe siècle», in Juifs et Chrétiens entre ignorance, hostilité et rapprochement (1898-1998), Actes du Colloque des 18 et 19 novembre 1998, à Lille. Textes rassemblés et édités par Annette Becker, Daniel Delmaire, Frédéric Gugelot, Université Charles-de-Gaulle Lille 3, 2002, p. 21.
[3] C.D. Picard est bien avisée de faire discrètement allusion à la fin de non-recevoir, courroucée autant quautoritaire, que le Vatican avait opposée, en son temps, à la demande légitime des chercheurs membres de la Commission pour lexamen de lattitude de lEglise Catholique durant la Seconde Guerre mondiale, dune ouverture totale des archives romaines. Pour la clarté et lobjectivité du débat, nous remettons en course plusieurs textes qui remontent aux années 2000-2002. Voir : "Pour comprendre larrière-fond dun boycott de la Commémoration de la Shoah par le Vatican (I)" ; Id. (II) ; Id. (III) ; Id. (IV). Et au chapitre de la mentalité apologétique qui est à la base de ces attitudes, voir : "Le Cardinal Faulhaber a-t-il tenu tête à l'antisémitisme nazi dans les années 30 ?"; "Une «repentance» à fortes connotations apologétiques".
-----------------------
Mis en ligne le 13 avril mars 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org











