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Un ouvrage consacré à l'attitude du "Monde diplomatique" envers Israël
Il faut être reconnaissant à J.-P. Allali de nous signaler cet ouvrage et surtout de l'avoir analysé avec brio, en soulignant - chose importante - que le « récent attachement [de ce média] à décrire en profondeur la société israélienne, réfute les thèses de ceux qui présentent "Le Monde Diplomatique" comme un relais de la détestation d’Israël ». Raison de plus pour acquérir ce livre. Ce que je vais m'empresser de faire personnellement (Menahem Macina).
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Source : Site du Crif.
 
23/10/06
 
Le Monde diplomatique et Israël. 1954-2005. Histoire moderne de l’État juif à travers un journal français de référence, Par Samuel Ghiles Meilhac (*)
Editions Le Manuscrit. 2006. 256 pages. 21,90 €
 
 
Le Monde Diplomatique, n’est pas toujours très  tendre avec Israël. C’est le moins qu’on puisse dire.
 
C’est pourquoi l’étude qui nous est proposée vient à point nommé pour nous offrir des réponses aux questions qu’on est en droit de se poser. En a-t-il toujours été ainsi ? Y a-t-il des raisons spécifiques à cette attitude ? Quelles sont les évolutions récentes du journal  ? Quel est le profil de ses principaux collaborateurs ?
 
Le Monde Diplomatique est né dix ans après Le Monde, en mai 1954. L’idée d’Hubert Beuve-Méry, son fondateur, est alors de proposer aux diplomates et à leurs familles un mensuel axé sur les relations internationales. Le sous-titre de la publication est on ne peut plus clair: « Journal des cercles consulaires et diplomatiques ». Modeste projet, modeste diffusion : quelques milliers d’exemplaires disponibles sur abonnement seulement.
 
Cinquante ans plus tard, c’est un tout autre profil et un tout autre produit. Pratiquement dégagé de la tutelle initiale du Monde, Le Monde Diplomatique, qui tire désormais à 300 000 exemplaires en France et dispose de 43 éditions étrangères, est devenu, aux dires de Samuel Ghiles Meilhac, l’organe de la gauche radicale. De fait, avec une « Association des amis du Monde Diplomatique », qui revendique plus de 5000 membres, l’ancien bulletin à l’usage des consulats s’est fortement engagé à gauche, au point d’être « l’acteur principal de la naissance de l’association altermondialiste Attac ».
 
Rappelant les relations étroites entre la France et l’État hébreu naissant, au temps de la Quatrième République, l’auteur note les  nombreux articles alors favorables à Israël. « Le mensuel, affirme-t-il, défend la position israélienne du refus du retour des réfugiés palestiniens ». Ce « tropisme israélien » atteint son apogée avec un article dithyrambique de Maurice Carr, publié en février 1956, qui fait dire à Samuel Ghiles Meilhac : « Plus qu’un soutien à Israël face aux pays arabes et une sincère admiration [pour les] réalisations du jeune État, il s’agit d’une vision historique présentant les Juifs, puis les Israéliens, comme le phare des nations, un exemple à suivre pour l’humanité dans son ensemble ».
 
Les choses continuent dans le même sens pendant quelques années. En mars 1958, un dossier élogieux sur Israël de sept pages pleines est « un signe fort de solidarité, de soutien et d’admiration ». Puis, au fil des ans, au milieu des années soixante, par petites touches et parfois par grands écarts, Le Monde Diplomatique va connaître une évolution significative dans son traitement d’Israël. La petite phrase du général De Gaulle, l’embargo français sur les armes à destination d’Israël en juin 1967 marquent le début d’une forme de rupture entre la France et Israël.
 
Ce virage politique se retrouve au sein du Monde Diplomatique, qui amorce son changement vis-à-vis d’Israël au début des années 70 et, sous l’impulsion de son nouveau directeur, Claude Julien, se transforme en « mensuel engagé et militant ». Il s’agit, à présent, sous couvert de tiers-mondisme, de servir la cause palestinienne. Après une approche très critique des accords de paix israélo-égyptiens, « c’est à partir de 1982 qu’Israël passe définitivement du statut de petit État agressé à celui de puissance ayant des volontés d’expansion territoriale et non simplement préoccupé d’assurer sa sécurité ».
 
La Guerre du Liban, Sabra et Chatila, ont, certes, un retentissement profond sur la teneur du mensuel, mais l’auteur, et c’est là une forme d’originalité, accorde une certaine importance au « poids des histoires personnelles » de certains des nouveaux collaborateurs, permanents ou occasionnels, qui font peu à peu leur entrée au sein du journal que va bientôt diriger Ignacio Ramonet : Amnon Kapeliouk, Joseph Algazy, Michel Warchawski, Samir Kassir, Eric Rouleau, Edward W. Saïd, Étienne Balibar, etc., et surtout,  Alain Gresh, Dominique Vidal et Serge Halimi. Alain Gresh ancien membre du Parti communiste, fils d’un père copte catholique et d’une mère juive, est, en fait, le fils naturel d’Henri Curiel. Dominique Vidal, lui aussi passé par le Parti communiste et les Jeunesses Communistes, est le fils de Haïm Vidal Sephiha, ancien déporté, militant communautaire très actif. Quant à Serge Halimi, il est le fils de Gisèle Halimi, qui, en son temps, défendait le F.L.N. algérien.
 
Par ailleurs, l’auteur remarque, avec pertinence, que Le Monde Diplomatique n’a quasiment jamais étudié en profondeur le problème de l’antisémitisme dans les pays arabes et que, d’autre part, il a « la réputation d’un journal très anti-américain ». Enfin, lorsque, par extraordinaire, un article moins désobligeant à l’égard d’Israël est publié - c’est le cas de l’éditorial d’Ignacio Ramonet, en juin 2000 - c’est le tollé au sein des lecteurs, qui se plaignent dans leurs courriers.
 
Que conclure donc sur ce mensuel de référence ? C’est un fait, par exemple, dit l’auteur, que « L’analyse de la seconde Intifada, autant ses objectifs que ses moyens, par Le Monde Diplomatique, a comporté de lourdes erreurs, de nombreux non-dits, et a tardé à accepter certaines réalités cruelles pour le camp palestinien ». Pour autant, « son récent attachement à décrire en profondeur la société israélienne, réfute les thèses de ceux qui présentent Le Monde Diplomatique comme un relais de la détestation d’Israël »
 
Intéressant donc, édifiant même, mais on regrettera le peu de soin apporté à la relecture orthographique de l’ouvrage.
 
Jean-Pierre Allali
 
© CRIF
 
Mis en ligne le 29 octobre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org
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