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Sur les traces de lespionnage communiste aux Etats-Unis, Bogdan Calinescu
Nous avons déjà présenté (3 mars 2006) le livre de Florin Aftalion, "Alerte rouge sur l'Amérique", retour sur le maccarthysme. Aujourdhui, un internaute a lobligeance de nous communiquer une autre revue de cet ouvrage.
24/03/06
Souvent, le retour sur le passé nous enseigne beaucoup sur le présent. Voir comment lAmérique a sous-estimé la menace communiste et lexpansionnisme soviétique en dit long sur limpréparation de ce pays a affronter des ennemis non conventionnels. Les similitudes révélées par lauteur entre linadaptation des services de sécurité intérieure à la lutte contre les espions dans les années 1940-50 et contre les terroristes aujourdhui sont flagrantes. De même que lincrédulité dune partie de lopinion (américaine et mondiale) ainsi que lattitude des médias face à ce danger passé et présent. Une démocratie comme lAmérique qui repose sur les droits des individus et les pouvoirs réels de la société civile face au gouvernement fédéral a toutes les peines du monde à mener un combat efficace contre un ennemi intérieur. Lenquête minutieuse menée par Florin Aftalion sappuyant sur des archives aujourdhui ouvertes pour la plupart montre bien que les citoyens américains emprisonnés, voire exécutés à lépoque espionnaient vraiment pour le compte de lURSS. Cest lampleur du réseau despionnage qui fait froid dans le dos. Même un personnage comme le sénateur McCarthy resté célèbre pour ses activités anticommunistes et accusé de faire « la chasse aux sorcières » na pratiquement pas pu démontrer toute létendue du phénomène. Il est vrai que sa manière outrancière dagir la complètement desservi et a fini par décrédibiliser ses actions.
Au cours de lenquête, le lecteur découvre la manière dont agissaient les Soviétiques. Dabord grâce au télégraphe ; et lauteur rappelle les 3 millions de télégrammes du fameux projet Venona, dont seulement 2 900 furent déchiffrés. Envoyés à Moscou, ces messages des années 1940 contenaient des centaines de pseudonymes désignant des personnes se livrant à lespionnage. Au total, après des années de recherche, 349 personnes résidant aux Etats-Unis avaient entretenu des relations secrètes avec les services soviétiques. Les télégrammes déchiffrés prouvaient ainsi la culpabilité de personnages comme Judith Coplon, Alger Hiss ou les Rosenberg. Les espions venaient dhorizons différents, souvent de bonne famille, mais étaient pratiquement tous des admirateurs de lURSS et de Staline. La plupart avaient des postes importants au sein de ladministration américaine, y compris dans les sphères secrètes, et normalement mieux protégées, du domaine militaire. Elizabeth Bentley par exemple, agent repenti, provenait dune vieille famille de la Nouvelle-Angleterre. Diplômée détudes supérieures à Vassar, elle se consacre à létude du marxisme-léninisme au moins quatre fois par semaine. Elle décida de sengager dans des activités clandestines sans y être sollicitée. Engagée à la US Service and Shipping Corporation, la Red Spy Queen se livra à toute une activité de renseignements tout en établissant des dizaines de contacts sur le territoire américain. Lorsquelle révéla létendue du réseau, les membres du jury ont eu beaucoup de mal à recouper la multitude des informations.
Alger Hiss fut un autre personnage clef du réseau despionnage. Employé au Département dEtat, il passait à un autre contact, Chambers, des documents qui étaient photographiés et ensuite remis à leur place. Alger Hiss na pu être accusé que de parjure. Judith Coplan travaillait au Département de la Justice et, pendant des années, elle a fourni aux Soviétiques des informations extrêmement précieuses sur létat davancement des enquêtes du FBI, car elle avait accès aux dossiers des personnes suspectées. Les conditions darrestation de Coplan nont rien à envier aux scènes daction des plus grands films despionnage hollywoodiens : des heures de poursuites dans les rues de New York, dans les bus et le métro.
Lespionnage rouge dans lAmérique des années 1950 nétait nullement de la fiction. Malheureusement, de tous les espions ayant effectivement exercé à lépoque, la justice américaine na puni quune douzaine. Les causes de ce maigre bilan : les contradictions dune vraie démocratie, limpréparation des services secrets et des commissions denquête, des représentants et des sénateurs, ainsi que la méconnaissance de lidéologie communiste.
Cet ouvrage se lit comme un roman policier de très bonne qualité, et nous ne pouvons que nous féliciter de la reconversion partielle de léconomiste de renom en enquêteur de talent.
Bogdan Calinescu
© Libres.org
Mis en ligne le 29 mars 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











