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Christianisme
Benoît XVI Lhéritier différent, Guillaume Desanges
Le succès du rassemblement de Cologne laisse entrevoir un pontificat prometteur. Il est vrai quen quatre mois, le successeur de Jean-Paul II na pas lésiné sur les signaux.
Valeurs Actuelles n° 3586 paru le 19 Août 2005
Lidée la plus répandue est que les chrétiens doivent observer une quantité de commandements et dinterdits, et quon est plus libre sans tous ces fardeaux. Au contraire, je voudrais être clair : le fait dêtre soutenu par un grand Amour nest pas un fardeau. Quelques jours avant les JMJ, dans la première interview de son pontificat, Benoît XVI a résumé, sans rien céder à lair du temps, le message quil voulait délivrer aux jeunes catholiques réunis à Cologne. Plus de 800 000 fidèles devaient participer, ce dimanche, à la messe de clôture de ces journées mondiales, dont le thème "Nous sommes venus Ladorer" soulignait que le christianisme ne se résume pas à quelques préceptes moraux quon pourrait respecter ou pas, au gré de ses humeurs ou selon les modes.
Cette première grande rencontre de Benoît XVI avec la jeunesse, que Jean-Paul II avait su séduire par son charisme, était très attendue par les chrétiens, et par bien des observateurs prompts à caricaturer le successeur de Pierre.
Benoît XVI sera-t-il le pape réactionnaire que certains, au sein même de lÉglise, redoutent
ou attendent ? Créera-t-il la surprise en répondant aux attentes des plus progressistes ? Ou bien, tout simplement, sera-t-il le digne héritier de son «bien-aimé» prédécesseur ?
Car Jean-Paul II est encore dans tous les esprits. Joseph Ratzinger fut lun de ses plus proches, sinon son plus proche collaborateur. Les deux hommes se trouvaient en parfait accord intellectuel et lancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi est à lorigine de textes majeurs du pontificat de Karol Wojtyla.
Il y a fort à parier quil déploiera tous les efforts nécessaires afin de prolonger luvre immense de son prédécesseur. Mais sans doute de manière différente.
Ratzinger, "intellectuel pur", considéré comme un pair par les grandes figures de la théologie moderne, que furent de Lubac et von Balthasar, a adopté le nom de Benoît, "Père de lEurope et patron de lOccident", mais avant tout, initiateur du grand élan monastique occidental. Prendre le nom dune telle personnalité, cest choisir lesprit missionnaire mais également la prière, la liturgie.
À 78 ans, lhomme ne voyagera certainement pas autant que l"athlète de Dieu", qui, malgré les épreuves endurées, déployait encore, à la fin de son règne, une énergie hors du commun. Benoît XVI économise ses sorties publiques et demeurera sans doute physiquement plus prudent.
Au-delà de ces différences de "style", le pontificat de Benoît XVI devrait sinscrire dans la fidélité à lenseignement de Jean-Paul II. Le 265e pape de lHistoire pourra moissonner là où son prédécesseur a semé, en particulier au sein de cette célèbre "génération Jean Paul II" quil rencontre à Cologne.
En ces temps troublés, lcuménisme a force de symbole. Benoît XVI semble résolu à persévérer dans les pas de son bientôt "saint" prédécesseur.
Plusieurs signaux ont été envoyés depuis avril. Le pape [a] visité, le 19 août, la synagogue de Cologne, qui, avant la guerre, rassemblait la plus importante communauté juive dAllemagne. Cest la seconde fois quun pape se rend dans une synagogue, depuis la visite de celle de Rome par Jean Paul II, en 1986. Comme en écho à ce geste symbolique, Ariel Sharon, le premier ministre israélien, a, dores et déjà, invité le souverain pontife à se rendre en Terre sainte.
Mais le grand défi qui se présente au nouveau pape est sans conteste celui de lunité des chrétiens. LÉglise orthodoxe russe a toujours accueilli avec froideur les gestes douverture du pape Wojtyla. Le nouveau souverain pontife semble rencontrer un meilleur accueil de la part du patriarche de Moscou, Alexis II. Les Russes, qui redoutent lintrusion des missionnaires catholiques, ne pouvaient négocier quoi que ce soit avec un Polonais. Face à un Allemand, ce pourrait être différent.
Avec la Russie, la Chine est le seul grand pays que Jean-Paul II na pu visiter durant son pontificat. Les sept à dix millions de fidèles catholiques de l"Église du dessous", celle qui nest pas affiliée au parti, subissent déportations et persécutions quotidiennes. Le PC chinois vient de reporter à 2050 le rétablissement de la liberté religieuse, et le Vatican a dénoncé encore récemment les arrestations qui ont frappé lépiscopat local ; la situation pourrait évoluer. Des négociations officieuses seraient en cours afin de rétablir les relations diplomatiques entre les deux États. Pour preuve, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire déclarait, le 1er juin : «Pékin est sincère dans son désir de normaliser ses relations avec le Vatican.» Intox ou réelle ouverture ? Lavenir le dira.
Face au défi des sectes évangélistes
Le théologien Ratzinger noublie pas les protestants. En raison de ses origines allemandes, il possède une profonde connaissance doctrinale du protestantisme, là où son prédécesseur lappréhendait de façon sans doute plus affective. Son récent message aux protestants de France, dans lequel il abandonne le terme de "communauté ecclésiale" au profit de celui d"Église", a été accueilli avec beaucoup de satisfaction par lÉglise réformée de France. Son président, le pasteur Marcel Manoël, y voit «un geste positif» qui ne sera pas «sans conséquence pour la suite».
Le théologien Ratzinger noublie pas les protestants. En raison de ses origines allemandes, il possède une profonde connaissance doctrinale du protestantisme, là où son prédécesseur lappréhendait de façon sans doute plus affective. Son récent message aux protestants de France, dans lequel il abandonne le terme de "communauté ecclésiale" au profit de celui d"Église", a été accueilli avec beaucoup de satisfaction par lÉglise réformée de France. Son président, le pasteur Marcel Manoël, y voit «un geste positif» qui ne sera pas «sans conséquence pour la suite».
Mais la question des réformés est délicate. Les Églises historiques, calviniste et luthérienne, sont débordées par les évangélistes, qui progressent partout, même en Europe. En Amérique latine, et dans une moindre mesure en Afrique, Rome se trouve en concurrence permanente avec les sectes évangélistes qui "débauchent" les fidèles catholiques par paroisses entières. Paradoxalement, cest avec ces mêmes évangélistes que des rapprochements doctrinaux sont possibles. Sur la question de la morale et du relativisme philosophique, un front commun semble envisageable. Lors des présidentielles aux États-Unis, les catholiques ont majoritairement voté en faveur de lévangéliste Bush.
La nomination de larchevêque de San Francisco, William Levada, à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi nest pas anodine. Ce théologien, qui prend la succession du cardinal Ratzinger, navait pas hésité, en pleine course à la Maison Blanche, à refuser la communion aux candidats défendant le droit à lavortement.
Consterné par les dérives liturgiques
Benoît XVI ne sera certainement pas un pape muet devant les péripéties du monde. Sur les questions éminemment politiques de la conception de lhomme, de la famille et du droit à la vie, ses interventions nont rien à envier à celles de Jean-Paul II. Son soutien au boycott du référendum sur la bioéthique, lancé par lépiscopat italien, a été décisif dans léchec de la réforme. Limplication du clergé espagnol dans lopposition à la légalisation du mariage homosexuel en est une autre illustration.
Benoît XVI ne sera certainement pas un pape muet devant les péripéties du monde. Sur les questions éminemment politiques de la conception de lhomme, de la famille et du droit à la vie, ses interventions nont rien à envier à celles de Jean-Paul II. Son soutien au boycott du référendum sur la bioéthique, lancé par lépiscopat italien, a été décisif dans léchec de la réforme. Limplication du clergé espagnol dans lopposition à la légalisation du mariage homosexuel en est une autre illustration.
Reste la question de la querelle liturgique. En tant que gardien inflexible du dogme durant un quart de siècle, le cardinal sest beaucoup plus exprimé sur la question de «la réforme de la réforme», selon ses propres mots, que Jean Paul II. Consterné par les dérives liturgiques qui ont suivi le concile, Benoît XVI serait tenté duvrer dans le sens dun retour aux sources. Rédaction dune encyclique sur la réforme liturgique, ou "processus pédagogique", plus souple, «pour marquer un point darrêt à ce piétinement de la liturgie par des interventions personnelles», le choix reste ouvert.
La présence de la Fraternité Saint-Pierre aux JMJ peut-elle être interprétée comme un signe douverture adressé aux traditionalistes ? Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais cela est probable.
Tout aussi probable est lopposition des fidèles les plus progressistes, quune telle réforme risque de rencontrer. Mais Benoît XVI na-t-il pas écrit : «La tranquillité nest pas le premier des devoirs du citoyen, et un évêque qui ne chercherait rien dautre quà éviter les ennuis et à camoufler le plus possible tous les conflits est pour moi une vision repoussante.»
Guillaume Desanges
© Copyright Valeurs Actuelles 2005 Groupe Valmonde
Mis en ligne le 25 août 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











