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Dialogue interreligieux
Comment parler de la Shoah à Jérusalem-est?, Michaël Bloch
Alors que le débat sur la Shoah organisé en Tunisie sous l'égide du projet ALADIN a fait salle comble *, celui qui a eu lieu à Jérusalem-est s'est soldé par un échec, comme le relate le journaliste Michaël Bloch pour GUYSEN INTERNATIONAL NEWS.
Les diatribes négationnistes à répétition du président iranien Mahmoud Ahmadinejad ont agi comme un révélateur. Le 27 mars 2009, est lancé le projet Aladin sous le haut parrainage de l'ancien président français Jacques Chirac, du chef de l'Etat sénégalais Abdoulaye Wade et du Prince El Hassan ben Talal de Jordanie. Son objectif, selon la la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, "combattre le fossé d'incompréhension entre ces deux peuples" et lutter contre le négationnisme en Iran et dans les pays arabes. 10 mois plus tard, la présidente du projet Aladin, Anne-Marie Revcolevschi était mardi 26 janvier à Jérusalem-est pour expliquer le but son projet et pour commémorer, en lisant des extraits de Primo Levi en arabe, le 65ème anniversaire de la libération d'Auschwitz. Problème: tout ne s'est pas passé comme prévu.
Anne-Marie Revcolevschi était prête au combat. Prête à aller à Ramallah plutôt qu'à Jérusalem-est, prête à expliquer pourquoi on ne pas peut comparer le conflit israélo-palestinien à la Shoah. Mais, elle aura sans doute été déçue. Une salle clairersemée (environ 25 personnes), peu de palestiniens et une majorité de français et d'israéliens.
Des sources anonymes proche de l'organisation nous l'ont confirmé, la réunion a été un échec :"Cela n'a pas été une réussite. Il suffisait de voir le nombre de Palestiniens dans la salle alors que le public du centre culturel est censé être palestinien. L'objectif du débat était pourtant d'intéresser les Arabes."
"Il faut toujours parler la langue de l'autre."
Echec, le mot est lâché. D'autant que la lecture en arabe des extraits de Primo Levi a finalement été annulée. Mme Revcolevschi, interrogé au micro de Guysen a également regretté l'absence d'une telle lecture :" Nous avons eu tout d'abord un problème de langue. Je pensais qu'il y aurait une traduction en arabe. A Nazareth mercredi, il y aura une traduction en arabe simultanée. Mais s'il n'y a pas de traduction, c'est presque antinomique du projet. Il faut toujours parler la langue de l'autre."
Le projet intitulé " Lire Primo Levi au Caire, à Rabat, à Casablanca, à Istanbul, à Tunis, à Bagdad, à Irbil, à Amman, à Nazareth et à Jérusalem" semblait pourtant prometteur mais cette première réunion aura été décevante.
Quelques échanges en anglais entre deux arabes et la présidente du projet Aladin aura néanmoins marqué la partie débat. Une confrontation animée mais cordiale.
Des amalgames entre la Shoah et Gaza?
"Comme être humain, je condamne ce qui s'est passé à Auschwitz, mais je condamne aussi ce qui arrive aux Palestiniens" expliquait un arabe de la salle. La comparaison entre les deux événements n'est jamais loin. Même si ce palestinien se défendait d'amalgamer les deux "tragédies".
Sur le site internet du projet Aladin, on tentait de répondre à ces question et de montrer les différences entre les deux événements: "Le conflit entre Israël et les Palestiniens n'est pas racial mais national; il est politique et territorial. C'est une lutte entre deux peuples pour une petite terre. Au cours des décennies cette lutte a oscillé entre violence et tentatives de négocier une solution. En l'absence d'un accord de paix, la violence continue à tourmenter Arabes et juifs et les difficultés des Palestiniens perdurent."
Mais, à Jérusalem-est, l'idée d'une injustice historique infligée aux Palestiniens est solidement ancrée. C'est ce qui explique aussi le peu d'intérêt des Palestiniens pour ce projet et pour la question de la Shoah.
Selon une source confidentielle proche de l'organisation: "On vient leur parler de la Shoah alors qu'eux même sont dans une situation qu'ils conçoivent comme un désastre. Pourquoi on vient leur parler de quelque chose qui s'est passé il y a 60 ans alors qu'ils vivent eux-mêmes une situation difficile."
Le conflit israélo-arabe, l'épine du projet Aladin
Cette personne regrettait que le projet ait débuté par Jérusalem: "Bien sur, des blocages se produiront ailleurs. Mais, c'est tout de même moins sensible de parler de cela en Turquie ou au Maroc."
La direction du projet Aladin sait à quel point le conflit israélo-arabe peut empêcher la réalisation du projet. "Les Palestiniens ne souhaitent pas faire des efforts sur les questions de racisme anti-juif alors qu'ils se sentent eux-mêmes victime de racisme", pouvait-on entendre au sortir de la conférence. C'est pourquoi la direction du Projet Aladin doit encore et toujours faire preuve de pédagogie.
Parler de la Shoah ne profite pas à Israël explique le site internet du projet Aladin: "Non. La Shoah n'est pas un problème israélien et, de plus, le négationnisme de certains musulmans ne s'est pas avéré être d'une grande utilité pour la cause palestinienne.(
). Reconnaître la Shoah n'entraîne pas le désaveu des droits des Palestiniens, pas plus que cela ne renforce leur arguments."
Un message qui a encore eu du mal à passer mardi à Jérusalem. L'absence d'un public arabe d'importance était peut être la pire des réponses pour les courageux promoteurs du projet Aladin
* Sur le projet Aladin en Tunisie, voir l'article que nous avons mis en ligne ici.











