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« Méditations sur les lectures hebdomadaires de la Torah », de D. Saada
Une recension très convaincante de Jean-Pierre Allali. (Menahem Macina).
Sur le site du CRIF.
Le Pouvoir de bénir. Méditations sur les lectures hebdomadaires de la Torah
Par David Saada (*)
Par David Saada (*)
Éditions Bibliophane Daniel Radford. Mai 2006. 496 pages. 26
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19/10/06 |
On connaît David Saada comme Directeur général du F.S.J.U., infatigable et dévoué militant communautaire.
Ce que lon sait moins, cest quau sein de sa synagogue, en banlieue parisienne, il prodigue un enseignement du Chabbath, un commentaire éclairé des péricopes, ces tranches de Torah qui ponctuent lannée liturgique juive et reviennent au bout dun an, telles un mouvement perpétuel, une fois achevée la lecture du texte sacré à loffice. Ce sont ces commentaires de très haute qualité qui forment la trame du livre que vient de publier David Saada.
Avec brio, avec conviction et avec une érudition remarquable, lauteur, de la paracha « Béréchit » à la paracha « Vézoth Habérakha » nous invite à pénétrer dans lintimité du texte considéré comme un « message crypté », à le décortiquer, à le distordre au besoin par le biais de lanagramme ou de lacronyme, à utiliser les paraboles, même anthropomorphiques, à interroger les grands maîtres et les ouvrages de référence, pour tenter de comprendre des détails qui, à première vue peuvent paraître anodins, mais sont essentiels, pour y déceler limage, le « Tselem » caché et découvrir les aspects dissimulés sous sa surface ou pour tenter de déchiffrer telle ou telle étrangeté du récit biblique.
Pour David Saada, « Rien, dans la Thora, nest de lordre de la coïncidence » et, comme le dit Rachi, dès ses premiers versets, le texte biblique nous interpelle, semblant dire au lecteur : « Interprète-moi ! ». Cest ce qui apparaît demblée avec lénoncé, au demeurant simplissime : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Cela paraît limpide, et, pourtant, remarque David Saada, dès ces premiers mots, il semble y avoir un blanc, un chaînon manquant dans la formulation. Car au vocable hébraïque « Réchit » a été accolé un beth, lequel peut être vu comme une contraction de « Bichvil », « Pour » ou « En vue de ». Dès lors il faut lire : « Cest en vue de la Torah et dIsraël que Dieu créa le ciel et la terre ». Cest déjà autre chose, une lecture au second degré, tout à la fois étonnante et déconcertante, voire réductrice ou chauvine. Saada appelle alors à son secours le Midrach, par le biais du Sefer Ha Bahir qui propose une piste, celle de lanalogie littérale : « Béréchit » et « Bérakha » commencent tous deux par la lettre Beth. Quant à la Guémara, elle nous apprend que le mot « Hokhma », « Sagesse », peut être décomposé en « Koah Ma », littéralement « Puissance du quoi ». Sans oublier de remarquer que la racine du mot « Béréchit » est « Rech » qui renvoie à la boîte crânienne, habitacle du cerveau.
De fil en aiguille, on arrive au commentaire de Rabbi Haïm Ben Attar, selon lequel, le premier verset biblique doit se comprendre ainsi : « Tout ce qua créé le Très-Haut dans le monde, que ce soit au plan de ses fondements, que de ses développements au ciel et sur la terre, Il la créé par une seule parole ». Il ne faut pas voir dans ces interprétations, souligne David Saada, lexpression dun particularisme exacerbé, mais « la vocation essentielle et désintéressée dIsraël ». Et pourquoi donc Israël ? Utilisant une image politique très actuelle, lauteur considère que le créateur, déçu par lattitude dAdam, change de plan. Du plan A initial, il passe au plan B qui voit Abraham prendre le relais de la mission divine.
Dans une analyse très fine du déroulement de la première semaine de la Genèse, David Saada introduit, dans la tradition kabbalistique, le concept de « Birour », de décantation : « Chaque jour de la Genèse est caractérisé par un birour nouveau qui vient affiner le birour précédent. La fin de ce processus, le dégagement parfait du Bien de lemprise des forces du Mal était prévu pour le septième jour, le saint Chabbath ». Pour couronner le tout, retour à lanagramme : Le terme « Béréchit » est formé des mêmes lettres que lexpression hébraïque signifiant « Il éclairera le Chabbath ». Cest pourquoi « laccueil du Chabbath, qui se fait par lallumage de lumières, exprime symboliquement laccomplissement de lintention du Créateur, celle qui est celée dans la première parole de luvre du Commencement, lavènement de la « ménouha ». La « ménouha », cest à dire le repos divin au sens dune « ultime pièce du puzzle de la Création ».
La conclusion de la première étude donne le ton général de louvrage : « La Torah affirme, au fond, le contraire des thèses freudiennes : ce nest pas la partie animale de lhomme qui est refoulée, mais sa partie divine. Toute lhistoire dIsraël, depuis Abraham jusquau Machiah, peut être comprise comme lhistoire du « retour du refoulé ».
Et cest dans la dernière étude, celle de la paracha « Vézoth Habérakha », quune forme de conclusion se dessine : après la faute dAdam, le monde est caractérisé par une extériorité défectueuse quil convient de réparer par le biais du « Tikoun ». Mais qui, pour cette tâche de rédemption, sera le « Recevoir parfait » ? « Abraham et Itshak ont eu chacun un fils inapte à réaliser la réparation de lextériorité et cest pourquoi Ichmael et Essav ne sont pas considérés comme les héritiers du patrimoine spirituel des Patriarches. ». Le Recevoir parfait, cest « le réceptacle réparé que constitue le peuple dIsraël issu des douze fils de Yaakov ». Et lauteur de préciser : « Le nombre douze est dailleurs significatif à cet égard puisquil représente le nombre de combinaisons distinctes quil est possible de faire avec les quatre lettres du Tétragramme ». Cest pourquoi « La communauté de Yaakov est un Recevoir qui, comme le corps du premier Adam, est en mesure dirradier la lumière infinie quil a recueillie, symbolisée par le Tétragramme déployé à travers toutes les combinaisons de ses lettres. Un Recevoir pour donner ».
On pourrait être tenté de croire que louvrage est ésotérique et réservé aux spécialistes. Quon se détrompe. Les connaisseurs, Juifs et non Juifs, prendront, certes, un grand plaisir à cette lecture. Mais, surtout, le livre de David Saada devrait permettre à ceux - et ils sont nombreux -, qui ne pratiquent pas régulièrement la synagogue, de se mettre au diapason de leurs coreligionnaires pratiquants, en simposant, une fois par semaine et pendant lannée, la lecture de la péricope saadienne. Un exercice simple et salutaire qui, à lui seul, justifierait amplement la parution de cet excellent ouvrage.
Jean-Pierre Allali
© CRIF
Mis en ligne le 29 octobre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











