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Il faut tenter de vivre
Le 19 septembre 2006, Robert Redeker, qui enseigne la philosophie, publie dans Le Figaro une tribune libre : « Contre les intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? » (lire sur Primo)
Robert Redeker y écrit :
« Lislam essaie dimposer à lEurope ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence dun traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à lécole, accusation dislamophobie contre les esprits libres. Comment expliquer linterdiction du string à Paris-Plages, cet été ? » ; « haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran » ; « Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran. »
Dès le lendemain de la publication de cet article, Redeker est désigné sur Al-Jazeera, la chaîne de télévision basée au Qatar, comme « lislamophobe du moment », par un influent prédicateur, connu pour son extrémisme, le cheikh Youssef al-Qaradawi. Selon lencyclopédie en ligne Wikipedia.org, la rédaction du Figaro se désolidarise de Redeker et présente des excuses sur la chaîne de télévision du Qatar Al Jazeera. Pierre Rousselin estimera que cette publication a été « une erreur ». L'article est enlevé du site Web du Figaro.
Dans Il faut tenter de vivre, publié en janvier 2007 aux Editions du Seuil, Redeker raconte cette descente aux enfers, inexorable et terrible. Le journal tenu par Redeker est poignant, il est même cinglant. Redeker a des choses à dire et des comptes à régler. Il parle aussi de ses peurs et de ses angoisses. Ce jour-là (le 20 septembre 2006), sa vie allait basculer, mais il lignorait encore : « Du jour au lendemain, je suis devenu SDF sans domicile fixe, sans domicile définitif. Passer, par force, sans lavoir choisi, à une vie de camping, dun appartement à lautre. Ne pas savoir où je serai le lendemain, où je dormirai. En quelques heures, ma famille et moi-même avons été précipités dans un monde dont nous ne soupçonnions même pas lexistence : une vie où lon n'est jamais posé. »
Les passages grossiers, injurieux, et tout simplement ignobles submergent sa boîte emails.
Dans ce livre, Redeker reproduit quelques-uns de ces courriels, dans leur plus plate obscénité. « Je lis sur lécran de lordinateur le permis de me tuer. Ma tête tourne, ma vie vacille. Des images massaillent, dont celles dotages occidentaux à la tête tranchée. Sera-ce mon sort également ? Je sens le couteau glacé mouvrir la gorge, jentends le son du sang qui gicle, semblable à celui dun seau deau que lon vide dans légout, je sens les bras qui retiennent alors que je me débats comme un animal apeuré jai connu, dans mon enfance paysanne, la mise à mort du cochon, qui avait quelque chose de rituel aussi, ses cris, ses grognements stridents à en déchirer le tympan, ses tressaillements, sa sueur funèbre.
Les djihadistes dal-Hebah me comparent à un cochon.
Aurai-je sous la lame, plus de dignité que cette bête ? Janticipe aussi mes dernières pensées. On meurt en animal, comme le cochon effrayé, et on meurt en homme, avec des pensées. Au bout de quelques minutes, je me reprends. Ce scénario dhorreur est impossible en France, au pays des droits de lhomme ! Et pourtant, non, si lon en est arrivé au point où la police doit me protéger, me cacher, cest que ce nest pas vraiment impossible, que des décisions prises ailleurs, au Moyen-Orient, peuvent sappliquer ici. Je balance entre la terreur et lapaisement, et tente de me raccrocher à ma foi, chevillée au corps, en la souveraineté nationale. »
Le voici donc menacé de mort, traqué, caché, perdu, esseulé, dégoûté, apeuré, effrayé. Redeker espère néanmoins. Il pense avoir le soutien de TOUS les démocrates. En premier lieu, il attend un mot de son ministre de tutelle, Gilles de Robien (ministre de lEducation nationale). Mais « au lieu de maider, (Robien) menfonce », écrit-il. « Il a volé au secours des islamistes ». Selon Robien, « un fonctionnaire doit se montrer prudent et modéré en toutes circonstances. »
Et Redeker de commenter : Gilles de Robien « suggère que la fatwa dont jécope est une condamnation que jai bien cherchée ». Un peu plus loin, dans son journal, il précise que - le 30 septembre 2006 - le ministre la appelé et la finalement assuré de son soutien : « Par je ne sais quel tour de prestidigitation. Il oublie cependant de sexcuser pour ses propos précédents. »
Redeker attend également que la Ligue des Droits de lHomme (LDH) le soutienne. Mais « elle retient le délit dopinion comme chef daccusation. Plus : elle lappuie sur des considérations sur ma personnalité », écrit-il. « La preuve tient dans cette phrase », ajoute-t-il : « M. Redeker nous a habitués à de tels débordements, qui traduisent son peu de rigueur intellectuelle comme sa haine de lislam et des musulmans ».
Redeker demande alors laide du MRAP. « Quelle déception ! » sexclame-t-il. « Le MRAP me condamne avec encore plus de violence verbale que la LDH, me menaçant de poursuites devant les tribunaux. »
« Mouloud Aounit et le MRAP, menfonçant encore un peu plus, ne découragent pas les assassins. Ces deux réactions engendrent une leçon : avec la LDH et le MRAP, il y a tromperie sur létiquette », ajoute-t-il (pp. 52-53). Robert Redeker espère alors que le maire de Saint-Orens-de-Gameville, la commune où il enseigne, va le soutenir. Mais il ajoute aussitôt : «
pour cet élu communiste
peu importe ma vie, peu importe la liberté dexpression ». Ses voisins laideront peut-être ? « Les voisins ne manifestent aucune marque de solidarité. Ils sont méfiants. Ils ne cherchent pas à savoir. Ils craignent pour leur tranquillité. »
Et quen est-il de LHumanité ?
Là encore, Redeker ne mâche pas ses mots : « Je ne mérite pas (leur) soutien car je serais un réactionnaire !... trahissant luniversalisme de la gauche, la position de LHumanité signifie : ce nest pas lhomme en général, dans son universalité, quil faut défendre, cest lhomme vierge décrits ou de propos "réactionnaires" ». Et quen est-il des syndicats enseignants ? Redeker répond : « Si "bouffe curés", en général et par tradition, (ils) ne mapprouvent pas ». Les profs alors ? Redeker parle de la « collectivité » (enseignante), en ces termes : « cette collectivité (qui) était un nud de vipères » et dont il « ignorait encore le degré de toxicité. »
Qui laide alors ?
Robert Redeker liste les personnes le « soutenant sans dégoût » (Claude Lanzmann, André Glucksman ou Bernard-Henri Lévy, etc.). Redeker parle aussi des hommes politiques qui lui ont apporté leur soutien (Nicolas Sarkozy, Vincent Peillon, François Bayrou, François Fillon, etc.). Il parle aussi des institutions qui lont soutenu, notamment le CRIF, dont Claude Lanzmann dit : « Pourquoi faut-il attendre le CRIF, alors que Robert Redeker nest pas juif, et des intellectuels parisiens pour organiser son soutien ? » Redeker raconte que depuis le mois doctobre 2006, le CRIF et la LICRA, épaulés par Claude Lanzmann, ont travaillé à lorganisation de deux grands meetings de soutien. Lun à Toulouse, le 15 de ce mois, lautre à Paris, le lendemain.
Finalement, le livre de Robert Redeker est dautant plus poignant, que le lecteur prend la mesure, précise, concrète, quotidienne, de ce qu'il a traversé et devra encore affronter.
Et puisquil me faut conclure ce rapide compte-rendu, je reprendrai à mon compte la conclusion d'un article de lécrivain Henri Barbusse (4 avril 1931), à une époque (les années 30) où des films étaient interdits, des livres étaient saisis, des revues étaient censurées et des pièces étaient enlevées : « On assiste à la pression toujours plus accentuée d'une idéologie réactionnaire de force (...) contre quelque chose qui meurt béatement, avec couronnes et fleurs de rhétorique : LA LIBERTÉ ! »
© Marc Knobel
Editions du Seuil. 138 pages. 12 euros.
Photo de Robert Redeker, Guysen
© Primo Europe
Mis en ligne le 27 février 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org











