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La France meurt de lÉtat, Guy Millière
Partant du récent livre de Nicolas Lecaussi, "Cet Etat qui tue la France", Guy Millière reprend et endosse l'essentiel des thèses de "ce livre qui vient à point, et qui constitue un réquisitoire éloquent et implacable contre le prétendu «modèle français», que strictement personne ne nous envie".
Sur le site Les 4 vérités hebdo
Vendredi 16 décembre 2005
Nicolas Lecaussin *, Cet état qui tue la France.
Plon. 320 pages, 20 euros.
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Dans un contexte où, après avoir peiné à sortir dune guerre civile larvée, le gouvernement se trouve confronté au retour des grèves, Nicolas Lecaussin, chercheur à llfrap, excellent connaisseur des conséquences les plus délétères de létatisme - puisquil vient dEurope de lEst - publie ce livre qui vient à point, et qui constitue un réquisitoire éloquent et implacable contre le prétendu « modèle français », que strictement personne ne nous envie.De page en page, on découvre à quel point la situation est grave. La France reste lun des derniers pays du monde où le dogme du « service public » fonctionne encore et où lidée de privatisation reste un tabou. Elle est aussi le pays développé où le plus grand nombre de jeunes gens de moins de vingt-cinq ans souhaitent devenir fonctionnaires : 75 % daprès de récents sondages. Aucun signe dévolution nest en vue sinon vers le pire. Et aucune évolution ne peut vraiment venir, pour des raisons que Lecaussin expose magistralement et qui ont nom : désinformation, mensonge, intoxication mentale.
Dune certaine manière, cela commence à lécole, où, depuis le recours à la pédagogie moderne et idéologique, on ne transmet plus de savoirs et on se contente toujours davantage dapprendre à apprendre. Le résultat étant que le savoir nest plus transmis quà ceux dont la famille possède déjà un bagage intellectuel et peut en faire bénéficier ses enfants.
Les autres ? Ils finiront illettrés, sans guère de perspective. Cela continue à lâge adulte. Une véritable nomenklatura, constituée dénarques, de copains et de coquins, sarroge un quasi-monopole de la haute administration, des ministères, et dune multitude dorganismes, commissions, observatoires totalement inutiles, mais qui sont, avec la misère des plus pauvres, la seule chose qui connaisse encore une courbe de croissance vigoureuse en ce pays. Ceux qui ne sont pas énarques ou placés dans un organisme inutile devront viser la catégorie inférieure : la fonction publique, ou para-publique. Les salaires seront souvent médiocres, mais (et cest pour cela quautant de jeunes gens se rêvent fonctionnaires) les avantages seront divers et nombreux. Faible temps de travail, tout un assortiment dautorisations dabsence pour convenances personnelles, jours de récupération, primes multiples. Lorsquon voit ce dont bénéficient les salariés de la SNCF et de la RATP, on comprend pourquoi ceux-ci redoutent une mise en concurrence qui constituerait en fait, une abolition des privilèges. Lorsquon voit ce que représente la charge salariale dEDF en pourcentage du chiffre daffaire, on comprend pourquoi la vente de quinze pour cent du capital ne constitue pas du tout une bonne affaire pour ceux qui se sont laissés berner par la propagande télévisuelle.
Ceux qui ne sont ni énarques ni placés, et qui nont pu accéder à la fonction publique, ou para publique, devront travailler dans le secteur privé, sils le peuvent, car le secteur privé ne crée plus demplois en France, et on le comprend aisément en lisant Nicolas Lecaussin. Les charges sont écrasantes, le harcèlement administratif omniprésent, labsence de flexibilité fait, de lembauche dun nouveau salarié, un risque à bien peser avant de prendre sa décision.
Ceux qui ne peuvent travailler dans le secteur privé se retrouveront dans une cité-ghetto, toucheront le RMI, se marginaliseront, deviendront nihilistes, islamistes peut-être...
Ce système ne peut que conduire au désastre. On va encore mentir, désinformer, intoxiquer les esprits. Pourra-t-on indéfiniment cacher que la France est détraquée ? Ailleurs dans le monde, en Europe même, on retrouve le chemin de la liberté. Les États-Unis, utilisés comme repoussoir par les adeptes du mensonge, de la désinformation et de lintoxication, font preuve dun dynamisme dont, note Lecaussin, nous devrions plutôt nous inspirer. Tout comme lauteur de ce livre, je ne doute pas, hélas, que leffet repoussoir continuera à fonctionner.
Pendant le désastre, la cécité continue.
Guy Millière **
* Nicolas Lecaussin est chargé d'Etudes à l'IFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques), et rédacteur en chef de la revue, Société Civile.
** Guy Millière (né en 1950, à Marseille) est écrivain, professeur à lUniversité Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, visiting professor à la California State University, Long Beach. Il est également expert en bioéthique et biotechnologie auprès de lUnion Européenne, conférencier pour la Banque de France, membre du comité de rédaction dOutre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman. Il a été rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992.
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Mis en ligne le 18 décembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











