06/03/08

C'est le premier livre de l'auteur, qui se présente lui-même comme "d'origine très bourgeoise", et qui a d'abord travaillé dans le privé avant d'entrer, très tard (à l'âge de 41 ans) à l'Education nationale. Le hasard des mutations l'a fait passer des ZEP pauvres aux lycées de beaux quartiers, puis de nouveau aux ZEP. C'est dire à quel point cette expérience diversifiée et contrastée confère à son analyse une qualité d'observation et un sens contextuel au-dessus de la moyenne.
Bref résumé des thèses développées
1) L'école démultiplie les inégalités sociales. La cause (non décelable a priori, car très perverse) est une volonté consensuelle d'appliquer aveuglément une morale politique.
2) Cette morale mène à considérer et à traiter l'enfant comme un adulte, avec pour conséquence de nier la nature de l'enfant, qui est alors "mutilé" dans son développement.
3) Le fait de privilégier la parole de l'enfant dans le cadre de l'école revient à lui refuser sa place de "nouveau au monde" (H. Arendt), en tant qu'héritier et continuateur de son histoire.
L'école a été détournée de l'instruction pour ne plus assurer qu'un rôle de gardien du temple de la morale républicaine. Obsédée par la citoyenneté, la valorisation de l'individu et la modernité, celle-ci a ruiné l'enseignement public. Pavée de bonnes intentions, notre école pénalise d'abord les enfants défavorisés en leur donnant aujourd'hui deux à trois fois moins de chances d'intégrer une grande école qu'en 1975. Pourquoi? Complaisante, « adaptée à son public », elle se fixe comme seul objectif la réussite de tous, une réussite minimale et mensongère qui ne fait que détruire des générations entières en réfutant le principe d'exigence. Cette école ne forme pas des adultes, elle enferme les élèves dans leur nature d'enfant. Les émeutes de novembre 2005 sont un de ses résultats directs, et c'est précisément là qu'apparaît une petite partie de l'iceberg, cet immense désastre, émergeant lentement d'un océan de statistiques illusoires. En trente ans, le principe même d'autorité a été détruit dans les programmes, les directives et les pratiques enseignantes par un ministère de l'Éducation nationale complètement irresponsable et doté des pleins pouvoirs. Aujourd'hui encore, il confirme sa volonté de négation d'héritage en consolidant les principes de ce monstre en habit républicain qui démultiplie les inégalités sociales, prépare la barbarie et enclenche le déclin économique du pays.
Il ne faut ni attendre ni souhaiter un retour vers le passé, mais plutôt une vraie modernisation qui centrerait exclusivement l'école sur l'instruction et la débarrasserait de la politique et de la morale qui l'ont tuée.
Professeur de mathématiques, Michel Segal a enseigné dans les lycées des beaux quartiers et dans les collèges ZEP de banlieue. Entré à l'Éducation nationale à 41 ans, il en donne, huit ans plus tard, une analyse inquiétante.
Mis en ligne le 06 mars 2008, par M.











