Ci après, deux articles consacrés au virage à 180 degrés de celui qui reçut lune des plus grandes distinctions nationales israéliennes, le Grand Prix dIsraël.
1. Un hebdomadaire chrétien se penche sur le parcours spirituel dun dominicain qui fut longtemps un ami inconditionnel dIsraël
« Dans Nostalgie dIsraël (publié au Cerf), le dominicain, Marcel-Jacques Dubois, raconte son parcours spirituel et personnel à Jérusalem. Un chrétien parmi les Juifs pourrait être le sous-titre de ce livre dinterview. »
Père Dubois Entretiens avec Olivier-Thomas Venard
« Comme chrétien, je me suis réjoui à la pensée que le peuple de la Bible retrouve la terre de la Bible, mais la tragédie actuelle réside en linfidélité de ceux qui conduisent le destin dIsraël vers un destin terrestre de réussite, de violence et de conquête! ». Celui qui sexprime, le père Marcel-Jacques Dubois, vit à Jérusalem depuis 1962.
Son ordre la envoyé comme animateur de la Maison Saint-Isaïe fondée pour un accompagnement chrétien de la naissance de lÉtat dIsraël. Il a également donné des cours de philosophie à lUniversité hébraïque, ce qui lui a permis de prendre conscience, de lintérieur, de la difficulté dêtre Juif, ou plus précisément de vivre la vocation dIsraël aujourdhui.
Marcel-Jacques Dubois, de nationalité israélienne depuis 1973, a reçu le Grand Prix dIsraël (un des rares chrétiens à avoir ce titre) et il est linterlocuteur privilégié du Vatican pour les relations avec ce pays. Toutefois, comme il lexplique dans cette interview, son analyse a évolué au fur et à mesure des événements violents et tragiques qui touchent la région. Dun optimisme candide, il est passé à davantage de critiques. Au point que, aujourdhui, il habite dans un quartier palestinien de Jérusalem-Est, ce qui lui est évidemment reproché.
État, religion et territoire
Le livre se structure en quatre grandes parties: les trois premières déroulent une interview menée par un autre dominicain, Olivier-Thomas Venard, chercheur à lÉcole biblique de Jérusalem depuis cinq ans. Cet entretien, à coup de questions précises et de réponses ouvertes, permet daborder le parcours spirituel du Père Dubois (première partie), puis dapporter quelques repères sur la situation politique entre Israël et ses voisins (deuxième partie), avant dexpliquer les positions théologiques qui sous-tendent la politique israélienne.
Dans cette troisième partie, Marcel-Jacques Dubois insiste sur cette « ambiguïté fondamentale » qui empêche de distinguer clairement « lÉtat dIsraël, le peuple juif et le judaïsme ».
Enfin, la dernière centaine de pages du livre rassemble plusieurs textes de référence, ainsi que quelques repères historiques et géopolitiques fournis par Annie Laurent, docteur dÉtat en sciences politiques, spécialiste du Proche-Orient et des relations interreligieuses.
Lintérêt de ce livre vient du point de vue de lauteur qui, avec ses convictions chrétiennes, a apporté un regard positif sur la destinée si singulière du peuple juif aujourdhui. Dieu a donné une terre, Dieu a proposé un destin à son Peuple, un destin central et exemplaire, mais concrètement, comment vivre à la hauteur dune telle vocation, sans tomber dans lorgueil?
Anne-Françoise de Beaudrap
© Journal Dimanche
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2. Eretz Yisraël, à propos dun livre dentretiens avec le Père Marcel Dubois
Chronique de Cynthia Fleury
Sur le site de LHumanité.
Cest en 1962 que Marcel-Jacques Dubois (1), dominicain, est arrivé à Jérusalem. Il sera « linfatigable animateur intellectuel de la maison Saint-Isaïe, fondée pour un accompagnement chrétien de la naissance de lÉtat dIsraël ». Depuis 1970, il est professeur de philosophie à luniversité hébraïque, et depuis 1973, citoyen israélien à part entière. Pourtant, depuis quelques années, le père Dubois na de cesse de décrire la détresse des Palestiniens en Terre sainte : « Comment, tout en rejetant la dérive violente du sionisme, continuer lhistoire damour de toute une vie avec Israël », telle est la question qui lanime désormais.
Les derniers événements ne le rassurent guère, tant la terreur demeure de part et dautre. Incontestablement, le père Dubois demeure lamant de Sion et dIsraël mais, depuis quelques années, force est de constater le durcissement avec lequel les Israéliens traitent les « Arabes ».
« Je me souviens, raconte le père à Olivier-Thomas Venard qui lentretient [lire : linterviewe], du jour où je suis venu rendre visite à Fouad, le plus ancien de la famille, ici, à Beth-Safafa. Jai été frappé par la solidité de sa foi, et aussi par sa propre histoire : voilà quelquun dont tous les ancêtres ont vécu ici : son père, le père de son père, etc. Jusquen 1967, il se sentait israélien, vraiment intégré, et depuis, dannée en année, il sest vu réduire au rang dArabe comme les autres [...] Il possédait un grand domaine, qui a été confisqué et est devenu la promenade actuelle du côté dAbou-Tor. Il ma révélé lexistence difficile de ceux qui ont longtemps été considérés comme les Arabes israéliens et qui se sont, de plus en plus, découverts simplement Palestiniens. Fouad avait des amis juifs, aucun de ses enfants nen a. »
Le père Dubois a toujours défendu le sionisme - le retour sur une Terre promise - mais en tant que symbole dautre chose, bien plus universel. Le sionisme qui a valeur de possession et de conquête ne correspond pas, selon lui, à la vocation juive. En devenant un « nationalisme possessif et exclusif », le sionisme a - semble-t-il - perdu son « aspect lumineux et plein de promesses ».
Souvent, le père Dubois aime à rappeler que « toute la terre est promise », que « toute la terre a fait lobjet de la promesse de Dieu » et que « chaque homme doit y trouver sa place ». En ce sens, il voit le sionisme comme une promesse pour tous les peuples, lidée dune nation sans nationalisme. La réalité en est loin. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Le père Dubois semble ici pris au piège de sa propre espérance. Nattendrait-il pas trop des hommes et des peuples ? Personne ne nie la nécessité et la légitimité de lÉtat dIsraël. Mais cet État lui donne - semble-t-il - la nostalgie dIsraël, entendez de la maison dIsraël. « Le sionisme comporte en effet ce risque pour les juifs de sinstaller, de devenir comme les autres. »
Alors, pour le père Dubois, être Israélien aujourdhui, cest nécessairement habiter dans un quartier palestinien de Jérusalem-Est. « Un verset dIsaïe, écrit-il encore, me paraît résumer lattitude demandée aujourdhui par Dieu à tous ceux qui attendent sa paix : « Dans le silence et dans lespérance sera votre force. » La patience quelle exige ne va pas sans effort, ni sans combat, ni sans souffrance. »
Sans doute la plupart dentre nous jugeront ces paroles un peu désuètes. Cependant, même si, pour le père Dubois, la vocation dIsraël est « poétique », toute située dans un « non-dit », un « au-delà » qui ressemble à de la poésie, son engagement reste inébranlable, comme ancré dans cette terre quil aime tant. Il nous enseigne alors la patience qui, spiritualisée, sait faire de chaque promesse une terre.
(1) Marcel-Jacques Dubois, Nostalgie dIsraël, entretiens avec Olivier-Thomas Venard. Avec la collaboration dAnnie Laurent, Le Cerf, 2006.
© LHumanité
Mis en ligne le 20 octobre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











