Union des Patrons et Professionnels Juifs de France
Vous êtes : Accueil » Tribune/Opinions» Actualités
Actualités
Le traître Judas a trouvé un alibi: il a obéi à Jésus, M. Ramoni
L'Evangile selon Judas était perdu depuis 2000 ans. Il réapparaît, offrant à Judas un alibi parfait. Assez surprenant, mais est-ce crédible ? (Menahem Macina).
Imprimer    Envoyer à un ami 
08/04/06
 
Article repris du site Le Matin (Suisse).
 
 
Depuis près de 2000 ans, Judas est le traître par excellence. Parce qu'il a livré Jésus pour trente deniers, il est devenu le grand méchant de Pâques. Mais, voilà, la découverte d'un manuscrit vieux de dix-sept siècles environ et que l'on croyait perdu vient rouvrir ce dossier millénaire. Mieux, ce texte prend la défense de Judas. En bref, ce nouvel apocryphe (c'est le terme technique pour désigner un texte ancien qui parle d'un personnage de la Bible) nous raconte que, si Judas a donné son maître, c'est parce que Jésus le lui avait demandé, pour qu'il puisse accomplir son destin terrestre!

Voilà, du moins, l'histoire telle qu'elle est racontée dans l'Evangile selon Judas, un texte qui vient d'être traduit par une équipe de chercheurs suisses. Et qui a été présenté en exclusivité mondiale, jeudi dernier à Washington, dans les locaux de la société National Geographic.

Peut-on pour autant prendre cette nouvelle version de l'histoire pour parole d'évangile? Et d'abord d'où sort-elle?

On connaissait l'existence de cet Evangile selon Judas grâce à la plume de saint Irénée, un évêque de Lyon de la fin du IIe siècle, qui avait parlé de ce texte considéré comme «provocateur». Mais on ne l'avait jamais lu. Cette lacune est désormais comblée. Car ce texte mystérieux est sorti quasi miraculeusement des sables égyptiens où il reposait depuis 1700 ans.

En effet, comme nombre d'antiquités, le manuscrit a connu quelques pérégrinations: d'abord volé à un marchand égyptien dans les années 1980, il a été retrouvé par celui-ci à Genève, où il arrive clandestinement, avant que son propriétaire ne l'emmène aux Etats-Unis. Là, il demeure dix-sept années à l'abri des regards, enfermé dans un coffre-fort... La voix de Judas reste silencieuse jusqu'à ce que son évangile tombe entre des mains bien intentionnées.

En 2001, Mario Jean Roberty, avocat passionné d'histoire, achète le précieux document pour la Fondation Maecenas, de Bâle, qu'il dirige. Il confie l'étude du texte à une équipe de chercheurs sous la direction du professeur Rodolphe Kasser, retraité de l'Université de Genève. Judas peut enfin raconter sa version des faits. Et l'événement est de taille. La National Geographic Society vient d'éditer deux livres grand public: le premier contient la traduction de l'?uvre avec des commentaires scientifiques vulgarisés, le second raconte l'histoire fabuleuse de sa découverte. En attendant qu'on puisse les découvrir en français, Mario Jean Roberty se fait le porte-parole du plus mal-aimé des apôtres.


On pensait que Judas s'était pendu après avoir trahi et livré Jésus. Ce n'est apparemment pas le cas dans cet évangile...

- Mario J. Roberty. Effectivement, mais il faut préciser que les quatre évangiles canoniques ne donnent pas tous cette version des faits. Si le traître se pend, en Matthieu, sous la plume des autres évangélistes, on ne sait pas trop ce qui lui arrive. Quoi qu'il en soit, Judas Iscariote reste une figure particulière dans les textes bibliques. Par exemple, il est le seul des douze apôtres qui vient de Judée et non de Galilée. C'est aussi lui qui tient la caisse. En fait, il a toutes les caractéristiques du mauvais Juif. Et naturellement c'est un traître...

- Que dit l'évangile qui porte son nom pour sa défense?


Le manuscrit dresse le portrait d'un personnage très marginalisé par ses compagnons. Judas s'en plaint d'ailleurs beaucoup, et Jésus le console. Certes, l'apôtre sera méprisé, mais il recevra une récompense, l'étoile la plus brillante du firmament. Dans cet apocryphe, Jésus lui-même mandate Judas pour qu'il le livre, car seulement la mort peut le libérer de son corps matériel et lui permettre de retourner auprès de Dieu. Et, comme selon l'Ecriture le Christ ne peut mourir qu'en martyr, Jésus demande à Judas de lui rendre ce service. Il motive sa requête en disant à son disciple qu'il est le seul à pouvoir réellement le comprendre: Judas a en effet la notion du Vrai Dieu, contrairement aux onze autres apôtres.

- Hormis cette «réhabilitation» de Judas, qu'est-ce qui fait l'originalité de l'oeuvre?


Il est vrai que l'idée d'un Judas mandaté par le Christ n'est pas complètement surprenante, puisque certains de nos contemporains, comme Marcel Pagnol, dans la pièce de théâtre «Judas», l'ont avancée sans même connaître le contenu de cet évangile. A mon sens, ce texte est particulier de par l'atmosphère qui s'en dégage; une atmosphère très pacifique et paisible. Il n'y a ni agressivité ni violence. Le texte est fait de nombreux dialogues entre Jésus et Judas, bien sûr, mais aussi entre tous les disciples. Jésus y apparaît comme un personnage très sympathique, qui rit beaucoup.

Que va changer l'Evangile de Judas au visage du christianisme?


La découverte de ce texte enrichit nos connaissances et notre compréhension de la naissance de la religion chrétienne. Jusqu'à ce que l'empereur romain Constantin institue le christianisme comme religion d'Etat au IVe siècle, la foi chrétienne est vue comme une tendance - ou secte - à l'intérieur du judaïsme. Mon impression est que le personnage de Judas a servi à distinguer cette nouvelle religion du judaïsme. Plus qu'une figure historique, c'est une figure politique: le but est de définir un groupe par rapport à l'autre et on symbolise les différences au travers de personnages. Judas devient ainsi la figure centrale par laquelle on justifie l'antisémitisme.

» Dans l'Evangile de Judas, en revanche, la fonction de l'apôtre est différente de celle des évangiles canoniques: là, il est l'instrument nécessaire à l'accomplissement de la mission divine du Messie déjà prévue par l'Ancien Testament. L'Evangile de Judas n'évoque d'ailleurs pas la Passion, mais se termine avec l'arrestation de Jésus, au moment où Judas reçoit son argent.

» Ce texte nous montre que, très tôt, la figure de Judas - qu'elle soit historique ou politique - n'est pas interprétée à l'unanimité. Cela doit nous amener à une nouvelle réflexion sur le christianisme d'une part et sur l'antisémitisme d'autre part.
 
Muriel Ramoni
 
© Le Matin Online
 
 
A voir et à lire

Quelques pages de l'Evangile de Judas seront exposées à la Fondation Bodmer, à Genève, à partir du 19 avril, et cela jusqu'en 2009.

Traduction et commentaires vulgarisés de l'Evangile de Judas :
 
Rodolphe Kasser, Marvin Meyer, Gregor Wurst, The Gospel of Judas, National Geographic Society ed., 2006
L'histoire d'une découverte, Herb Krossney, The Lost Gospel, National Geographic Society Ed., 2006.
 
 
Mis en ligne le 11 avril 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org
World wild web consortium
Moteur de recherche google
Search Engine google
Search Engine Yahoo
Moteur de recherche Yahoo
Moteur de recherche voila
GUYSEN ISRAEL News
AC-Medias.org
Agence Juive pour Israël
Alexandre Del Valle (site)
Aliya (Fondation Leavi)
Ambassade d'Israël en France
Ambassade d'Israël en Belgique
Amitiés Québec-Israël
Antisémitisme.info
Aroutz7
Belsef
Calendrier juif
Chrétiens et juifs
CID-Info
Communauté online
Connec'Sion.com
Conscience Politique
Consistoire de Paris
Coordination Lutte antisémitisme
CRIF
Desinfos.com
Die Jüdische (en allemand)
Europolitica
Facts of Israel (bilingue)
Famous Jews
France-Israël
Franceisrael.info
Guysen
Hébreu (Morim)
Hebreunet.org
Histoire juive
Infoweb-J
Honestreporting
Israel Hasbarah Committee
Israël Magazine (fr)
Isranews.com
IsraTV
Jerusalem Post (français)
JTA
Judeoscope (Québec)
KKL
Laïc-info
Lutte contre le négationnisme
MediaLine
MEMRI (presse arabe traduite)
Middle East sites
Ministère israélien de l'Aliyah
Myths and facts
Négation de la Shoah
Objectif Information
Observatoire Médias Palestiniens
Palestine Facts
Palestinian Medias Watch (PMW)
Presse mondiale sur le Web
Primo-Europe
Proche-orient.info
Révisionisme démasqué
Shalom Israël
Sionisme (un siècle de)
Tsahal en anglais
UEJF
Un écho d'Israël
UNIFAN, portail de l'alyah francophone
Valeurs actuelles