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Christianisme
Adresse de Benoît XVI au Docteur Riccardo di Segni, nouveau Grand Rabbin de Rome
Au delà de la forme conventionnelle quoique simple et chaleureuse -, on sera attentif à lexpression de ce que je serais tenté dappeler une "intercommunion de foi". En effet, tant les évocations scripturaires et les réflexions théologiques qui en découlent, que les expressions empruntées au vocabulaire de la Tradition juive, apparaissent comme soigneusement choisies. Comme si lintention du pape était dexprimer une véritable confession de foi judéo-chrétienne qui transcende le contentieux doctrinal multiséculaire, et se traduit par une méditation et une collaboration spirituelles, sur le fondement dun patrimoine commun. Jen veux pour preuve, la citation qui clôt le discours papal. Elle est empruntée à un pape du 1er siècle, Clément de Rome, qui pourrait avoir été Juif, puisquil évoque « nos pères » (mais Irénée de Lyon, qui ne l'était pas, l'utilise aussi au IIe s.), expression qui est comme le leitmotiv de cette allocution. Bref, un texte qui ne manque pas daudace théologique, sous des dehors rhétoriques conformes à la loi du genre en matière de discours dapparat. (Menahem Macina).
16 juin 2006
Texte original italien sur le site du Vatican.
Traduction française : Menahem Macina pour le site de l'Upjf.
Photo ajoutée par www.upjf.org
Monsieur et distingué Grand Rabbin,Chers amis,
Shalom !
« LEternel est ma force et mon chant, je lui dois mon salut » (Ex 15, 2) : ainsi chanta Moïse avec les Fils dIsraël, quand le Seigneur sauva son peuple lors de la traversée de la mer. Cest de la même manière que chante Isaïe : « Dieu est mon salut: j'aurai confiance et ne craindrai plus, car ma force et mon chant c'est le Seigneur, il fut mon salut » (Is 12, 2). Votre visite me cause une grande joie et me pousse à réitérer avec vous ce même cantique de gratitude pour le salut obtenu. Le peuple dIsraël a été libéré de diverses manières des mains de ses ennemis, et durant les siècles dantisémitisme, dans les moments dramatiques de la Shoah, la main du Tout-Puissant la soutenu et guidé. La prédilection du Dieu de lAlliance la toujours accompagné, lui donnant la force de surmonter les épreuves. De cette attention divine affectueuse, peut témoigner votre communauté juive, présente dans la ville de Rome depuis plus de deux mille ans.
LEglise catholique est votre voisine et votre amie. Oui, nous vous aimons et ne pouvons que vous aimer, à cause des Pères : par eux vous êtes pour nous des frères très aimés et préférés (cf. Rm 11, 28b) [1]. Après le Concile Vatican II, cette estime et cette confiance mutuelles sont allées croissant. Des contacts se sont développés, toujours plus fraternels et cordiaux, et ils se sont intensifiés tout au long du pontificat de mon vénéré Prédécesseur, Jean Paul II.
Dans le Christ, nous participons à lhéritage des Pères qui est le vôtre, pour servir le Tout-Puissant « sous un même joug » (So 3, 9), greffés sur lunique racine sainte (cf. Is 6, 13 ; Rm 11, 16) du peuple de Dieu. Ce qui nous rend conscients, nous chrétiens, de ce que, avec vous, nous avons la responsabilité de coopérer au bien de tous les peuples, dans la justice et dans la paix, dans la vérité et dans la liberté, dans la sainteté et dans lamour. A la lumière de cette mission commune, nous ne pouvons que dénoncer et combattre résolument la haine et les incompréhensions, les injustices et les violences qui continuent à générer des préoccupations dans lâme des hommes et des femmes de bonne volonté. Dans un tel contexte, comment ne pas être tristes et soucieux devant la résurgence de manifestations dantisémitisme, qui se font jour parfois.
Monsieur le Grand Rabbin, récemment, la direction spirituelle de la communauté juive de Rome vous a été confiée ; vous avez assumé cette responsabilité, riche de votre expérience dérudit et de médecin qui a partagé les joies et les souffrances de tant de gens. Je forme, du fond du cur, des vux fervents pour la réussite de votre mission et vous assure de mon amitié cordiale et de celle de mes collaborateurs. Enfin, il y a beaucoup durgences et de défis, à Rome et dans le monde, qui nous invitent à unir nos mains et nos curs pour des initiatives concrètes de solidarité, de tsedek (justice) et de tsedakah (charité). Puissions-nous uvrer ensemble à transmettre le flambeau du Décalogue et de lespérance aux jeunes générations.
Que lEternel veille sur vous et sur toute la communauté hébraïque de Rome ! En cette circonstance particulière, je fais mienne la prière du pape Clément 1er, en appelant les bénédictions du Ciel sur vous tous : « Donne la concorde et la paix à tous les habitants de la terre, comme tu les as données à nos pères, quand nous tinvoquions pieusement avec foi et en vérité » (Aux Corinthiens 60, 4).
Shalom !
© Copyright 2006 pour le texte original italien - Libreria Editrice Vaticana
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Notes de la Rédaction dupjf.org
[1] Voici le texte intégral du verset : "Ennemis, il est vrai, selon l'Evangile à cause de vous, ils sont, selon l'Election, chéris à cause des Pères." Et voir Rm 15, 8.
[2] Il sagit dune lettre apostolique de Clément de Rome, troisième pape (cest-à-dire évêque de Rome) de 88 à 97. On sait peu de choses de lui. On lui attribue cette Epître aux Corinthiens, écrite « en grec, qui est un véritable exposé de la foi telle qu'elle était vécue à la fin du Ier siècle. Il mêle habilement une bonté paternelle à une fermeté et un sens inné de l'autorité. Il impose le rétablissement de prêtres qui avaient été démis de leurs fonctions et la mise à l'écart de l'Église des fauteurs de troubles. Il s'agit du plus ancien texte théologique du christianisme, si l'on excepte, bien sûr, les Evangiles. Oubliée à partir du IVe siècle, cette lettre est retrouvée au XVIIe siècle dans le Codex Alexandrinus. » Daprès Vikipedia.
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[Texte aimablement signalé par Soeur M. Kraentzel.]
Mis en ligne le 18 janvier 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org.











