21/09/06
Sur le site du journal Le Messager, de Yaoundé
Sur les collines de Mvolyé à Yaoundé le 20 septembre 2006, la plupart des prêtres et hommes dEglise rencontrés affichaient quelque peu une mine de tristesse
parce que laffaire Benoît XVI hante la plupart des esprits. Face à la manifestation des états dâme au sein de la communauté musulmane du Cameroun, suite aux propos du souverain pontife du 12 septembre 2006 à luniversité de Ratisbonne sur le thème des liens entre la foi et la raison, les évêques du Cameroun ont dû se concerter rapidement sur la position commune à adopter. La tâche nétait pas du tout facile pour les évêques du Cameroun. Une véritable épreuve dès lors quil sagit du souverain pontife. Ceci dautant que la nature des propos de lempereur byzantin du XIVe siècle, repris par le pape, était des plus choquante pour les adeptes de lIslam : Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que des choses diaboliques et inhumaines comme son ordre de diffuser par lépée la foi quil prêchait. .
Conciliation
Par la voix de leur porte-parole, Mgr Patrick Lafon, secrétaire général de la Cenc [Conférence épiscopale nationale du Cameroun], les évêques du Cameroun ont donc pris position dans un communiqué de presse rendu public hier mercredi 20 septembre 2006.
De prime abord, relevant la surprise du monde entier, ces derniers jours, les évêques expliquent : Le but de ce discours, selon le Saint Père lui-même, était de susciter entre les religions 'un dialogue franc et sincère, avec un grand respect réciproque' sur ce sujet, et plus particulièrement sur le sujet de la violence. Elle est contraire à la raison et au projet créateur de Dieu, mais, au cours de lhistoire, elle a parfois, hélas, été justifiée au nom de la foi, y compris par des chrétiens .
Sarrêtant sur les paroles citées et prononcées il y a plusieurs siècles, et dans le contexte très polémique dune autre époque , pour reprendre les termes utilisés par Mgr Lafon, les évêques font, en quelque sorte, un mea culpa : Pour notre part, nous regrettons très vivement que de telles paroles aient été citées, même si le Pape a dit clairement dans la suite 'quelles nexprimaient daucune manière ses pensées personnelles', et nous prions la communauté musulmane de notre pays, dont nous comprenons la réaction attristée, de bien vouloir ne pas en tenir rigueur ni au Pape, qui sest dit lui-même 'profondément désolé' de cet incident, ni à lEglise Catholique .
Par la suite, les évêques prônent lapaisement en disant : Nous souhaitons de tout cur quensemble, croyants de diverses religions, nous puissions, au-delà de cet incident regrettable, reprendre notre dialogue constructif en vue de réaliser ensemble dans notre cher pays une société de paix, de tolérance et dharmonie [
] Nous souhaitons aussi que la constitution de lAssociation Camerounais pour le Dialogue Interreligieux (Acadir), prévue pour ce 19 septembre 2006, mais reportée à cause de la situation actuelle, puisse se réaliser dans un avenir proche .
Cet appel de la Cenc na pas laissé indifférents les membres de la communauté musulmane. A lissue dune réunion, tenue au domicile de Adamou Ndam Njoya, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix (Wcrp), et qui regroupe les imans et prédicateurs - ainsi que de nombreuses associations islamiques, telles que lAcic, lAssovic, lAn-Nour et dautres -, la communauté musulmane, dans un communiqué de presse, réitère sa ferme adhésion à cette noble initiative de création de lAcadir. Toutefois, en maintenant la suspension momentanée à lassemblée générale constitutive de lAcadir, la communauté musulmane regrette les propos malveillants du Pape XVI, qui démontrent sa méconnaissance de lIslam, contrairement à son prédécesseur le regretté Pape Jean Paul II . Le communiqué de presse de la communauté musulmane sachève par un appel adressé aux musulmans du Cameroun pour quils continuent à maintenir le climat de tolérance et de paix, prôné par lIslam entre les peuples et les religions.
On voudrait espérer vivement que lincident, pour ce qui est du Cameroun, soit clos. Surtout que dans quelques jours, la communauté musulmane du Cameroun va entrer dans la période du jeûne du ramadan.
Mis en ligne le 21 septembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











