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Israël : Un livre qui balaie les mythes, Laurent Murawiec
"S'il ne faut lire qu'un seul livre à l'occasion du 60e anniversaire de l'Etat hébreu, c'est assurément celui-ci [*]. Dans son "Roman d'Israël", Michel Gurfinkiel résume quatre mille ans d'histoire juive et deux cents ans de sionisme - et renverse les uns après les autres tous les mythes de la propagande totalitaire arabe." (L.M.).
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[*] Michel Gurfinkiel, Le Roman d’Israël, Editions du Rocher, 307 pages, 19,90 euros. (Peut être commandé en ligne sur Amazon.)

Texte repris du site de l’Institut Jean-Jacques Rousseau.

 

Ce qui me frappe le plus dans la « couverture » médiatique d’Israël et du conflit arabo-israélien, tout comme dans les vues qu’expriment sans cesse les hommes politiques et les intellectuels européens sur ce sujet, c’est un extraordinaire degré d’ignorance. En règle générale, les soi-disant « experts » n’ont lu que deux ou trois livres, qui leur ont livré un « background » vite bâclé. L’histoire du Proche-Orient moderne, à leurs yeux, commence en 1948, sinon même en 1967.

Ils ne savent rien du judaïsme ni de l’histoire du peuple juif, et s’en fichent royalement : les pires, à cet égard, étant ceux qui, d’origine juive proche ou lointaine, prennent un malin plaisir à mépriser la culture ou la religion de leurs parents et grands-parents.

Ils ne savent rien non plus de la théologie et de la jurisprudence musulmanes, de l’histoire de l’Orient depuis l’Hégire, des géopolitiques des empires islamiques, et préfèrent s’en tenir à des clichés : la splendeur de l’Espagne musulmane - al-Andalus ! - ou la tolérance extrême que l’islam aurait constamment manifestée envers  les autres « religions du Livre »…

Cet analphabétisme mène fatalement à des analyses sans relief ou à des « décryptages » qui tournent à vide.

  • Ils ont cru successivement à la modernisation de l’Egypte, sous Nasser ;
  • à la symbiose islamo-chrétienne au Liban ;
  • au caractère laïque de l’Irak baathiste
  • et à l’élan démocratique de l’Iran khomeiniste ; 
  • à l’ancrage pro-américain du wahhabisme saoudien ;
  • ou à la volonté de paix de Yasser Arafat.

Ils ont été sincèrement surpris par l’effondrement de leurs rêves. Ce qui ne les a nullement empêchés de continuer à vaticiner, en termes toujours plus tranchants.

A contrario , ce qui fait le prix de l’ouvrage de Michel Gurfinkiel, Le Roman d’Israël, c’est le souci de la profondeur historique, de la longue durée, de la perspective, de l’aventure humaine. Le lecteur y découvre successivement les itinéraires des Hébreux, des Judéens, des Juifs, du judaïsme, de l’Israël ancien et de l’Israël moderne. Il rencontre les Juifs de Babylone, d’Alexandrie, les Ladinos expulsés d’Espagne, les foules du Yiddishland, la Palestine véritable – la juive, et non celle qui fut inventée pour les besoins de la cause soviéto-arabe.  Il y trouvera de grands éléments de la théologie qui éclaire cette longue saga, une histoire rapide du sionisme – ce pelé, ce galeux, d’où venait tout le mal [1] - et  l’histoire, en miroir déformé, de la haine arabo-musulmane envers les dhimmis - les inférieurs, les tributaires, les « protégés ». Il y trouvera que l’origine exclusive et unique du « conflit israélo-palestinien » est arabo-musulmane. J’exagère ? Lisez.

Le lecteur y trouvera également des indices, des traces, des développements, des pistes, qui permettront à qui est pourvu d’imagination et de curiosité de reconstituer par lui-même l’immense chronique des Juifs, tant Michel Gurfinkiel s’est plongé avec bonheur chez les grands historiens et en a souvent tiré la substantifique moelle.

Reprenons, donc : 

  • apprenez ce qu’est Amalek, l’empire du Mal absolu, tiré des mystérieux Amalécites de la Bible, et pourvu de ses incarnations vouées à la destruction totale du peuple d’Israel ;
  • que c’est l’Islam d’Espagne qui inventa le rouelle jaune, signe distinctif obligatoire, que les Nazis reprirent après divers tueurs de Juifs du Moyen Age ;
  • que Friedrich Nietzsche, auquel on fait souvent une mauvaise réputation, fit de l’antisémitisme un cas d’exclusion de l’intelligentsia européenne, alors que le libertaire de gauche Proudhon écumait de rage antijuive permanente, comme d’ailleurs Blanqui, Fourier, Jules Guesde, la fine fleur du socialisme français.

Découvrez comment au Moyen Orient,

  • les Jordaniens firent sauter à la dynamite le vieux quartier juif (« Jérusalem-Est ») et même la vieille synagogue – ce qui permet aujourd’hui aux imbéciles de parler de la « Jérusalem arabe » et de s’insurger contre les « implantations » ;
  • qu’en 1939, les 450 000 Juifs de Palestine représentaient le tiers des habitants, alors même que l’infâme gouvernement britannique, qui violait ainsi tous ses engagements internationaux, restreignait massivement l’immigration depuis des années, alors que cette population avait crû de 600 pour cent au cours du XIXe siècle, de 500 pour cent entre 1914 et 1939, et que c’est elle, et l’intense activité économique qui était sienne, qui attirèrent une grande partie d'une population arabe venue de Syrie, du Liban et de « Jordanie » ;
  • que les Mamelouks d’Egypte avaient antérieurement conduit une politique systématique de destruction de la côte méditerranéenne pour dissuader de futurs Croisés, ce qui ruina le « pays du miel et du lait », en faisant ce paysage lunaire que décrivent les voyageurs du XIXe siècle.

Apprenez que c’est Yehudah Alkalaï, né en 1798 à Sarajevo, qui, le premier, énonça le besoin et l’idée d’un Etat juif en Terre promise, suivi de son tout juste senior, Zvi Hirsch Kalischer, né en 1795, de Moses Hess dont le livre de 1862, Rome et Jérusalem, fit date, puis de Leo Pinsker.  La ruée des Juifs vers la Terre promise précède d’un siècle la Shoah !

Et Lord Shaftesbury, homme d’Etat anglais, qui se fit l’infatigable partisan du retour d’Israël dans sa patrie, d’écrire en 1853, « La Grande Syrie [Liban, Syrie, Israel, Jordanie d’aujourd’hui] est une terre dépourvue de NATION, qui a grand besoin d’une nation sans terre », ce que confirment les données démographiques d’alors. La judéophobie contemporaine, de l’extrême gauche à l’extrême droite, et ses « décrypteurs », journalistes, pseudo-historiens et idéologues, attribuent cette citation à David Ben Gourion, en y voyant d’ailleurs un appel à l’éviction des Arabes, alors qu’il plaidait précisément pour la coexistence [2].

L’auteur fait également justice de la fable d’une continuité historique ininterrompue de la présence arabe en Palestine. Les villages « palestiniens » qui font tant pleurnicher les bonnes âmes, avec leurs vergers et leurs oliviers souillés par les vilains soldats israéliens, furent créés - ou recréés - au XVIe ou XVIIe siècle par les Ottomans, qui 'importèrent' des Yéménites, ou fixèrent les clans bédouins. Ce n’est pas négligeable, mais on est fort loin des Cananéens, des Philistins… ou des chrétiens et des Juifs qui en furent les habitants historiques.

Les Arabes de Terre sainte – que nul n’appelait alors Palestiniens, appellation réservée aux Juifs – ne manquaient pas, au début du XXe siècle, de nationalistes qui préconisaient une alliance anti-ottomane avec les Juifs de l’Empire, comme Salim Nadjar, en 1908, ou, en 1913, Daoud Barakat, rédacteur en chef d’al-Ahram, le grand quotidien égyptien.

Successeur de Shaftesbury, Lord Balfour émit la fameuse déclaration de 1917 en faveur du « Foyer National Juif ». Ce que le lecteur ne sait pas, c’est que la Société des Nations lui emboîta le pas, ainsi que les deux chambres réunies du Congrès des Etats-Unis, conduits par le sénateur républicain, Henry Cabot Lodge. Il ne sait rien non plus de la constitution d’une manière de société secrète anglo-arabe qui se chargea de mettre sur pied et de mobiliser une milice armée arabe afin de conduire les pogroms, dans le but de démanteler l’organisation juive de la Palestine, tant la haine des Juifs, le mot n’est pas trop fort, animait une grande partie de l’establishment britannique.

En lisant le livre de Michel Gurfinkiel, on assistera, en effet, aux violents pogromes déchaînés, en 1920 et en 1929, par le Mufti Hadj Amin al-Husseini, l’'Amalécite' arabe du siècle passé, et aux massacres d’Arabes (2 000 morts, au bas mot, dont une moitié de civils), qu’il déclencha contre ses coreligionnaires pour gagner un pouvoir total, à la manière, hier, d’Arafat, ou, aujourd’hui, du Hamas si cher au cœur de Jimmy Carter et des éditorialistes du Monde. On sera témoin des faits et gestes d’Ezzedine al-Qassam, soufi syrien proche des Frères musulmans de l’Egyptien, Hassan al-Banna, proche du Mufti, et d’après lequel sont nommés, aujourd’hui, les missiles lancés sur le sud d’Israël.

On observera également comment le monde, après une révulsion initiale devant les lois raciales nazies, s’habitua tout proprement à l’horrible persécution, au point qu’en 1939, la terre entière était une « planète interdite aux Juifs » – le moindre des complices n’étant pas Franklin Roosevelt. « Surtout, Mein Führer, il ne faut pas qu’un seul Juif survive », dit al-Husseini, et Hitler de répondre : « Pas un seul ». Ah ! l’innocence arabo-musulmane dans le Crime de l’Holocauste ! Leur coup réussit presque en Europe ; si Rommel avait pris Le Caire, il aurait réussi au Moyen-Orient.

Faute de cela, les pays arabes et islamiques expulsèrent 900 000 juifs, dont les communautés étaient souvent antérieures à l’Hégire et aux premiers califes. Et on nous parle des « réfugiés » palestiniens, dont, Gurfinkiel le note, la « condition » est devenue « héréditaire et inextinguible ».  En 1949, Mohammed Salah ed-Din, ministre égyptien des Affaires étrangères, déclara, résumé et symbole : « Quand nous demandons le retour des réfugiés arabes en Palestine, nous entendons par là un retour en tant que maîtres et non en tant qu’esclaves [sic]. Le but de ce retour est de détruire Israël. »


Voilà ce qu’apprendra le lecteur, et bien plus. Voilà un livre qui a la richesse modeste et abondante. Voilà un balayeur de clichés. Lecteur, s’il vous plaît, lisez !


© Laurent Murawiec, 2008

 

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Note de la Rédaction d’upjf.org

[1] Amusante rencontre d’idées : voir M. Macina, "Ce pelé, ce galeux d'où nous vient tout le mal" ;  et "Les nations malades de la peste... sioniste". 

[2] A ce sujet, voir l’article de D. Muir, récemment mis en ligne sur le site de l’Upjf : "« Une terre sans peuple pour un peuple sans terre »: une formule sioniste ?"

 

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[Ce texte m'a aimablement été signalé par plusieurs internautes, ils m'excuseront de ne pouvoir les mentionner tous.]

 

Mis en ligne le 06 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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