Bonnes feuilles sur le site de Gallimard.

« En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret ; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça.
Je ne regrette rien : j'ai fait mon travail, voilà tout ; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi ; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le.
Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif. »
Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell * nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait : l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire.
* Jonathan Littell est né en 1967 à New York. Il a longtemps travaillé pour l'organisation humanitaire Action contre la Faim, notamment en Bosnie-Herzegovine, en Tchétchénie et en R.D.Congo.
Dans la presse
« C'est un choc ! Voici un livre dont on sort hagard et pantelant. Un de ces rares romans appelés à devenir un classique [...]. Jonathan Littell a trente-huit ans. Il est américain, écrit en français. Son coup d'éclat, un pavé dérangeant et fascinant, interroge le mal historique, le mal idéologique et le mal personnel. Le volume pèse son poids : neuf cents pages (avec appendices) dotées d'une force incroyable, d'une diabolique dimension épique. Un opéra baroque et décadent mêlant réalisme, violence et onirisme. »
Alexandre Fillon, Lire
« On ne peut s'empêcher, à la lecture de cette uvre faite de mort, de chute, de sexe, de se poser une question : pourquoi écrire au XXIe siècle un roman sur un officier SS ? Les Bienveillantes sont une plongée atemporelle dans les profondeurs de l'homme. On se retrouve obligé de se regarder soi. Obscur face-à-face. C'est d'ailleurs, dans une dialectique de miroir brisé, la véritable interrogation des Bienveillantes : et vous ? »
Marie-Laure Delorme, Le Magasine littéraire.
« L'époustouflante réussite des Bienveillantes ne se trouve pas seulement dans la conduite d'un récit couvrant l'intégralité du second conflit mondial, un souffle devenu trop rare dans le roman contemporain. Elle tient aussi dans l'abandon demandé au lecteur, à cette façon de l'amener à rendre les armes après 900 pages. Cette pulsion génocidaire, rationalisée par un sens de l'organisation hors du commun, formulée avec autant de précision par Max Aue, ne relève plus seulement de la confidence. Elle devient un miroir qui nous est tendu puisque de ce « frère humain » nous ne pourrons jamais écarter la lointaine parenté. Dans ces moments-là, Jonathan Littell devient vraiment très grand. »
Samuel Blumenfeld, Le Monde des livres
« Ce livre pose des questions. D'emblée, dès la première page, et jusqu'au bout. D'innombrables questions se lèvent presque à chaque page, troublantes, qui récusent toute réponse. Très vite on ne sait plus quoi penser, quoi dire. Une tentation dangereuse émerge alors : accepter l'horreur comme une fatalité. En refusant de rendre son anti-héros haïssable, et même de lui attribuer des sentiments anti-sémites, l'auteur suit fidèlement la voie romanesque tracée par Flaubert : avec Maximilien Aue, Jonathan Littell a créé son Emma, son Frédéric. Il le place dans cette intolérable position des « malgré nous », il lui inflige un destin auquel rien ne peut être opposé, sauf, justement, la mort. »
Bruno Krebs, La Revue littéraire
« C'est en prêtant voix à un officier supérieur nazi [
] que Jonathan Littell signe une entrée stupéfiante sur la scène littéraire française. [
] Le résultat est saisissant. Fresque de grande ampleur où sont convoqués des centaines de personnages réels ou fictifs, portée par une authentique puissance narrative et un souci éthique omniprésent on pense souvent, à la lecture, à Vie et destin de Vassili Grossman , Les Bienveillantes nest certes pas de ces romans quon peut envisager daimer, mais il se dégage de ses pages une force de conviction hors du commun, une sensation inouïe de réalisme et de justesse. »
Nathalie Crom, Télérama
Mis en ligne le 18 décembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











