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Bibliographie
Un chrétien allemand rebelle au nazisme: Th. Haecker, "Le Chrétien et lHistoire"
Theodor Haecker, Le Chrétien et lHistoire
Traduction française : Cécile et Jacqueline Rastoin
ISBN 2-912833-13-2
160 pages, 20 euros
Diffusion Cerf
Contact : Olivier Véron : Tél. 04 74 80 56 37
Sil est vrai que Theodor Haecker fut important pour la formation dune petite partie de la jeunesse allemande au moment du nazisme et après sa défaite (notamment de Joseph Ratzinger lorsquil entra au séminaire), ce livre a joué un rôle singulier : lauteur en avait lu des passages, le lendemain de la défaite de Stalingrad, à un groupe de jeunes gens parmi lesquels se trouvaient les membres de la "Rose blanche"
Deux semaines après, Hans et Sophie Scholl étaient arrêtés, jugés et exécutés [1]. Récemment le beau film de Marc Rothemund sur les derniers jours de Sophie Scholl, mais aussi celui dOlivier Hierschbiegel sur "La Chute de Hitler", ont rappelé limportance de certains détails de lhistoire. Cest bien après la guerre, en lisant, sur une inscription consacrée à la jeune fille de la "Rose blanche", quelles étaient nées la même année, que Traudl Junge, la dernière secrétaire du Fürher, prit conscience des libres décisions qui, très tôt, président aux destinées humaines. Les études sur la "Rose blanche" rappellent que la lecture de Claudel, Bloy, Bernanos, Maritain, ainsi que celle de Haecker, influencèrent les jeunes gens, véritable amitié invisible franco-allemande nouée au cur de la tourmente par la perception aiguë de lhistoire, que le catholicisme permet.Dans la quête de repères tragiques, au milieu des événements troublés que nous vivons, quelque chose de cette époque, qui confronta le peuple dIsraël à lidéologie nazie, a resurgi aujourdhui, dune manière que personne navait prévue. La référence au mémorial de Pascal « Dieu dAbraham, dIsaac et de Jacob », dès les premières pages du livre, mais aussi lallusion, en 1935 alors que Haecker est déjà surveillé et sera bientôt interdit de parole au sens du destin juif, sont peut-être décisifs. Dans Virgile, père de lOccident, traduit et publié par Jacques Maritain, en 1933, Haecker rappelait que « les Grecs et les Romains ont accepté que le salut ne vienne pas deux, mais des Juifs ». Il se peut quune part de la difficulté de ce texte, écrit comme à tâtons dans les brumes de lHistoire, tienne justement à ce quil ne trouve sa portée véritable quaujourdhui, avec la résonance troublante des deux époques à travers le long silence qui les sépare
Soixante ans après la Shoah et la création dIsraël, enjambant Heidegger et Sartre, il est possible de placer ce livre au cur de lenjeu politique daujourdhui : car sil y est évidemment question de liberté cest parce que la réconciliation (chrétienne) avec la puissance passe par laction politique, une détermination, une force, une hiérarchie qui ne soient pas tyranniques. La responsabilité devant le monde dune Europe oublieuse ne sest pas dissipée, elle a précisément été rappelée avec force par lÉglise dans le choix dun pape allemand, témoin de ces tragédies mêmes quavait vécues Haecker.
Né en 1879 dans le Wurtenberg, lecteur de Kierkegaard et de Pascal, traducteur du cardinal Newman, Theodor Haecker se convertit au catholicisme en 1921. Éditeur, conférencier, essayiste, chroniqueur tôt remarqué par Karl Kraus, il gagne une large audience dans les années vingt, avec sa verve féroce, puis avec Virgile, père de lOccident. Grande figure de la résistance intérieure allemande au nazisme, interdit décrits et de prise de parole en public, à cause de ses articles sur « la Bête », Theodor Haecker sétait fait, à Munich, lhistorien des absurdités du régime dans ses journaux secrets, les Tag-und-Nachtbücher, dont les rééditions en Allemagne furent longtemps expurgées de leurs passages trop durs. Il mourut le 9 avril 1945.
Note de la Rédaction d'upjf.org
[1] Voir, entre autres, Pierre Le Blavec, "Décapitation de la «Rose blanche»".
Mis en ligne le 12 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











