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Préface au livre de Daniel Pipes, «l'Islam militant à la conquête du monde», Guy Millière
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30/11/06

 

Le livre de Daniel Pipes devrait paraître en français au premier semestre de l'année 2007.  

 

Texte repris du site de l’Institut Turgot.

 

 

Daniel Pipes est, aujourd’hui, peu connu du public français. C’est pour combler cette grave lacune que j’ai tenu à ce que ce livre existe. Parmi tous les problèmes auxquels ce pays est confronté, il en est un, en effet, qui domine tous les autres et que nous avons de nettes difficultés à regarder en face : c’est celui que pose l’irruption soudaine de l’islam et de l’islamisme. Comme tous les grands penseurs, Daniel Pipes permet à celui qui le lit d’y voir plus clair.

Voici trois décennies, il y avait des musulmans en Europe. Ils constituaient une proportion négligeable des populations. Ils étaient, pour l’essentiel, des migrants venus pour travailler et qui, le jour venu, rentreraient dans leur pays d’origine. L’Europe était de population chrétienne. Elle était en plein essor, sûre de ce qu’elle incarnait, et elle regardait globalement l’avenir avec optimisme. L’empire soviétique, à l’est du continent, ne semblait plus même une menace. La guerre froide paraissait ne pas pouvoir dégénérer en guerre chaude, et le statu quo semblait très envisageable.

Ceux qui, tels Jean-François Revel, jouaient les Cassandre, étaient lus avec respect, mais leur pessimisme semblait être une clause de style davantage qu’un diagnostic concernant le futur proche.

Trente ans plus tard, tout a changé,  et nous sommes passés, de manière rapide, à une configuration très différente.  L’empire soviétique s’est effondré, et la menace qu’il pouvait constituer est tombée en poussière. Les pays d’Europe centrale ont rejoint l’Europe occidentale. En parallèle, celle-ci s’est déchristianisée à un rythme accéléré. Elle s’est trouvée confrontée aussi à un paradigme économique radicalement neuf, dont elle a encore du mal à discerner toutes les conséquences et toutes les implications : la globalisation, que sous-tendent les nouvelles technologies de l’information.

Comme si ces mutations géopolitiques, culturelles et économiques ne suffisaient pas, s’est ajouté un facteur supplémentaire : un changement dans la composition de la population. Les migrants musulmans ne sont pas rentrés dans leurs pays d’origine. Ils sont devenus citoyens des pays d’Europe, où ils étaient venus travailler. Ils ont des familles et une descendance. Ils ont été rejoints, et le sont chaque jour davantage, par d’autres migrants, musulmans eux aussi. Et si temples et églises se vident, les mosquées, elles, se remplissent et débordent. Dans tout le continent, les populations chrétiennes sont désormais vieillissantes, inquiètes, pessimistes, alors que les populations musulmanes sont jeunes, moins inquiètes, moins pessimistes.

Depuis les attentats du onze septembre 2001, s’est ajouté un facteur : le terrorisme islamique.  Il y avait eu des alertes auparavant : les attentats de 1995 en France, des avions détournés, et quelquefois détruits avec tous leurs passagers, les menaces de mort contre Salman Rushdie.

Mais rien de tout cela n’avait donné forme et consistance à l’idée d’une menace. La destruction du World Trade Center et l’attaque contre le Pentagone, quasiment en direct devant les caméras de télévision du monde entier, les attentats ultérieurs à Bali,  à Madrid,  à Londres,  la guerre contre le régime taliban et contre les bases d’al Qaida en Afghanistan, le renversement du régime irakien, les images de décapitation au couteau d’otages occidentaux, tout cela s’est additionné et a donné lieu à une tout autre perception des choses.

On a parlé de « choc de civilisations », par référence au livre de Samuel Huntington, sans pour autant lire le livre jusqu’au bout. Certains ont prôné l’apaisement, d’autres, la confrontation. Les premiers ont été accusés par les seconds de prôner l’aveuglement volontaire. Quant aux seconds, ils ont souvent tenu un discours grossier et outrancièrement globalisant. L’islam nous a déclaré la guerre ont dit quelques-uns d’entre eux. Les musulmans qui tentent de défendre l’islam et de le dissocier du terrorisme se voient accusés de duplicité et de fourberie. Les dirigeants occidentaux qui prônent la lutte contre le terrorisme et l’islamisme, mais pas contre l’islam, sont considérés comme des traîtres par les plus extrémistes.

Ceux qui, comme moi, ont tenté de parler de « bataille pour le cœur de l’islam », et qui ont évoqué le rôle-clé de la Turquie dans cette bataille, n’ont guère été entendus.
Cette polarisation entre aveuglement et discours globalisant était et reste logique et facilement explicable, tout particulièrement en France, où extrême gauche et extrême droite conservent une ampleur et un poids politique sans équivalent dans le reste du monde occidental. Le fait qu’elle soit logique et facilement explicable ne la rend pas, pour autant, pertinente.

Daniel Pipes est le penseur qui a théorisé et expliqué la « bataille pour le cœur de l’islam » : lui donner les moyens d’être entendu devrait permettre d’avancer vers la pertinence.

La réalité est que nous sommes en guerre, et que ceux qui le nient pratiquent en fait l’aveuglement volontaire. Mais la réalité est aussi que nous ne sommes pas en guerre avec l’islam.

L’islam est une religion qui est indéniablement porteuse de blocages, mais il n’est pas l’islamisme.

Or, c’est avec l’islamisme que nous sommes en guerre. Pour être tout à fait exact : l’islamisme (appelé aussi islam militant, ou islam radical) a déclaré la guerre au monde occidental dans son ensemble, mais il a également déclaré la guerre aux musulmans qui ne sont pas adeptes de l’islamisme. Cette guerre fait rage actuellement dans tout le monde musulman, mais elle fait rage également dans les sociétés occidentales où, au sein des communautés musulmanes, ont lieu des conflits entre musulmans et islamistes.

Daniel Pipes montre ici où passe la ligne de démarcation. Il souligne, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que l’islamisme n’a rien d’une religion, mais a tout d’un dogme politique totalitaire. Il donne aussi des outils pour combattre, et pour ne pas tomber dans la plus grave erreur que nous puissions commettre : procéder à l’amalgame. Il montre que les musulmans qui oeuvrent à la modération sont nos alliés, nos compagnons de lutte. Il nous aide à cibler le véritable ennemi et à discerner qui sont les "idiots utiles" [*] qui lui facilitent le travail. Très précisément : les aveugles qui se crèvent eux-mêmes les yeux, mais aussi (ce doit être dit) ceux qui mettent tous les musulmans dans le même grand sac rudimentaire.

Lorsqu’il prend des exemples en Occident, Daniel Pipes les prend surtout aux Etats-Unis, ce qui est normal, puisqu’il est Américain,  mais on peut aisément voir que les stratagèmes utilisés par l’islamisme et ses apologistes ont leurs équivalents de ce côté-ci de l’Atlantique, et je ne doute pas que les lecteurs déchiffreront ce qu’ils ont à déchiffrer.


Lorsqu’il parle de la Turquie, de l’Iran ou de l’Irak, aucune grille de lecture n’est nécessaire…

« Nous sommes au tout début de la guerre », disait récemment Daniel Pipes, au cours d’une conférence. « La guerre sera longue ».  


Pour ce qui concerne l’Europe et la France, la guerre, ajouterai-je, survient en un moment d’extrême vulnérabilité sur de multiples plans.  Notre tâche essentielle est sans doute de surmonter la vulnérabilité.


Je fais le pari que ce livre permettra de faire un grand pas dans cette direction.

 


© Guy Millière

 

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Note de la Rédaction d’upjf.org


[*] L’expression a été forgée par Lénine, à l’époque du coup d’état qui devait permettre aux communistes russes de s’emparer du pouvoir. Elle désignait les journalistes occidentaux de l’époque, trop stupides ou trop dociles pour remettre en cause les grotesques balivernes qu’on voulait leur faire ingurgiter, mais néanmoins très utiles pour jouer de facto les agents d’influence en Europe ou en Amérique. Voir, à ce sujet : M. Coenca, " 'Per Palestina': des 'idiots utiles' au service du djihad ".
 

 

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Mis en ligne le 22 décembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org

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