ROME, Dimanche 28 mai 2006 (ZENIT.org)
La silhouette blanche du pape Benoît XVI a traversé ce dimanche la porte du camp de concentration dAuschwitz et, comme les déportés, le pape a pu lire, à lentrée, les paroles qui constituaient la devise du camp : « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre).
Comme la confirmé le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, samedi aux journalistes, cette visite fut incluse personnellement par Benoît XVI dans le programme de ce voyage apostolique international sur les pas de son prédécesseur.
Après avoir visité le camp en silence, prié un long moment devant ce symbole de lholocauste, et sêtre entretenu avec des survivants du camp, le pape a prononcé un discours, dune voix un peu rauque témoignant de la fatigue accumulée au cours de son voyage, mais ferme.
« Il est presque impossible de prendre la parole dans ce lieu dhorreur, daccumulation de crimes contre Dieu et contre lhomme sans égal dans lhistoire et cela est particulièrement difficile et accablant pour un chrétien, pour un pape qui vient dAllemagne », a reconnu Benoît XVI.
« Dans un lieu comme celui-là, on ne trouve pas ses mots, a affirmé le pape, au fond, seul un silence rempli de stupeur peut régner, un silence qui est un cri intérieur vers Dieu : pourquoi nas-tu rien dit Seigneur ? Comment as-tu pu tolérer tout cela ? », sest-il interrogé.
« Je me trouve ici aujourdhui comme fils du peuple allemand », a ajouté le pape.
« Cétait et cest un devoir à légard de la vérité et du droit de ceux qui ont souffert, un devoir vis-à-vis de Dieu, dêtre ici comme successeur de Jean-Paul II et comme fils du peuple allemand fils de ce peuple sur lequel un groupe de criminels a pris le pouvoir au moyen de promesses mensongères, au nom de perspectives de grandeur, pour retrouver lhonneur de la nation et son importance, avec des prévisions de bien-être, et également avec la force de la terreur et de lintimidation ».
Notre peuple a ainsi été « utilisé et ils en ont abusé comme d'un instrument de leur fureur de destruction et de pouvoir ».
« Où était Dieu en ces jours-là ? Pourquoi sest-il tu ? » sest à nouveau interrogé le pape.
« Nous ne pouvons pas pénétrer le secret de Dieu nous ne voyons que des fragments et nous commettons une erreur si nous voulons juger Dieu et lhistoire ».
Le pape a recommandé dadopter avec Dieu lattitude du peuple juif décrite par les psaumes lorsque celui-ci implore : « Réveille-toi ! Noublie pas ta créature, lhomme ! ».
« Notre cri vers Dieu doit en même temps être un cri qui pénètre au fond de notre propre cur, afin que séveille en nous la présence cachée de Dieu, afin que la puissance quIl a déposée dans nos curs ne soit pas recouverte et étouffée en nous par la boue de légoïsme, de la peur des hommes, de lindifférence et de lopportunisme ».
Le pape estime que ce cri vers Dieu est particulièrement nécessaire aujourdhui, à une époque « où toutes les forces obscures semblent émerger à nouveau des curs des hommes : dune part lutilisation abusive du nom de Dieu pour justifier une violence aveugle contre des personnes innocentes ; de lautre, le cynisme qui ne connaît pas Dieu et qui méprise la foi en Lui ».
« Nous crions vers Dieu, afin quil incite les hommes à se repentir, et quils reconnaissent ainsi que la violence nengendre pas la paix mais seulement davantage de violence, un engrenage de destructions, dans lequel tous ne peuvent en définitive quêtre perdants ».
Après avoir quitté le camp, le pape a été conduit en automobile à laéroport de Cracovie/Balice où sest déroulée la cérémonie dadieu en présence du président de la République, Lech Kaczynski.
Note
Nous manquerions à notre devoir d'objectivité si nous passions sous silence les critiques sévères qui ont été émises à propos de lallocution du souverain pontife.
On lui reproche, en effet, davoir attribué la responsabilité des crimes nazis à un «groupe de criminels» ayant «abusé» le peuple allemand, et davoir présenté les crimes de l'Allemagne hitlérienne contre les Juifs comme une «attaque contre le christianisme», et de s'être gardé d'évoquer le rôle peu reluisant du Vatican à l'époque du IIIe Reich.
Les critiques les plus acerbes sont venues dAllemagne. Pour l'historien Peter Schöttler, «le pape a tenu un discours d'absolution tout à fait typique des années 50, qui ne reflète pas du tout les débats contemporains».
Pour le grand historien allemand, Heinrich August Winkler, «le discours du pape paraît, à certains endroits, très apologétique". "On ne peut pas présenter les Allemands comme des victimes, car, en 1933, ils auraient pu voter autrement. Ils n'étaient pas obligés de choisir le NSDAP à 43,9 % et ses partis alliés à 8 %, offrant ainsi la majorité à Hitler. Par ailleurs, Benoît XVI ne peut pas ignorer que, jusqu'à la fin, une majorité a adulé Hitler comme un dieu et qu'il fut longtemps la personnalité politique favorite des Allemands».
L'absence de référence à «l'antisémitisme» a également choqué. «Des paroles claires auraient été nécessaires», affirme Winkler. «Il aurait dû évoquer la haine des Juifs, très ancrée dans la tradition de l'Eglise, et l'antisémitisme qui imprégnait la société allemande dans les années 30.»
(Daprès une dépêche dOdile Benyahia-Kouider, dans Libération (30 mai 2006).
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