Vous êtes :
Accueil » Religions» Christianisme
Christianisme
Archéologie et procès dintention, Michel Remaud
Sur le site de "Un écho dIsraël"
Voir : "Découverte d'une des plus vieilles églises du monde, à Megiddo".

Photo Kahna/AFP
Les fouilles entreprises en vue de lagrandissement de la prison de Megiddo, tout en révélant la présence sur le site dune mosaïque chrétienne ancienne, ont aussi fait venir au jour les sentiments complexes de certains chroniqueurs de presse dès quil est question dIsraël. À lattrait du sensationnel, qui accompagne toute découverte dune certaine importance, se mêlent, selon des dosages variables, scepticisme, ironie, politique et insinuations plus ou moins malveillantes. Comme par hasard, la presse catholique est celle où sexpriment, du moins jusquà maintenant, les commentaires les plus tendancieux [1].
Les auteurs des articles, qui ne sont évidemment pas venus voir sur place, ne font pas toujours montre de cette rigueur dont ils laissent entendre quelle ferait défaut aux archéologues israéliens. Que penser de cette description de deux prisonniers israéliens, perdus au milieu de centaines de détenus palestiniens, grattant le sol et convoquant la presse après leur découverte ? Le profane aimerait aussi quon lui explique comment lâge déventuels vestiges qui se trouveraient sous la mosaïque constituerait un terminus ad quem pour la datation de la couche supérieure...
Ce ne sont pas ces à-peu-près qui mettent le plus mal à laise, à la lecture de ces comptes-rendus. On est plus gêné par une manière quelque peu arrogante dopposer les « spécialistes » aux archéologues israéliens - comme si les archéologues israéliens nétaient pas eux-mêmes des spécialistes [2]. Mais laisser entendre que toute cette affaire ne viserait quà faire entrer largent des chrétiens dans les caisses israéliennes nous rappelle de tristes procès dintention.
Que lon se soit emballé devant lâge présumé de cette mosaïque avant davoir procédé à toutes les expertises techniques, on le concédera volontiers. Le phénomène nest dailleurs pas propre à Israël. Quon ait pu y voir une aubaine pour lindustrie du tourisme, qui a connu des années de marasme ayant entraîné une grave crise économique, dont le pays nest pas encore sorti, na rien dinvraisemblable. Et alors ? Faut-il pour autant laisser entendre que ce serait là le fin mot de lhistoire ? Lintérêt des archéologues israéliens serait-il aussi bassement économique ?
On reproche aux Israéliens de vouloir mettre en valeur un site chrétien ; que ne dirait-on sils faisaient le contraire ? Même si des questions scientifiques restent en suspens tant que les fouilles ne sont pas terminées, comment nier lintérêt de la découverte dun site lié à la communauté chrétienne ancienne et particulièrement bien conservé ? Et faut-il mélanger archéologie et politique, en soulignant quon naurait pas fait cette découverte si Israël navait des milliers de Palestiniens à incarcérer ?
Ce pays est la terre natale du peuple juif, qui y retrouve ses racines après des siècles dexil, et la patrie du christianisme, qui se sent quelque peu délogé par ce retour. Quon le veuille ou non, les deux communautés sont condamnées à y coexister, chacune à sa manière. Après des siècles de querelles, une nouvelle ère sest ouverte il y a quarante ans, avec des hauts et des bas, des progrès et des rechutes. Peut-on enfin réaliser que les intérêts bien compris des uns et des autres ne sont pas antagonistes et quil est non seulement stérile, mais, pour les chrétiens, contraire à leur vocation, de souffler à chaque occasion sur les vieilles braises ?
Michel Remaud
© Un écho dIsraël
Notes de la Rédaction dupjf.org
[1] Témoin cet extrait dun article en ligne sur le site de la-Croix.com, larticle intitulé "Le secret de la mosaïque de Megiddo" : "Les autorités israéliennes ont aussitôt médiatisé cette découverte, le premier ministre Ariel Sharon allant jusquà parler d«une histoire incroyable».
[2] Cf. "Le secret de la mosaïque de Megiddo" : "Une médiatisation exagérée et prématurée, selon deux autres spécialistes interrogés, qui préfèrent garder lanonymat."
Mis en ligne le 23 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











