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Réunions à Matignon après une septième nuit démeutes
"Les appels au calme au sommet de lEtat ny auront rien fait. La banlieue parisienne a connu mercredi soir une septième nuit consécutive d'émeutes, notamment en Seine-Saint-Denis, où les CRS ont essuyé des tirs à balles réelles. Dominique de Villepin a présidé plusieurs réunions de travail jeudi. Il a averti que l'"Etat républicain ne cédera pas" face aux violences. Une information judiciaire a été ouverte dans l'affaire des jeunes électrocutés à Clichy-sous-Bois."
03/11/05
Texte repris du site de RTL
La violence dans les banlieues mobilise à nouveau le gouvernement ce jeudi (3 novembre). Soucieux denterrer les tensions avec son ministre de lIntérieur, Dominique de Villepin a convié Nicolas Sarkozy à deux réunions sur le dossier des banlieues à l'Hôtel Matignon. La première séance s'est tenue, tôt dans la matinée, durant une heure et quarante-cinq minutes, en présence du ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, et d'une quinzaine de députés et maires UMP de la banlieue parisienne et de province. Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ont déjeuné ensemble à Matignon. Le chef du gouvernement s'est ensuite rendu au Sénat, où il a participé aux questions d'actualité. Il a affirmé que "l'Etat républicain ne cédera pas" et que "l'ordre et la justice auront le dernier mot". En fin daprès-midi, le Premier ministre a reçu des élus locaux et des représentants dassociations, afin, selon Matignon, "d'être au plus près des réalités du terrain et de répondre aux préoccupations des habitants des zones urbaines sensibles", un terme préféré à celui de banlieues difficiles. Toutes ces consultations s'inscrivent dans la préparation du "plan d'action", promis mercredi par M. de Villepin pour la fin du mois.
Quant au ministre de l'Intérieur, il a reçu, en milieu de journée, les familles de Zyed et Bouna, les deux adolescents électrocutés, la semaine dernière, à Clichy-sous-Bois. Il leur a présenté l'avancement de l'enquête de l'Inspection Générale des Services de police (IGS). Selon les premiers résultats de l'enquête administrative, les jeunes n'étaient pas poursuivis par les forces de l'ordre. Un policier avait prévenu ses collègues par radio du risque que deux jeunes, qu'il venait d'apercevoir, cherchent refuge dans le transformateur EDF, où ils sont morts. Le procureur de la République de Bobigny a annoncé l'ouverture d'une information judiciaire contre X., pour non assistance à personnes en danger, dans cette affaire.
Escalade en Seine-Saint-Denis
C'était, jeudi, la fin du ramadan, un jour de fête pour les musulmans à la fin d'un mois de jeûne. Pourtant, dans la plupart des cités d'Ile de France le coeur n'y est pas cette année. Depuis une semaine, et plus encore depuis trois jours, les nuits sont violentes, des centaines de voitures partent en fumée, des magasins, des bâtiments publics sont détruits. Et pour la septième nuit daffilée, la banlieue parisienne sest embrasée mercredi (2 novembre) soir. La Seine-Saint-Denis a été une nouvelle fois le théâtre de violents affrontements. Le bilan est assez impressionnant. Selon le préfet, pas moins de vingt communes ont été touchées, cest-à-dire une sur deux ; 177 voitures ont brûlé. Les forces de lordre ont essuyé quatre tirs à balles réelles, qui nont pas fait de blessés. Quarante-et-une personnes ont été interpellées (ce qui porte le chiffre à 143 en une semaine). Au total, 1.000 policiers ou gendarmes mobiles étaient mobilisés dans ce seul département au cours de la nuit.
Les quartiers limitrophes de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil, "berceau" des émeutes il y a près d'une semaine, ont connu peu de troubles. En revanche, les échauffourées se sont étendues à La Courneuve, Bobigny, Bondy, Villepinte, Stains, Sevran, Tremblay-en-France, Livry-Gargan, ou encore Le Bourget. Cest à Aulnay-sous-Bois que la soirée a été la plus chaude. Des jeunes gens ont fait une incursion dans le poste de police du Gallion, toujours fermé la nuit, rue Edgar Degas. Après avoir fait lobjet dune tentative d'incendie en début de soirée, il a été saccagé un peu plus tard. Un concessionnaire Renault et un restaurant sont également partis en fumée, tout comme deux classes d'une école primaire et une voiture de France 2. Les trois journalistes qui se trouvaient à bord ont abandonné le véhicule aux émeutiers. Les policiers et les pompiers, débordés, ont été caillassés à de multiples reprises.
Un gymnase a été incendié au Blanc-Mesnil, commune limitrophe d'Aulnay-sous-Bois. Un pompier a été brûlé au second degré au visage par un cocktail Molotov lancé dans son véhicule, et deux autres ont été légèrement blessés. Plusieurs engins des pompiers ont été endommagés par des tirs de projectiles. Quatre tirs à balles réelles ont été enregistrés dans le département. Les CRS en ont essuyé deux à La Courneuve ; les projectiles nont atteint personne. Cela sest passé à la cité Balzac, celle-là même que Nicolas Sarkozy avait promis de nettoyer au karcher. La préfecture de Seine-Saint-Denis, Bobigny, a été le théâtre de violences inhabituelles, en fin d'après-midi. Une partie du centre commercial Bobigny 2 a été vandalisée par une quarantaine de personnes encagoulées, et une voiture a été incendiée devant la préfecture, située à 200 mètres. En fin de soirée, le ministre de lIntérieur sest rendu dans la ville, sans micros ni caméras. Pendant près d'une heure, accompagné du directeur général de la police nationale Michel Gaudin, il a participé à "une réunion de travail, pour faire le point" sur les événements de la nuit.
Les Hauts-de-Seine touchés à leur tour
Dautres départements ont aussi vécu des scènes de violences. En Seine-et-Marne, dix feux de véhicules ont été signalés. Six véhicules ont aussi brûlé dans le Val d'Oise. Des dizaines de véhicules ont été incendiés dans les Hauts-de-Seine, où deux cocktails Molotov ont été lancés sur un commissariat d'Antony. Policiers et pompiers ont été caillassés à Villeneuve-la-Garenne, lors d'interventions sur des feux de véhicules et de containers à poubelles. Un homme a été interpellé. A Suresnes également, deux personnes ont été arrêtées, et plusieurs voitures ont été incendiées. Une autre a brûlé à Gennevilliers.
Des peines de un et trois mois de prison ferme ont été prononcées, mercredi soir, à Bobigny contre deux des six jeunes adultes qui comparaissaient pour des violences commises, lundi, à Clichy-sous-Bois.
De Villiers en Seine-Saint-DenisMardi dernier, Philippe de Villiers dénonçait le "Sarkoshow". Le président du Mouvement pour la France a tenté, jeudi, un coup médiatique, en se rendant dans deux villes-symbole de Seine-Saint-Denis.
Il est dabord allé à Epinay-sur-Seine, avec Jacques Bompard, exclu du Front national en septembre dernier. Les deux hommes ont officiellement annoncé leur union. Lancien frontiste rejoint le MPF.
Ils se sont ensuite rendus à Villepinte où ils ont été accueillis par le maire-adjoint chargé de la sécurité, Dominique Bailly, un élu MPF, et ont rencontré une dizaine d'habitants du département.
Pendant ce temps, les réactions politiques fusent toujours. Le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, a estimé que "la fermeté doit rester de mise" tout comme "la main tendue" du gouvernement, pour tenter de répondre aux violences urbaines.
Le président de l'UDF François Bayrou demande "un front commun national" pour répondre aux violences urbaines. Même posture pour Jean-Marc Ayrault : le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale réclame "un grand débat national" pour sortir de cette crise face à laquelle "le gouvernement (...) semble dépassé".
Le premier secrétaire du PS François Hollande parle d'un échec du gouvernement en matière de sécurité. Le président du Front national Jean-Marie Le Pen a estimé que "c'est la France elle-même qui est attaquée, par des hordes (...) étrangères".
Loïc Farge
Mis en ligne le 03 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











