Vous êtes :
Accueil » Religions» Christianisme
Christianisme
Le Custode de Terre Sainte critique lattitude de certains responsables de lEglise pendant la Shoa
Texte repris du site "Un écho dIsraël".
Le quotidien Haaretz consacre un article à la conférence prononcée par le Custode de Terre Sainte, Pierbattista Pizzaballa, à lUniversité de Tel Aviv, hier mardi 25 avril, jour du souvenir de la Shoah en Israël. Le Custode, qui a parlé en hébreu, a critiqué lattitude « des responsables de premier rang » dans lEglise durant la seconde guerre mondiale. Il a parlé déchec de lEglise quant à la formation de la conscience des croyants qui ont collaboré avec les nazis, a reconnu que certains dirigeants ont empêché dagir pour sauver des Juifs et « nont pas su prendre une position courageuse et dans lesprit du christianisme. » Il a également ajouté quil « ne peut pas sempêcher de penser que Jésus, sa mère, ses proches et ses disciples, sils avaient vécu pendant la période de la Shoah, auraient eu un sort identique à celui du peuple juif. »
Le professeur Dina Porat, la présidente du congrès, a qualifié les paroles de Pierbattista « démouvantes » et de « courageuses ». Les historiens qui étudient lattitude des chrétiens pendant la Shoah ont déclaré que les propos du Custode de Terre Sainte « sont sans précédent dans la bouche dun représentant du Saint Siège en Israël. »
Le père Pizzaballa sest également posé, de nombreuses fois, la question suivante : sil avait vécu pendant la Shoah, aurait-il eu le courage de risquer sa vie ?
Il a rappelé enfin que, depuis lors, lEglise avait réalisé de profonds changements et quelle lutte aujourdhui contre lantisémitisme.
Il a rappelé enfin que, depuis lors, lEglise avait réalisé de profonds changements et quelle lutte aujourdhui contre lantisémitisme.
Source : Haaretz, 26 avril 06
**********************************
Un nouveau Custode de Terre Sainte, Cécile Pilverdier
Article paru dans "Un écho dIsraël".
Le 15 mai 2004, le frère franciscain Pierbattista Pizzaballa a été nommé, par le Pape Jean-Paul II, custode de Terre Sainte pour les six années à venir, remplaçant le frère Giovanni Battistelli nommé en 1998. Le Père Pizzaballa était, depuis 6 ans, curé de la communauté catholique dexpression hébraïque de Jérusalem. Il est le premier custode de Terre Sainte parlant hébreu couramment et ayant vécu en milieu israélien.
Né le 21 avril 1965 près de Bergame en Italie, il a fait profession le 14 octobre 1989 et est ordonné prêtre le 15 septembre 1990. Sa formation sest effectuée au Pontificium Atheneum Antonianum en Italie, puis au Studium Biblique franciscain de Jérusalem et à lUniversité Hébraïque de Jérusalem. Depuis 1998 il est professeur auxiliaire au Studium et supérieur du nouveau couvent saints Siméon et Anne, restauré en 2001, en plein coeur de Jérusalem-ouest et où, depuis ce jour, les franciscains accueillent la paroisse hébraïque.
Depuis son ordination, le 9 novembre 2003, lévêque auxiliaire de Jérusalem Jean Baptiste Gourion chargé des communautés catholiques hébraïques lavait nommé comme son premier assistant.
A 39 ans, il est lun des plus jeunes custodes quait connus la Terre Sainte. Le custode est supérieur des franciscains non seulement en Israël et en Palestine, mais encore en Jordanie, Egypte, Syrie, Liban, Rhodes et Chypre. Ayant pour mission première de veiller aux Lieux Saints, il soccupe également, avec les autres responsables catholiques, de la pastorale des chrétiens de Terre Sainte. Sa tâche ne sera sans doute pas facile dans cette région, particulièrement perturbée, du Moyen-Orient. Tous les membres de léquipe de "Un Echo dIsraël", qui le connaissent bien, lui souhaitent bonne chance pour sa nouvelle mission.
**********************************
Entretien avec le Père Pierbattista Pizzabella, ofm
Texte publié par lOffice de communications des Frères franciscains.
- Quest-ce que la Custodie de Terre Sainte pour vous ?
La Custodie est une présence établie au Moyen-Orient, appelé Terre Sainte par les chrétiens. Cest une « présence-pont », une rencontre (parfois un choc) entre deux cultures, celle de lOrient et celle de lOccident. De plus, je pense quil ny a pas de lieu au monde comme Jérusalem, où toutes les confessions chrétiennes soient présentes. Au-delà de la difficulté évidente des relations, la Terre Sainte a un attrait unique, celui que Paul VI a défini comme « le cinquième Evangile ». Ici, nous, les franciscains, sommes une présence historique et à travers les siècles, nous avons beaucoup appris sur le dialogue avec les autres chrétiens. Au niveau interreligieux, nous sommes une petite réalité en regard des deux grandes présences, juive et islamique, mais il est bon de voir que si nous ne faisons pas partie de ces cultures, nous prenons quelques aspects de leurs traditions, et que nous réussissons à leur communiquer quelque chose de la nôtre. En ce sens, nous nous trouvons au coeur de la vie de lEglise et du monde ici. Malgré les limites dues à la pénurie de personnel et à la difficulté des langues locales, etc., nous pouvons toujours offrir un accueil, rencontrer des pèlerins et des croyants de toutes les parties du monde et échanger avec ceux qui ne pensent pas comme nous. La Terre Sainte est un lieu fascinant qui nous provoque continuellement ; le plus grand défi auquel nous faisons face actuellement est de ne pas nous limiter à subir les situations difficiles dans lesquelles nous vivons, mais dy être insérés avec une attitude active et critique.
- Quelles sont les priorités définies pour votre mandat de Custode ?
Ma priorité est avant tout la Formation. Cest précisément par le fait dêtre en Terre Sainte, davoir toujours fait partie du décor, que nous ne pouvons pas prendre le risque de vivre sur les résultats du passé : le « statu quo », par moments, peut aussi devenir une piste de réflexion. Je crois que nous avons besoin de secouer nos consciences, dans la formation initiale et permanente, pour que les choses puissent changer en Terre Sainte et, par conséquent, nous sommes aussi appelés à changer nous-mêmes, tout en restant dans le sillon de la tradition.
Quest-ce qui, à votre avis, empêche changement et renouveau ?
Le premier obstacle que je voudrais identifier est le manque de personnel qui, somme toute, est un problème pour une grande partie de lOrdre. Un autre obstacle est celui de la division en groupes de langue. Linternationalité est une richesse dans la Custodie, qui devient une limite quand des groupes particuliers tendent à se refermer sur eux-mêmes, alors que chaque groupe devrait se présenter comme un enrichissement pour lautre. Il est alors nécessaire de considérer que la Terre Sainte est une terre chargée de passions. La situation ambiante oblige chacun, en un certain sens, à simpliquer dans les situations, mais cela comporte aussi des risques, lorsque la passion devient viscérale et que lon se retranche derrière ses propres positions. Il faut être passionné mais ne pas se laisser prendre par les passions, car cela ôterait la liberté vis-à-vis des autres. Je pense que veiller à garder la liberté daimer tout le monde est fondamental aujourdhui, spécialement en Terre Sainte. Nous, les frères, à lexemple de François dAssise, nous devons pratiquer lamour pour tous comme une attitude prophétique ; cest pourquoi notre prochain Chapitre aura pour thème « Prophètes de réconciliation et de paix ». Un prophète est quelquun qui est solidaire et proche de tous.
Quattendez-vous de lOrdre des Frères Mineurs ?
La Custodie fait partie de lOrdre des Frères Mineurs ; nous sommes une seule famille. La Custodie ne peut pas faire face à toutes les demandes et difficultés dici, au Proche-Orient. La Custodie a besoin de lOrdre et je pense que lOrdre a besoin de la Custodie. Si la Custodie a lintention de se renouveler en se demandant « qui elle est » et « comment elle désire être présente en Terre Sainte », elle ne sera pas capable de trouver une réponse sans un dialogue avec lOrdre. Nous navons pas seulement besoin de personnel, mais didées et de projets dans lesquels les Frères de tous bords puissent être impliqués.
Quespérez-vous particulièrement ?
Une plus grande participation des Provinces. La Custodie est définie comme « la perle des missions », mais cela reste une manière de parler. Très souvent on parle des missions sans prendre en considération la présence en Terre Sainte. Dans la Formation continue, il est aussi urgent dimpliquer lOrdre et les Provinces. Nous désirons être en harmonie avec lorientation de lOrdre. Je pense quil y a une possibilité, ou plutôt une nécessité de collaboration.
La reconnaissance du Studium Biblicum de la Flagellation par lEglise est une confirmation dun aspect spécifique de la présence franciscaine en Terre Sainte.
Le rôle du Studium biblicum franciscain et dautres centres dEtudes est indispensable pour la Custodie. La contribution scientifique et formatrice de ces centres ne peut être laissée de côté. Nous devons certainement confirmer, renforcer et coordonner nos centres dEtudes pour quil ny ait pas de dispersion des forces. Nous sommes numériquement une présence modeste dans un environnement interreligieux mais, précisément à cause de cela, nous devons offrir un service de grande qualité. La reconnaissance donnée par lEglise au Studium Biblicum franciscain confirme notre engagement dans cette direction. Pour cela, il sera nécessaire de continuer à investir et à focaliser nos énergies dans ce domaine.
Pensez-vous quil soit nécessaire davoir une attitude différente dans vos relations avec lautorité civile ?
Par-dessus tout, nous devons recouvrer notre liberté. Il y a une tendance, dun côté, de la part de lautorité locale et, de lautre, de la part de lautorité internationale, dinstrumentaliser notre présence. Il existe le risque que certains événements soient utilisés et instrumentalisés. Je pense quil est très important pour nous de garder un langage non politique et davoir une attitude prophétique. Cela ne veut pas dire se désintéresser de ce qui se passe autour de nous, mais conserver notre autonomie et notre liberté vis-à-vis de tous, sans avoir de préjugés envers qui que ce soit.
Deux particularités de la présence franciscaine en Terre Sainte ont été lattention aux pèlerins et aux chrétiens locaux. Lune des activités pratiques dont la Custodie soccupe est la construction de maisons pour les chrétiens. Pensez-vous quil est opportun de continuer cette sorte dactivité ?
Le problème des maisons pour les chrétiens de Terre Sainte est très sérieux. Nous devons être attentifs à ne pas nous transformer en un ministère dinfrastructure. Peu importe combien de maisons nous pourrons construire ; cela ne résoudra pas le problème de la survie des chrétiens. Cest dans cette perspective que nous sommes appelés à donner notre contribution pratique.
La construction des maisons visait à éviter lémigration : de nombreux Chrétiens quittent la Terre Sainte...
Dans les Territoires, lémigration est vraiment un problème dramatique, tandis que pour les chrétiens qui vivent en Israël les problèmes sont différents. La Custodie, par exemple, ne construit pas de maisons pour eux. Vous devez vous souvenir que les pauvres ne partiront jamais, ils resteront toujours avec nous parce quils nont pas largent nécessaire pour émigrer. Dun autre côté, un sérieux problème est la diminution dune présence chrétienne formée, parce que celui qui a les moyens économiques et une bonne formation émigre dès quil ne voit plus de perspective pour lavenir. Le problème existe dans les Territoires Palestiniens et est dû spécialement à la situation politique et à labsence de projet économique. Dans ce cas, la construction des maisons est importante, mais la Custodie ne peut pas se limiter à ne faire que cela. Nous, les frères, devons être en plus grande solidarité, moins des assistants et davantage une présence. Les gens nont pas besoin dargent seulement, mais ils demandent lespérance, ils voudraient être aidés à croire en lavenir.
Que pensez-vous du mur de séparation ?
Je comprends la peur et langoisse dIsraël. Je suis certain que le mur nest pas la réponse. Israël veut se défendre contre les attaques terroristes mais, en réalité, le mur divise les villages des terres, lécole des enfants, lhôpital des malades : tout cela est difficilement compréhensible. Lhistoire enseigne par ailleurs que tous les murs finissent tôt ou tard par tomber. Cest une réponse inspirée par la peur, qui na pas de perspective dans le temps, car la force des idées et la force de la vie dépassent nimporte quelle barrière.
Vous avez vécu proche de la réalité des communautés chrétiennes, soit dorigine juive soit dorigine palestinienne. Comment se situent-elles face à cette situation dramatique ?
Ce que jai remarqué dans les communautés chrétiennes, cest quil y a beaucoup de fatigue psychologique et spirituelle. Les chrétiens ne sont pas un peuple en soi ; être chrétien ne signifie pas : appartenir à une entité nationale et la foi ne sidentifie pas à une identité nationale. Il y a des chrétiens des deux côtés et chacun sidentifie avec son propre peuple. Les chrétiens palestiniens sont en solidarité avec les Palestiniens et les chrétiens dorigine juive sont en solidarité avec les Israéliens, même si, évidemment, ils ne partagent souvent pas les choix de leurs gouvernements respectifs.
Quelles sont les perspectives pour lavenir de la Custodie, en relation aussi avec la situation actuelle dans laquelle elle est insérée ?
Le point de départ de la présence franciscaine au Moyen-Orient est la rencontre de St François avec le sultan Melek el Kamil. Dans un contexte de guerre, durant les Croisades, François dAssise a sauté par-dessus les fossés pour aller parler, dialoguer avec le sultan, lui qui était considéré comme lennemi par excellence, linfidèle. Lavenir est dans ce geste prophétique de dialogue. Ceci est mis en pratique et vécu dabord et avant tout dans les relations entre nous, les frères, - qui venons de pays différents, de cultures différentes -, et ensuite dans les relations avec les hommes et les femmes qui vivent en Terre Sainte. Il nous faut repartir des origines, des motivations qui ont fait désirer à François dentreprendre ce voyage pour vivre à son tour lexpérience de Jésus-Christ, pour voir de ses propres yeux les lieux où le Fils de Dieu est né, a vécu, est mort et est ressuscité pour le Salut de lhumanité.
(Traduit de langlais par "Un écho dIsraël")
Mis en ligne le 03 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











