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Le dominicain Marcel Dubois, Israélien et ami d’Israël, a-t-il changé de cap ou de camp ?
Et un ami d’Israël de plus qui se laisse gagner par le misérabilisme pro-palestinien. Je reviendrai sur le sujet ultérieurement. (Menahem Macina).
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 18/10/06

 

Ci après, deux articles consacrés au virage à 180 degrés de celui qui reçut l’une des plus grandes distinctions nationales israéliennes, le Grand Prix d’Israël.

 

 

1. Un hebdomadaire chrétien se penche sur le parcours spirituel d’un dominicain qui fut longtemps un ami inconditionnel d’Israël

 

Sur le site du journal catholique belge, Dimanche.

 

« Dans “Nostalgie d’Israël” (publié au Cerf), le dominicain, Marcel-Jacques Dubois, raconte son parcours spirituel et personnel à Jérusalem. “Un chrétien parmi les Juifs” pourrait être le sous-titre de ce livre d’interview. »

 

Père Dubois – Entretiens avec Olivier-Thomas Venard

 

« Comme chrétien, je me suis réjoui à la pensée que le peuple de la Bible retrouve la terre de la Bible, mais la tragédie actuelle réside en l’infidélité de ceux qui conduisent le destin d’Israël vers un destin terrestre de réussite, de violence et de conquête! ». Celui qui s’exprime, le père Marcel-Jacques Dubois, vit à Jérusalem depuis 1962.

Son ordre l’a envoyé comme animateur de la Maison Saint-Isaïe fondée pour un accompagnement chrétien de la naissance de l’État d’Israël. Il a également donné des cours de philosophie à l’Université hébraïque, ce qui lui a permis de prendre conscience, de l’intérieur, de la difficulté d’être Juif, ou plus précisément de vivre la vocation d’Israël aujourd’hui.

Marcel-Jacques Dubois, de nationalité israélienne depuis 1973, a reçu le Grand Prix d’Israël (un des rares chrétiens à avoir ce titre) et il est l’interlocuteur privilégié du Vatican pour les relations avec ce pays. Toutefois, comme il l’explique dans cette interview, son analyse a évolué au fur et à mesure des événements violents et tragiques qui touchent la région. D’un optimisme candide, il est passé à davantage de critiques. Au point que, aujourd’hui, il habite dans un quartier palestinien de Jérusalem-Est, ce qui lui est évidemment reproché.


État, religion et territoire

 

Le livre se structure en quatre grandes parties: les trois premières déroulent une interview menée par un autre dominicain, Olivier-Thomas Venard, chercheur à l’École biblique de Jérusalem depuis cinq ans. Cet entretien, à coup de questions précises et de réponses ouvertes, permet d’aborder le parcours spirituel du Père Dubois (première partie), puis d’apporter quelques repères sur la situation politique entre Israël et ses voisins (deuxième partie), avant d’expliquer les positions théologiques qui sous-tendent la politique israélienne.


Dans cette troisième partie, Marcel-Jacques Dubois insiste sur cette « ambiguïté fondamentale » qui empêche de distinguer clairement « l’État d’Israël, le peuple juif et le judaïsme ».

Enfin, la dernière centaine de pages du livre rassemble plusieurs textes de référence, ainsi que quelques repères historiques et géopolitiques fournis par Annie Laurent, docteur d’État en sciences politiques, spécialiste du Proche-Orient et des relations interreligieuses.

L’intérêt de ce livre vient du point de vue de l’auteur qui, avec ses convictions chrétiennes, a apporté un regard positif sur la destinée si singulière du peuple juif aujourd’hui. “Dieu a donné une terre, Dieu a proposé un destin à son Peuple, un destin central et exemplaire, mais concrètement, comment vivre à la hauteur d’une telle vocation, sans tomber dans l’orgueil?”


Anne-Françoise de Beaudrap

 

© Journal Dimanche

 

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2. Eretz Yisraël, à propos d’un livre d’entretiens avec le Père Marcel Dubois

 

Chronique de Cynthia Fleury

 

Sur le site de L’Humanité.

 

C’est en 1962 que Marcel-Jacques Dubois (1), dominicain, est arrivé à Jérusalem. Il sera « l’infatigable animateur intellectuel de la maison Saint-Isaïe, fondée pour un accompagnement chrétien de la naissance de l’État d’Israël ». Depuis 1970, il est professeur de philosophie à l’université hébraïque, et depuis 1973, citoyen israélien à part entière. Pourtant, depuis quelques années, le père Dubois n’a de cesse de décrire la détresse des Palestiniens en Terre sainte : « Comment, tout en rejetant la dérive violente du sionisme, continuer l’histoire d’amour de toute une vie avec Israël », telle est la question qui l’anime désormais.

 

Les derniers événements ne le rassurent guère, tant la terreur demeure de part et d’autre. Incontestablement, le père Dubois demeure l’amant de Sion et d’Israël mais, depuis quelques années, force est de constater le durcissement avec lequel les Israéliens traitent les « Arabes ».

 

« Je me souviens, raconte le père à Olivier-Thomas Venard qui l’entretient [lire : l’interviewe], du jour où je suis venu rendre visite à Fouad, le plus ancien de la famille, ici, à Beth-Safafa. J’ai été frappé par la solidité de sa foi, et aussi par sa propre histoire : voilà quelqu’un dont tous les ancêtres ont vécu ici : son père, le père de son père, etc. Jusqu’en 1967, il se sentait israélien, vraiment intégré, et depuis, d’année en année, il s’est vu réduire au rang d’Arabe comme les autres [...] Il possédait un grand domaine, qui a été confisqué et est devenu la promenade actuelle du côté d’Abou-Tor. Il m’a révélé l’existence difficile de ceux qui ont longtemps été considérés comme les Arabes israéliens et qui se sont, de plus en plus, découverts simplement Palestiniens. Fouad avait des amis juifs, aucun de ses enfants n’en a. »

 

Le père Dubois a toujours défendu le sionisme - le retour sur une Terre promise - mais en tant que symbole d’autre chose, bien plus universel. Le sionisme qui a valeur de possession et de conquête ne correspond pas, selon lui, à la vocation juive. En devenant un « nationalisme possessif et exclusif », le sionisme a - semble-t-il - perdu son « aspect lumineux et plein de promesses ».

 

Souvent, le père Dubois aime à rappeler que « toute la terre est promise », que « toute la terre a fait l’objet de la promesse de Dieu » et que « chaque homme doit y trouver sa place ». En ce sens, il voit le sionisme comme une promesse pour tous les peuples, l’idée d’une nation sans nationalisme. La réalité en est loin. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Le père Dubois semble ici pris au piège de sa propre espérance. N’attendrait-il pas trop des hommes et des peuples ? Personne ne nie la nécessité et la légitimité de l’État d’Israël. Mais cet État lui donne - semble-t-il - la nostalgie d’Israël, entendez de la maison d’Israël. « Le sionisme comporte en effet ce risque pour les juifs de s’installer, de devenir comme les autres. »

 

Alors, pour le père Dubois, être Israélien aujourd’hui, c’est nécessairement habiter dans un quartier palestinien de Jérusalem-Est. « Un verset d’Isaïe, écrit-il encore, me paraît résumer l’attitude demandée aujourd’hui par Dieu à tous ceux qui attendent sa paix : « Dans le silence et dans l’espérance sera votre force. » La patience qu’elle exige ne va pas sans effort, ni sans combat, ni sans souffrance. »

 

Sans doute la plupart d’entre nous jugeront ces paroles un peu désuètes. Cependant, même si, pour le père Dubois, la vocation d’Israël est « poétique », toute située dans un « non-dit », un « au-delà » qui ressemble à de la poésie, son engagement reste inébranlable, comme ancré dans cette terre qu’il aime tant. Il nous enseigne alors la patience qui, spiritualisée, sait faire de chaque promesse une terre.

 

 

(1) Marcel-Jacques Dubois, Nostalgie d’Israël, entretiens avec Olivier-Thomas Venard. Avec la collaboration d’Annie Laurent, Le Cerf, 2006.

 

© L’Humanité

 

Mis en ligne le 20 octobre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

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