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Ehoud Olmert : « Il n'y a pas de limite » à l'offensive israélienne
Interview du Premier ministre israélien dans le Monde du 4 août
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Israël est-il en train d'occuper partiellement le Liban ?
Nous n'avons aucune intention d'occuper le moindre morceau de territoire. Nous combattons le Hezbollah, dont le bastion est au Liban sud. Le jour venu, nous quitterons la région. Nous voulons que la force internationale prenne la relève le plus vite possible. Dès la minute où cette force sera déployée, nous partirons.
Avant qu'elle n'arrive, cela pourrait prendre encore des semaines…
J'espère que cela prendra moins de temps. Une réflexion est menée sur la façon d'accélérer ce déploiement. J'espère qu'elle portera ses fruits. Cela se prépare, entre ici, Washington, l'Europe, et d'autres pays.
La France s'oppose à un déploiement international sans cessez-le-feu et accord politique préalables.
Je pense que l'on peut surmonter ces points de divergence. Je me souviens d'avoir eu une conversation des plus intéressantes avec le président Chirac sur le Liban. Ni le président Chirac, ni le premier ministre de Villepin, ni le ministre des affaires étrangères, Douste-Blazy, ne veulent que le Hezbollah émerge de cette crise en position de gagnant. Repoussé et maintenu hors d'un large périmètre de sécurité, le Hezbollah sera privé de l'avantage qu'il avait de pouvoir frapper à sa guise des localités israéliennes. C'est ce à quoi nous voulons parvenir, nous, les Américains, et les Français, et nous y travaillons. Il y a un terrain d'entente.
Cette campagne militaire a-t-elle pris une dimension à laquelle vous ne vous attendiez pas ?
Je ne suis pas étonné, pas encore. Personne ne pouvait imaginer sérieusement qu'elle serait de petite ampleur. Le Hezbollah, qui n'est qu'un instrument de l'Iran, a mis en place au Liban des infrastructures à grande échelle, avec des armements sophistiqués. J'avais anticipé dès le départ que ce serait une bataille difficile. Mais jamais, dans l'histoire contemporaine, un combat contre une organisation terroriste n'aura été aussi efficace que le nôtre.
Après le bombardement de Cana, vous êtes-vous senti sur la défensive ?
Nous sommes tristes et désolés de cette terrible tragédie. La Croix-Rouge a compté 28 corps. Nous sommes désolés pour chacun de ces 28corps. Mais je ne formule pas d'excuses. La raison en est que 150 missiles ont été tirés contre des villes israéliennes à partir de ce village. Quand le Hezbollah ou les Palestiniens tuent des Israéliens, ils prennent ça pour un succès. Nous, quand nous frappons des civils, nous considérons que c'est un échec de notre armée.
Allez-vous continuer à frapper Beyrouth ?
Beyrouth n'est pas une cible. Ce qui l'est, et le restera, c'est un seul quartier, celui du Hezbollah. Mais nous n'attaquerons pas Beyrouth. Nous ne combattons pas le gouvernement du Liban. Je n'ai aucun désir de renverser [le premier ministre libanais] Fouad Siniora. Est-ce que je veux voir [le secrétaire général du Hezbollah] Nasrallah à sa place? Certainement pas! Et je n'ai rien contre le peuple libanais. Mais personne ne peut nier le droit d'Israël de se défendre.
Votre objectif est-il d'atteindre le fleuve Litani? Est-ce la limite fixée ?
Il n'y a pas de limite. Nous n'allons pas combattre à Beyrouth, je vous l'ai dit. Quant au reste, je ne pense pas avoir à annoncer mes plans.
Votre décision de vous déployer militairement au Liban sud est-elle liée au fait qu'aucune force internationale n'acceptera d'y entrer en combattant ?
C'est une des choses que nous avons prises en considération. Mais depuis le premier jour, nous visions la partie sud du Liban. Nous savions que nous allions devoir la nettoyer, car c'était la source des problèmes depuis longtemps. D'abord, nous avons utilisé la force aérienne d'Israël, dans la mesure où il est possible de l'utiliser pour "adoucir", pour préparer l'opération au sol.
Maintenant, le moment est venu de l'opération terrestre. Nous n'avons pas l'intention d'occuper du territoire. Nous avons assez [d'expérience] du Liban. Mais nous n'accepterons en rien que la sécurité des habitants d'Israël soit menacée.
Comment réagissez-vous aux propos de Philippe Douste-Blazy affirmant que l'Iran joue un rôle stabilisateur au Proche-Orient ?
Je crois qu'il a rectifié ces propos. Est-ce vrai ? Lors de mes divers entretiens avec M.Douste-Blazy, j'ai trouvé que je pouvais facilement m'entendre avec lui sur… le football, et sur certaines questions politiques. Il est très charmant. Nous sommes tout à fait d'accord sur l'importance des biotechnologies.
Mais nous divergeons quelque peu sur le rôle que joue l'Iran. Lorsque j'entends le président de l'Iran dire qu'il faut rayer Israël de la carte, et lorsque je vois ses efforts pour obtenir des armes nucléaires, je ne vois pas très bien la stabilisation qu'il apporte.
L'Iran peut-il être impliqué dans la recherche d'un règlement durable ?
C'est quelque chose qui doit être abordé avec précaution. Il ne doit pas y avoir de "troc" entre cette question, et les préoccupations que nous avons concernant la politique de l'Iran en matière d'armements non conventionnels, notamment ses efforts pour avoir des missiles balistiques stratégiques qui pourraient être dirigés contre Israël et certains pays européens. Il ne peut y avoir de quiproquo. Les Iraniens vont devoir oublier leurs projets d'enrichissement d'uranium.
Faut-il parler à la Syrie?
Tout le monde sait qu'Israël n'a aucune intention d'entrer en confrontation violente avec la Syrie. J'espère que les Syriens vont se comporter de façon responsable, et voir les avantages qu'il y a à cela. Ils n'en ont pas encore fourni la preuve.
Quelle importance historique accordez-vous à cette guerre?
Une chose est sûre. Des mouvements terroristes, fondamentalistes, extrémistes, violents, cherchent à détruire les bases de la civilisation occidentale. Le monde civilisé est attaqué par des organisations terroristes qui sont manipulées par certains pays. Israël est en train de créer un précédent, de fournir un exemple pour beaucoup d'autres sociétés. Israël a décidé de dire : "Assez, c'est assez!" Si le Hezbollah pense qu'il y a des endroits où nous n'irons pas, il a tort. Nous pouvons aller n'importe où. Nous sommes en mesure de le prendre par surprise, le stupéfier, le frapper durement.
(Source : Le Monde)
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