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Un livre à ne pas manquer: R. L. Rubenstein, "La Perfidie de lHistoire"
Richard L. Rubenstein, La Perfidie de lHistoire. La Shoah et l'avenir de l'Amérique
Traduction française : Ghislain Chaufour
Préface de William Styron
ISBN 2-204-07830-1
208 pages, 22 euros
Diffusion Cerf
Contact : Olivier Véron : Tél. 04 74 80 56 37
L'ouvrage peut-être commandé sur Amazon.
On ne saurait trop recommander la lecture du substantiel extrait de la Postface de ce livre, que l'éditeur nous a aimablement autorisés à reproduire.

« Une des pires façons de concevoir lHolocauste consiste à interpréter lensemble de ces destructions comme luvre dun petit groupe de criminels irresponsables, fondamentalement différents des hommes dÉtat ordinaires, ayant, dune manière ou dune autre, pris le contrôle du peuple allemand, le forçant, par la terreur et lexacerbation de haines religieuses ou ethniques, à une politique barbare et rétrograde, complètement à lopposé de la grande tradition de la civilisation occidentale », écrit Richard L. Rubenstein.
Cest bien ainsi, pourtant, que lon se prend souvent à voir les choses. Mais il y a une autre difficulté : pour nous, les nazis ont échoué ; pour Rubenstein, au contraire ils ont réussi à transformer les bureaucraties de toutes les nations quils occupèrent (et même les bureaucraties communautaires juives) en composants du processus de destruction.
Dès lors il est « clair quune frontière morale et politique de lhistoire de la civilisation occidentale a été franchie, avec succès, par les nazis, au cours de la Seconde Guerre mondiale ».
Pour comprendre ce que ce précédent a deffrayant, il convient de chasser de notre esprit un autre jugement hâtif, encore tenace aujourdhui : « Selon lopinion la plus répandue, rappelle William Styron, dans la préface du livre, le camp était un lieu dinternement où, par millions, les Juifs étaient exterminés dans les chambres à gaz rien de plus ». Or, à Auschwitz, parce que des détenus survivaient pour travailler, les nazis « ont réussi à créer une société de souveraineté totale ». Ce nest pas un hasard : à Verdun, ou dans la Somme, sous les ordres « dhommes dÉtat ordinaires », parce que les grands pays dEurope disposaient alors « dexcédents de population », les chefs détat-major avaient déjà banalisé la destruction ; et la bureaucratie, terriblement décrite par Kafka, comme une parodie sinistre de labsoluïté de la loi divine était, bien avant quapparaissent les nazis, laboutissement structurel « dun processus de sécularisation, de désenchantement du monde, et de rationalisation » qui décrit assez notre modernité. En témoignent encore ces mots, incompréhensiblement écrits sur les porches des camps, qui semblent à jamais reprocher aux hommes leur liberté, et semploient à les faire obéir à la lettre : Arbeit Macht Frei [le travail rend libre]. Cest ici que Rubenstein hésite : en 1974, en pleine guerre froide, la menace dasservissement et de destruction lui semblait venir de lAmérique elle-même (plus que de lURSS) ; trente ans après, il reprend son analyse, et il voit comment lusage de la terreur et aussi la séduction dun héritage millénaire, donnent désormais à lislam radical le pouvoir de sacrifier les nouveaux « surplus de population » pour faire collaborer à leur propre sujétion toutes les bureaucraties dEurope.
Né en 1924, Président émérite de lUniversité de Bridgeport (Connecticut), R. L. Rubenstein a étudié dabord au Hebrew Union College (judaïsme réformé), mais il a reçu lordination rabbinique du Séminaire théologique juif (conservateur). Diplômé de Harvard en histoire et philosophie des religions, il enseigne, de 1970 à 1995, à lUniversité de Floride, qui lui confère sa plus haute distinction (« Distinguished Professor of the Year »), et qui donne son nom à un département détudes religieuses ; chroniqueur régulier (relations internationales) pour le quotidien japonais Sekai Nippo (Tokyo) ; membre de divers organismes, aux États-Unis et en Angleterre, veillant à la mémoire de lHolocauste et à la prévention de génocides ; auteur de After Auschwitz,1966 (2ème édition 1992), My Brother Paul, 1972, The Age of Triage, 1983, Approaches to Auschwitz,1986, (2ème édition 2003). LImagination religieuse, sorte de confrontation pathétique et passionnée entre la pensée juive et la psychanalyse, a été publié, en français, par les Éditions Gallimard, en 1970, avec une préface de Léon Poliakov.
Mis en ligne le 12 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











