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Une histoire intellectuelle et politique du Sionisme (1860-1940), Georges Bensoussan
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Fayard, Paris, février 2002, 1079 pages

C’est L’OUVRAGE par excellence en matière de Sionisme. Rigueur et érudition, alliées à une pureté et une élégance de narration qui en rendent la lecture passionnante. Nul doute qu’il s’agit là d’une somme qui restera classique.
Remarque personnelle et un brin désabusée : si l’on faisait autant de bruit autour de ce volume méritant, que le tapage médiatique dont bénéficient malheureusement des ouvrages médiocres ou partisans – tel celui de Poppé, racoleur et destructeur, qui fait la joie des ennemis d’Israël – le vrai savoir prendrait enfin le dessus sur la démagogie et l’enseignement de la haine…
Georges Bensoussan est un véritable historien et l’on peut se fier aux résultats de son immense analyse, bourrée de faits, qui ne néglige rien d’essentiel et guide le lecteur, sans qu’il s’en rende compte, dans le foisonnement d’une histoire, intéressante en soi, mais que l’auteur rend passionnante et nourricière.
Je rédigerai prochainement une recension détaillée de cet ouvrage incontournable. Mais ne l’attendez pas pour acquérir cette mine d’informations et de science. Quiconque veut ouvrir la bouche et tenter de dire quelque chose de sensé et de documenté sur le conflit du Proche-Orient en général, et sur le peuple juif et son extension israélienne, en particulier, doit impérativement avoir lu ou au moins parcouru attentivement cet ouvrage de référence. Pour avoir une idée de la matière immense que cet ouvrage passe en revue, parcourez la table des matières que j’ai reproduite ci-après. Vous serez convaincus. Et je gage que l’Histoire intellectuelle et politique du Sionisme, de Georges Bensoussan, deviendra vite votre livre de chevet. Menahem.


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I. Introduction de l’auteur


"Nous ne pouvons pas ne pas être ce que nous sommes."
Ahad Haam (1)

"Il faut avoir une terre à soi pour ne pas en avoir besoin."
Jean Améry (2)

L’adjectif claque comme une insulte. Sioniste. Le terme est aujourd’hui connoté si péjorativement, si déprécié, que la réalité qu’il recouvre a fini par disparaître sous les strates de la stigmatisation, voire, comme en certaines occasions internationales, de la diabolisation. À la réalité d’une foi et d’une culture, le discours antisémite a répondu par des fantasmes effrayants (le meurtre rituel, entre autres), noyant sous la peur un objet de connaissance. À la réalité d’une idéologie et d’un mouvement national atypique sur le fond, le rejet répond par le stigmate, mais il ne nous dit pas ce qui est, ni moins encore ce qui fut. Il est à ce point enfoui sous des couches successives de réprobation que l’on aura du mal de nos jours à déterminer sereinement ce que fut le sionisme, ses conditions de naissance, son terreau nourricier comme la pluralité de ses significations. Confronté aux questions de la modernité politique, empruntant en particulier les voies de la nation, de la laïcité, de l’utopie sociale et de la culture comme forme nouvelle du religieux dans des sociétés sécularisées, le sionisme, loin de ne parler qu’aux juifs, contribue à poser les questions capitales du XXe siècle. Qu’en est-il des rapports de la langue et de la nation, du peuple et du territoire, qu’advient-il d’une foi nationale dans le processus général de la laïcisation du monde? Qu’en est-il des formes culturelles du politique dans les sociétés massifiées au sein desquelles le sionisme commença à prendre forme il y a plus d’un siècle? Ces questions ont disparu derrière la focalisation sur le conflit judéo-arabe. Paraphrasant Marc Bloch s’adressant jadis aux historiens de la Révolution française, nous aimerions dire aux protagonistes d’aujourd’hui: « Sionistes, anti-sionistes, par pitié, dites-nous ce que fut le sionisme! »

Pour entendre cette histoire, encore faut-il commencer par faire le récit de la déréliction nue que fut parfois la condition juive en diaspora, ce mélange de crainte et de honte faisant de la vie de chacun une existence aux aguets. L’histoire juive est dictée par autrui, elle parle de Terre promise et de Mur des lamentations, quand ces expressions ne figurent dans aucune source juive. Etre juif s’accommode et transige, il attend que l’orage passe en se disant que cela pouvait être pis. Mais la mutation de l’antisémitisme opérée entre 1870 et 1900 interdit cette fois toute issue pacifique. Fruit de la modernisation et du mythe d’une pureté perdue dans la civilisation urbaine et mercantile, l’antisémitisme, déjà rétif à toute raison, est devenu cette fois un délire exterminateur. Les pogroms russes en 1881, le premier congrès antisémite international organisé à Dresde en 1882, l’affaire Dreyfus en France commencent à convaincre les contemporains que l’antisémitisme n’est pas un vestige archaïque appelé à disparaître, mais au contraire le fruit d’une certaine modernité. De là la sensation de vivre au bord d’un volcan en activité. De quelque horizon qu’il émerge, le sionisme apparaît ainsi et d’abord comme la volonté de transformer un destin subi en une destinée assumée.

Car porté par le siècle des Lumières, dans la foulée de l’Émancipation à la française (1791), l’idée nationale juive est indissociable de l’effervescence nationalitaire du milieu du xixe siècle. Le sionisme n’en est que l’une des figures, mais cette figure est inséparable du processus de sécularisation du monde. Quand le fait religieux s’étiole devant les progrès de la laïcisation, le monde juif traditionnel est en danger de disparition. Le renouveau littéraire de l’hébreu précède d’une génération au moins la naissance des premiers cercles sionistes en Russie. Ainsi, avant d’être une réaction à l’antisémitisme auquel on le réduit souvent, le sionisme répond d’abord au désenchantement du monde et figure pour demain l’identité séculière du judaïsme.

Comme le vocabulaire, les césures chronologiques valent parfois jugement de valeur. Considérer l’immigration juive en Terre sainte (alya) comme une donnée permanente de l’histoire juive est un a priori idéologique. Parler d’«ancien» et de «nouveau Yishouv» (communauté Juive avant la création de l’État) comme on le fait couramment à l’époque introduit un clivage qui n’a rien d’une évidence. Classer les immigrants en cinq vagues d’arrivées (alyot) est un procédé commode mais pour partie arbitraire. La chronologie comme l’usage des mots doivent être justifiés. 1860 est ce moment crucial dans l’histoire de l’Europe où s’entrecroisent romantisme, processus de laïcisation et mouvements nationaux. C’est dans le même laps de temps, par exemple, qu’est fondée à Francfort-sur-l’Oder la Société allemande pour la colonisation de la Palestine (1860) et que paraît un ouvrage de Moses Hess demeuré sans écho, Rome et Jérusalem (1862). À l’autre extrémité de notre période, en 1940, au seuil de la Seconde Guerre mondiale, le cadre est bâti qui donnera naissance à l’État huit ans plus tard. Cette société juive de Terre sainte fonctionne comme un quasi-État avant la Shoah. L’histoire du sionisme ne s’arrête, certes, ni en 1940 ni en 1948, mais l’essentiel est en place qui ouvre la route de l’indépendance.

Certains «nouveaux historiens» israéliens font valoir, avec raison, que des termes comme alya et Eretz Israël sont connotés. Pourtant, au risque de se couper de son objet d’étude, l’historien doit s’efforcer de regarder avec les yeux des contemporains en manifestant, à leur endroit, l’empathie nécessaire à la connaissance. Le mot alya est de nature religieuse, et ne s’applique qu’à l’immigration juive en Terre sainte, alors que la langue hébraïque utilise d’autres termes pour évoquer l’immigration «courante». Mais le mot est aujourd’hui tellement consacré qu’il fait partie du sujet lui-même. Plus délicat encore apparaît le choix du terme destiné à désigner cette terre. Eretz Israël ou Palestine? Nous userons des deux vocables, en notant cependant que le choix d’Eretz Israël s’imposera chaque fois qu’il sera question de la partie juive. La Palestine est en effet le nom qu’avaient jadis imposé les Romains à cette province après la révolte de Bar Kochba (135 de notre ère) afin d’en effacer toute trace de présence juive (3). Imagine-t-on Maimonide, Yehouda Halevi ou Ahad Haam évoquer leur «nostalgie de la Palestine» ? Réciproquement, lorsqu’il sera question de la partie arabe, le terme Palestine prévaudra, Eretz Israël ne signifiant rien pour une conscience arabe du temps.

De toutes les réponses juives à la modernité, le sionisme seul a survécu. Ce n’est pas là jugement de valeur mais constat. Le socialisme universaliste a sombré et l’autonomisme du Bund a été balayé par la Shoah. Pourtant, le sionisme ne fut longtemps qu’une réponse marginale à l’inquiétude du monde moderne. C’est pourquoi aujourd’hui, au regard de son succès final, l’erreur serait de considérer qu'il fut toujours en position de force ou, en d’autres termes, que ce qui est advenu devait advenir. La vision téléologique menace constamment l’entendement quand elle affirme a-temporelle, et courant comme un fil rouge le long de l’histoire juive, l’idée du « retour à Sion ». Idéologie de libération confrontée sur-le-champ à l’âpre réalité du terrain, le sionisme s’est rapidement mué en pragmatisme, mais les grands débats qui l’affectent avant 1940 sont parfois déjà vieux de près d’un demi-siècle. Débat sur la place de la Torah dans l’identité juive et dans le sionisme, débat sur le lien entre la foi et la nation, sur la possibilité d’émergence d’une laïcité juive (peut-on imaginer des fêtes juives laïques?). Débat sur la langue (renaissance d’une «langue morte» ?) entre l’hébreu des lettrés et les langues juives du peuple, le yiddish au premier chef. Débat sur la terre, Eretz Israël ou n’importe quel endroit de la planète, fût-ce l’Ouganda de 1903, comme le Royaume-Uni en avait fait la proposition à Herzl? Sacralité du sol ou sacralité de la Loi? Débat sur le socialisme et la création de ce phalanstère pionnier, le kibboutz, tiraillé entre la rêverie idéologique et le pragmatisme de terrain. Socialisme ou nation? Syndicat ou patron quand une même instance (Histadrout) regroupe ces deux fonctions? Cécité à l’égard de la population arabe, « question cachée » se nourrissant du mythe d’une « terre sans peuple pour un peuple Sans terre », ou question récurrente au contraire, et à ce point omniprésente que l’on se force à la taire tant elle fait peur? Dans une société appelée à bannir un «Juif diasporique» chargé de tous les maux d’une condition malheureuse, et qui prétend en finir avec la peur et l’aliénation, les sionistes ont voulu, avec d’autres et en même temps qu’eux, inventer l’« homme nouveau ». C’est à l’étude de cette nation imaginée, hésitant sur plus d’un siècle entre l’épopée et l’abîme, que ce livre invite.

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Notes

(1) In HaShiloah [revue], avril 1898.

(2) In Par delà le crime et le châtiment, Actes Sud, 1995, p. 89.

(3) Le Mot vient de Philistins.

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II. Table des matières



INTRODUCTION 9


CHAPITRE PREMIER
Haskala, sécularisation et proto-sionisme


HASKALA ET SÉCULARISATION 13

Science du judaïsme et Hohmat Israël, 13. - Les progrès de la sécularisation dans le monde juif avant 1914, 16. - La Russie au coeur de la « nation juive », 20. - La société orthodoxe de l’Est face à la Haskala, 22. - Le ghetto aurait préservé la nation juive.... 24. -La sécularisation brisera le monde juif, 25. - Le pré-nationalisme des maskilim russes, 27.

ERETZ ISRAËL DANS LES TÊTES 28

Les idées chrétiennes de restauration juive, 28. - Alkalaï, précurseur de l’idée nationale juive, 30. - Zvi Hirsch Kalisher, 32. -Le nationalisme non messianique du rabbin Natonek, 34. - Le proto-sionisme de Moses Hess, 34. - « Réveil » ou « éveil » de l’idée du Retour?, 36 - Le proto-sionisme avant Hibbat Zion, 37 - Les utopies sionistes avant 1900, 41.


CHAPITRE II
Un état de déréliction


L’EFFONDREMENT RUSSE 1881-1917, 43

Le désastre du judaïsme russe en 1881, 43. -La politique du gouvernement russe, 47. - Les conséquences, 50. - La dégradation du sort des juifs russes jusqu’à la Première Guerre mondiale, 51. –L’émigration juive de Russie, 52. - Le grand tournant: 1905-1906, 54. –L’essor du socialisme juif, 57.

LES «ILLUSIONS» OCCIDENTALES, 60
UNE CONDITION MALHEUREUSE, 73

Misère et rejet, 73. - Fuir, 81. - Une déréliction, 83. - Une condition maudite?, 88.


CHAPITRE III
Genèse du politique
Hibbat Zion, Herzl et le sionisme organisé


A L’EST, DE LA COMMUNAUTÉ AU PEUPLE, 93

Le tournant de 1881-1882: la prise en main de son destin, 94. - Les Biluim, 106. - Hibbat Zion, 107. - Quel échec?, 115.

GENÈSE DU POLITIQUE. LE RELAIS OCCIDENTAL 116

GENÈSE D’UNE PATRIE. CENTRALITÉ D’ERETZ ISRAËL 136

Un lien charnel, 136. - Approches religieuses, 140. – L’ambivalence du lien entre messianisme et sionisme, 142. - Territorialisme et sionisme, 146. - Un «droit historique» sur Eretz Israël?, 151.


CHAPITRE IV
Genèse d’un État


LE YISHOUV DE 1881 À 1914.

La première alya, les implantations juives et le baron de Rothschild, 162. - Le refus turc, 167. - Vieux Yishouv, nouveau Yishouv, 169. -La deuxième alya, 172. - Un pays répulsif, 176. -Acquérir la terre, 182. – L’opposition entre la première et la deuxième alya, 186. - Un bilan précaire, 186.

GENÈSE D’UN CONFLIT, 187

La découverte, 187. - Le refus arabe, 192. -Vendre la terre?, 196 - La perception sioniste de la question, 202. - La perception de la deuxième alya, 206 - Une approche libérale et inquiète, 210.

CHAPITRE V
Une identité difficile


TORAH ET NATION

Se concilier l’orthodoxie, 217. - Mais..., 219. -Torah, identité, nation, 222. - Face au sionisme, 231. - Méprises et contradictions, 238. - Torah et nation: du Mizrahi au rav Kook, 240. – L’impact révolutionnaire européen sur le Mizrahi, 244.

LE REJET DU SIONISME DANS LE MONDE ORTHODOXE 245

L’Exil-chàtiment, 245. – L’opposition déclarée, 250. - Contre Ahad Haam, 256. - Le refus radical du monde hassidique, 257.

L’ÉMERGENCE DUNE LAÏCITÉ JUIVE, 261

Le refus laïque, 261. - Dans le Yishouv: du conflit au compromis, 266 - Le conflit des premiers temps: 1880-1920, 266. – Le combat culturel, Prémisses, 269. - Les concessions réciproques des débuts, 270.


CHAPITRE VI
Sécularisation, culture et politique


ÊTRE UNE NATION, 273

Les Juifs comme nation?, 273. -La dramatisation de l’enjeu, 279. – L’autonomisme et le refus du sionisme chez Simon Doubnov, 281. – L’opposition juive au nationalisme juif, 284. -Universalisme ou nationalisme?, 292.

CULTURE ET POLITIQUE, 296

La presse comme vecteur du nationalisme juif, 296 - Littérature et renouveau national, 299. – L’expression littéraire du nationalisme, 300. - Un combat culturel d’abord, 306 - Un sionisme refuge?, 310. - Sauver le judaïsme d’abord: la «révolution de la conscience». – L’itinéraire de Ahad Haam (1856-1927), 315. - Les chemins parallèles, 325. - Le conflit, 327. - La «Faction démocratique», 329.

LA LANGUE, L’ÉCOLE ET LA GENÈSE DE l’«HOMME NOUVEAU», 330

L’hébreu, c’est la nation elle-même, 330. - Renouveau de la langue et émergence de la nation, 336 - Fixer la langue, 346. - Défendre la langue, 348. - Hébreu ou yiddish ?, 351. – L’éducation au coeur du projet sioniste, 356

CHAPITRE VII
Formation d’une nation


LE YISHOUV DU DÉBUT DU SIÈCLE À L’AUBE DES ANNÉES 1940, 365

Le Yishouv: réalité urbaine et mythe rural, 371. -Une quasi-nation, 372.

«DE LA CLASSE À LA NATION». CLASSE, NATION, KVUTZA ET KIBBOUTZ, 381

Socialiste juif ou juif socialiste?, 381. - Le « travail juif», 385. - Intérêt privé, intérêt national?, 388. - Le terrain d’abord..., 391. - La reprise du travail pratique, 393. - La victoire silencieuse du terrain, 394. - De la kvutza au kibboutz, 396. - La Histadrout, 403. - Le socialisme constructiviste ou le triomphe de la nation, 405. Socialisme et nation, socialisme national, 409. - Vers le nationalisme, 410. - David Ben Gourion: «de la classe à la nation», 413.

SE FORMER EN S’OPPOSANT 418

Un refus massif, 418. - Un mythe: la «question cachée», 423. - Une ignorance «nécessaire», 427. - La vision sioniste après 1918, 429. - La radicalisation des années 1930, 435. -Dialoguer et connaître, 442. - Fraterniser?, 447 - Négocier?, 450. Argumenter, 454. - Séparer les peuples, 457. - La partition du territoire, 459. Transférer?, 464. -Brit Shalom, 468. - Jabotinsky et la «question arabe», 476 – La Seconde Guerre mondiale et la radicalisation du Yishouv, 481.


CHAPITRE VIII
L’héritage européen


LE MOULE RUSSE, 485

La sympathie des origines, 485. - Une bolchevisation des esprits?, 492.

LE SIONISME, UN ENFANT DE L’EUROPE, 497

L’Émancipation ouvre la voie au sionisme, 497. - Le contexte des libérations nationales en Europe, 499. - Le romantisme de la nation, 501. - Héritier d’une histoire européenne?, 503. -Une culture d’Europe, 505.

UNE VISION COLONIALE? 510

Un mouvement de colonisation?, 512 - La naissance du « second Israël », 515.


CHAPITRE IX
Sionisme et laïcisation


L’ESPRIT SÉCULIER, 523

Une identité sécularisée?, 524. - Une culture juive séculière?, 530. - La légitimité: de Dieu à la nation, 532. -Le sionisme, une réaction à la sécularisation du monde?, 534. - Une idée amorphe?, 537. - Une assimilation aux Goyim?, 539. - Le sionisme, un messianisme séculier?, 542. -Vers un Yishouv séculier?, 546

UNE FOI LAÏQUE 547

La foi, 547. - La «mission morale» d’Israël, 548. - Une nation modèle, 554. - Au service de l’humanité, 556

LE SIONISME, NOUVELLE IDENTITÉ JUIVE DE LA MODERNITÉ? 559

Le sionisme comme judaïsme séculier, 559. - Sionisme et alya: le lien rompu, 563. - La modération du sionisme allemand, 566. -Le sionisme américain ou le triomphe de l’intégration en diaspora, 566 – L’éloignement, 569.

SE «NORMALISER» ? 571


CHAPITRE X
Dans le miroir du prolétariat et du socialisme


PAS DE SIONISME SANS SOCIALISME, 581

Le sionisme sera ouvrier ou il ne sera pas ..., 581. - Nahman Syrkin (1868-1924), 584. - Ber Borohov (1881-1917), 588. - Naissance et évolution des partis de gauche, 593. - Le tournant des années 1917-1920, 596. – L’hostilité de la IIIe Internationale, 599. -Vers une société nouvelle?, 601.

LE SIONISME COMME MOUVEMENT SOCIAL 603

Un retour au peuple?, 603. - Une révolution sociale?, 604. - Un mouvement de classes moyennes et d’intellectuels ?, 607. - Un instrument aux mains des notables?, 610. -Vers une bourgeoisie «de gauche»?, 612.

LA GAUCHE SIONISTE ET L’ACHOPPEMENT ARABE 614

Le travail juif, 616 - Solidarité internationale ?, 619. - Le sionisme ouvrier en difficulté, 620. – L’illusion classiste du Poalei Zion, 624. - Des émeutes de 1929 à la révolte de 1936 -. le grand tournant du sionisme ouvrier, 627.


CHAPITRE XI
Changer le monde


L’«HOMME NOUVEAU», 635

Un volontarisme, 635. -Retour physique et rédemption morale, 638. - Le pionniérisme, 641. - Le rôle des mouvements de jeunesse, 647. - Une ascèse, 658. - Un mouvement de type monastique, 660. - Une régénération physique, 661. -Le culte du travail régénérateur, 663. - User de la force?, 665. – L’esprit d’une génération, 668. - Décoloniser l’image de soi, 670. - Créer l’«homme nouveau», 673.

REFUSER L’ORDRE DES CHOSES, 677

Libérer le judaïsme d’abord ..., 677. - Contre le rabbinisme, 681. - Le refus ambigu de la diaspora, 685. -La deuxième alya et le moule formateur du refus, 687. - Une révolte contre les pères, 692. -Une révolte antibourgeoise, 696. - La rupture illusoire du canaanisme, 698. - Une révolte nietzschéenne: la figure centrale de Micha Yosef Berdichevsky (1865-1921), 699. - La «révolution morale» de Aharon David Gordon (1856-1922), 706 - Le sionisme contre le «bon sens», 710. - Ne plus subir, 713.

CHAPITRE XII
L’enracinement


L’INVENTION D’UNE NATION, 717

La Bible comme enjeu politique, 717. - Le temps et l’histoire, 720. – L’histoire et le mythe, 728. - La géographie entre science et idéologie: connaître, nommer, posséder la terre, 734. – L’invention du patriotisme, 740. - Inventer une culture séculière, 747. - Une liturgie sécularisée, 750. - La guerre culturelle et scolaire, 755. - Genèse de l’Université hébraïque (1897-1925): la science entre la foi et la nation, 756 - Une nouvelle identité?, 758. – L’impasse laïque, 761. - Rupture ou continuité? Une question impossible, 763.

VERS UN «ETHOS HÉBRAÏQUE» DANS LE YISHOUV MANDATAIRE? 764

Les compromis fragiles, 764. - Être victime, encore…, 769. - Du Yzkor Buch de 1911 à la révolte arabe de 1936: vers une nouvelle dynamique, 771. -La nouvelle génération: la réussite paradoxale des pères, 774.

CENTRALITÉ DU SIONISME, CENTRALITÉ DU YISHOUV, 781

Le fossé Eretz Israël-diaspora, 781. – L’Exil encore..., 786 -La contradiction, 788.


CHAPITRE XIII
L’usage du monde


SE DÉFENDRE 793

Aux origines, 793. - La deuxième alya, 797. - Le tournant: 1917-1921, 799. - Le moment Tel Haï, 803. - Le tournant des émeutes de 1920-1921, 805. - Apprendre l’usage de la force, 807. - Un affrontement inévitable, 811. - La «force des choses»..., 816. - Le refus de la violence. Position de principe, 819. L’ethos défensif dans le Yishouv: des années 1920 à 1936, 821. - La radicalisation des esprits, 825. – L’idéologie de la force dans la droite radicale, 827. - Vers l’offensive, 832.

RETOUR AU POLITIQUE, 835

Pessimisme et urgence de l’histoire, 835. - Faire avec la réalité, 840. - Le retour au politique, 844. – L’entre-deux-guerres: le sionisme dans une logique politique, 846. - En diaspora, 846. - La voix discordante de Jabotinsky: le révisionnisme et la «politique juive», 849. - Dans le Yishouv, 856, - Dire le but final?, 860.

CONCLUSION, 865

NOTES, 871

BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE, 989

CARTES

1. La Zone de résidence 998
2. La population juive mondiale des origines à nos jours 999
3. Les assises géographiques des langues juives 1000
4. Les diasporas sépharades 1001
5. Les diasporas ashkénazes 1002
6. Les quatre villes saintes d’Eretz Israël 1003
7. Le soutien des diasporas au «Vieux Yishouv» 1004
8. Les routes des alyot modernes 1005
9. Palestine, 1856-1882 1006
10. Les implantations juives en Palestine en 1914 1007
11. Projet sioniste pour la Palestine, février 1919 1008
12. Les émeutes antijuives de 1929 1009
13. Projet de partition de la Commission Peel, 1937 1010
14. Proposition juive de partition, 1938 1011
15. Projet britannique de partition, 1938 1012
16. Restrictions britanniques à l’achat de terres par les juifs 1013

CHRONOLOGIE 1015

GLOSSAIRE 1027

REPÈRES BIOGRAPHIQUES 1033

INDEX DES NOMS DE PERSONNES 1060

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III. Article du "Monde"


UNE HISTOIRE INTELLECTUELLE ET POLITIQUE DU SIONISME
(1860-1940) de Georges Bensoussan. Fayard, 1 080 p., 47 €.

Ne tergiversons pas : voilà la meilleure étude parue depuis longtemps en France sur les sources du sionisme, la plus complète, et surtout la plus honnête. Loin des historiographies mythifiées ou parcellaires, parce que marquées du sceau de l’idéologie - pro ou antisioniste -, Georges Bensoussan ne prétend pas à la neutralité. Il ne supporte pas que le terme même de sioniste "claque comme une insulte" par les temps qui courent. Mais, avec cette Histoire intellectuelle et politique du sionisme, l’historien témoigne d’une probité, d’une honnêteté indiscutable, rare chez quelqu’un qui ne cache pas "l’empathie nécessaire à la connaissance" d’un sujet d’études très controversé. Dire les faits, vus et vécus par les protagonistes du mouvement sioniste, les dire tous, sans parti pris, sans emphase mais sans tabou, en les inscrivant dans leur contexte sans occulter leurs aspects les plus dérangeants, séparer les éléments du débat de leur interprétation, bref, faire scrupuleusement un travail d’historien scrupuleux : c’était l’objectif de Georges Bensoussan ; il est atteint, et avec brio.

(Suite: www.lemonde.fr/imprimer_article_ref/0,9750,3209--270863,00.html


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IV. Notice de l’éditeur


Bensoussan, Georges
Une histoire intellectuelle et politique du sionisme
1860-1940


Histoire

Sioniste. L’adjectif claque comme une insulte. Le terme est aujourd’hui si déprécié que la réalité qu’il recouvre a fini par disparaître sous les strates de la stigmatisation, voire de la diabolisation. A la réalité d’une foi et d’une culture, le discours antisémite a répondu par des fantasmes effrayants en noyant sous la peur un objet de connaissance. A la réalité d’une idéologie et d’un mouvement national, atypique sur le fond, le rejet répond par un blâme tel qu’on aura du mal, de nos jours, à déterminer ce que furent les conditions de naissance du sionisme, son terreau nourricier comme la pluralité de ses significations. Confronté à tous les aspects de la modernité politique, en particulier aux problèmes de la nation, de la laïcité, de l’utopie sociale et de la culture, le sionisme, loin de ne parler qu’aux Juifs, contribue à poser les questions capitales du xxe siècle.

Qu’en est-il des rapports de la langue et de la nation, du peuple et du territoire, qu’advient-il d’une foi nationale dans le processus général de laïcisation ? Qu’en est-il des formes culturelles du politique dans les sociétés massifiées au sein desquelles le mouvement national juif a commencé à prendre forme il y a plus d’un siècle ? Ces questions ont disparu derrière la focalisation sur le conflit judéo-arabe. Paraphrasant Marc Bloch, nous aimerions dire aux protagonistes d’aujourd’hui : « Sionistes, antisionistes, par pitié, dites-nous ce que fut le sionisme ! »


Professeur d’histoire à Paris, Georges Bensoussan est notamment l’auteur de Histoire de la Shoah (PUF, 1996) et de Auschwitz en héritage ? D’un bon usage de la mémoire (Mille et une nuits, 1998).

© Librairie Arthème Fayard, 2002
Parution : 2002 - 1104 pages - 15,3 x 23,5
Prix TTC : 308,3 FF / 47
Code ISBN : 2-213-60883-0
Code EAN : 9782213608839
Code Hachette : 3510831]
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