30/10/09
Sur le Blogue Sultan Knish, 22 septembre 2009
Texte original anglais : Why Israel is Losing the Military and Media Wars
Traduction française : Marcoroz, pour upjf.org
Note à lattention des responsables de sites et blogues : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-17361-145-7-israel-perd-guerres-militaires-mediatiques-daniel-greenfield.html#
A intervalles réguliers, des hommes politiques désorientés et dautres responsables dépassés organisent des conférences afin dessayer de comprendre pourquoi la Hasbara ne réussit pas et pourquoi Israël ne parvient pas à faire entendre son point de vue. Comme toujours, on leur suggère de recourir davantage aux cabinets de conseil en relations publiques, de trouver des manières innovantes de faire passer leur message, dutiliser lInternet de façon plus astucieuse, et, bien sûr, cette éternelle tarte à la crème : présenter une nouvelle image dIsraël. Naturellement, ils suivent ce conseil, mais avec pour seul résultat dorganiser une nouvelle conférence un an plus tard, afin dessayer de comprendre pourquoi rien na changé.
La réponse est assez simple. Une opération de relations publiques pour se défendre, cest comme une guerre défensive, ce nest jamais efficace. Or, dans les relations publiques comme sur le champ de bataille, cela fait maintenant plusieurs décennies que les Israéliens sont sur la défensive. Résumé en une seule phrase, le message dIsraël donne ceci : « Nous navons rien fait de ce dont on nous accuse ». Cest le genre de message quon sattend à entendre dans la bouche daccusés lors dun procès pénal, et cest le genre de message qui nimpressionne personne. Son seul effet est de susciter un débat sur la validité des accusations mêmes, soit léquivalent, en termes de relations publiques, de ce qua été Stalingrad pour le front russe.
La récente affaire Aftonbladet [1] est lexemple même dun scénario démontrant que la stratégie défensive dIsraël en matière de relations publiques est vouée à léchec, encore et toujours. Le tabloïd suédois, Aftonbladet, a publié un article dont lauteur prétendait que des soldats israéliens tuaient des Arabes palestiniens pour prendre leurs organes. Le gouvernement israélien a déclaré que cet article ne présentait aucune preuve, que rien de tel ne sétait jamais produit, et il a exigé un démenti du journal et sa condamnation par le gouvernement suédois. Le seul résultat quIsraël ait obtenu a été de faire connaître au monde cette fausse allégation et de susciter ainsi un débat sur le point de savoir si les soldats israéliens tuaient ou non des Arabes palestiniens pour semparer de leurs organes. Il ne restait plus à lauteur de larticle, ravi de sa notoriété toute fraîche, quà aller plus loin encore dans ses allégations [2] et à entreprendre une tournée dans le monde arabe. Quant aux propagandistes gauchistes, ils ne peuvent que rire de la tournure prise par les événements, car, une fois de plus, Israël sest fait pigeonner en entrant dans le jeu, perdu davance, de sexpliquer publiquement en position défensive.
Toute guerre défensive est une réaction passive. Depuis vingt ou trente ans, Israël sépuise à ne faire que réagir. Par réagir, je veux dire quIsraël continue à répondre aux attaques dont il est lobjet au lieu de reprendre loffensive. Lors de la guerre des Six-Jours, Israël avait réagi au plan dattaque de Nasser en le devançant et en passant à loffensive. Résultat : Israël a connu son heure de gloire. Lors de la guerre du Kippour, Israël a attendu passivement, et il a failli être détruit.
Peut de pays peuvent se permettre de se limiter à réagir et à se défendre, et Israël moins que tout autre, car il est dépassé en nombre par des ennemis plus grands et plus nombreux qui peuvent lavoir à lusure en recourant simplement à la force brute. Et cest exactement ce qui se passe, aussi bien dans les médias que sur le champ de bataille. La campagne de terrorisme planifiée, financée et menée dabord par lURSS, puis par le monde arabo-musulman, a laminé Israël, militairement et politiquement.
Les plus grandes ressources dIsraël étaient sa capacité dinnovation, sa mobilité et son génie, des qualités exploitables surtout dans une offensive. Mais Israël est resté sur la défensive, ne cessant de battre en retraite, dabandonner le territoire physique et idéologique à ses ennemis, tout en se demandant combien il devait céder encore pour arrêter lhémorragie, ce qui est précisément le type de réaction qui ne peut que lacculer encore davantage à la défensive.
Israël veut une solution au conflit. Cest aussi ce que veulent ses ennemis, tant dans le monde musulman quà gauche et à lextrême droite. Une solution finale. Chaque tentative dIsraël de proposer une solution na abouti quà le rapprocher de cette solution finale. Plus Israël a voulu montrer sa bonne volonté, plus il sest trouvé acculé à la défensive. Lobjectif des gouvernements israéliens successifs nest plus dêtre une grande nation ni une nation forte, mais dêtre une nation qui plaise à tout le monde.
Le problème, cest que "tout le monde", cest un milliard de musulmans et un nombre important de gauchistes qui considèrent lexistence même dIsraël comme une offense à leurs convictions profondes. Et puis, il y a les intérêts commerciaux des Occidentaux, qui croient que les Arabes seraient bien plus aimables avec eux sil ny avait pas Israël entre eux. Et la Russie, qui entretient des guerres au Moyen-Orient comme un jardinier entretient ses fleurs. Enfin, il y a le reste du monde, qui nest pas trop porté à embrasser la cause de perdants qui ne cessent de sexcuser dexister et coupent leur pays en morceaux pour gagner la faveur de terroristes qui tentent de les faire disparaître de la surface de la terre.
Pour résumer le problème en termes simples, plus Israël se met sur la défensive, plus il saffaiblit, non seulement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan politique. Les conflits de réaction sont extrêmement épuisants. Ils obligent à veiller constamment à léventualité dattaques, puis à sefforcer de les contrer. Dans ce genre de scénario, lavantage est toujours à lattaquant, qui dispose de plus de temps pour préparer son offensive, et de plus despace pour se retirer en cas déchec.
Frapper et disparaître dans le désert, puis frapper à nouveau, telle était la stratégie classique de pillage des brigands arabes, parmi lesquels un charmant coupeur de têtes nommé Mohammed. Au temps du Mandat britannique, le général anglais Orde Wingate, qui devait jouer un grand rôle dans lélaboration de la doctrine des futures forces de défense israéliennes, répondait à ces attaques en allant combattre lennemi avec de petites unités mobiles et rapides et garder ainsi linitiative de loffensive.
Le passage suivant, tiré du site officiel consacré à Wingate, explique cela très bien :
Bien quimpressionné par le dévouement et lesprit de sacrifice qui régnaient au sein de la Haganah, Wingate était exaspéré par le caractère défensif des forces juives. Il se rendait compte quelles ne pourraient pas stopper la violence avec leurs tactiques défensives et leurs fortifications. Par sa politique de modération, la Haganah abandonnait linitiative et la mobilité aux combattants arabes.
Les Britanniques essayaient de compenser cela par une défense active avec des opérations mobiles de ratissage et de frappe, et le maintien dimportantes positions statiques pour conserver un contrôle gouvernemental efficace. Des colonnes mobiles et des patrouilles étaient envoyées pour traquer les rebelles partout où ils se terraient. Les mouvements et les actions des Britanniques sont cependant devenus répétitifs et réguliers. Avec un ennemi souvent impossible à distinguer de sa base de civils et des troupes souvent stationnées près des zones arabes peuplées de civils, "il était difficile de garder secrètes des opérations menées dans un milieu largement hostile, si bien que lélément de surprise était perdu ; en même temps, obtenir une information fiable sur lennemi était difficilement possible."
A propos dune importante intervention des forces britanniques, un responsable juif fit ce commentaire :
« Ils franchissaient les collines et les vallées, et apparaissaient finalement avec quelques pistolets turcs rouillés et quelques cartouches vides [...] Les bandits arabes navaient quà dissimuler leurs armes et se mêler à la population des villages. Non seulement la formidable armée britannique ne trouvait absolument rien, mais elle se discréditait et se ridiculisait aux yeux de toute la population. »
En 1938, le général Archibald Wavell, commandant intérimaire des forces britanniques en Palestine, fut obligé de reconnaître que de telles actions, de même que les bombardements aériens, avaient seulement « un effet temporaire ».
Wingate envisageait de petites unités mobiles de volontaires triés sur le volet, qui combattraient de façon agressive et non conventionnelle [...]
« Il nexiste quun moyen daffronter cette situation : cest de convaincre ces bandes quavec leurs raids crapuleux, ils ont toutes les chances de se retrouver face à une coalition étatique déterminée à les détruire, non par des échanges de coups de feu, tirés à distance, mais par un assaut physique avec des baïonnettes et des bombes. »
La nouvelle unité devait porter la guerre chez lennemi, lui ôter linitiative et le déstabiliser. Il sagissait donc de
« créer dans leur esprit la conviction que les forces gouvernementales agiraient la nuit et sauraient les surprendre dans les villages ou dans la campagne ».
Ce serait une force constituée de Britanniques et de Juifs agissant sous son commandement et se déplaçant principalement la nuit dans les zones de combats, forte des alliés de la nuit : la tromperie, la surprise, le choc.
Depuis, Israël a oublié les leçons de Wingate qui avaient permis à Tsahal de devenir cette force redoutable quelle était. Israël en est revenu aux fortifications et aux sentinelles... et au modèle des troupes dassaut britanniques qui accomplissaient dans le désert des démonstrations de force aussi spectaculaires que totalement inutiles. Et cela est vrai non seulement dIsraël, mais également des États-Unis depuis 2004.
Avec des tactiques défensives, on ne peut pas gagner. On ne peut que perdre son sang. Et Israël perd cruellement son sang. Ce pays qui avait réussi Entebbe, qui était allé sauver des otages sur un autre continent, nest même plus capable de sauver un seul de ses soldats retenu en captivité à lintérieur de ses propres frontières. Ce pays, autrefois salué comme un symbole de résurrection, a été diabolisé dans le monde entier. Et le pire, dans tout cela, cest quIsraël est resté passif et a laissé faire.
Israël est trop petit pour pouvoir continuer de perdre son sang indéfiniment. Ses soldats et sa population nen peuvent plus de devoir toujours être sur le qui-vive et attendre continuellement dêtre attaqués. Ses citoyens et ses défenseurs dans le monde entier se lassent de devoir répondre à des accusations toujours plus grotesques. Cela ne peut pas durer éternellement. Les dirigeants israéliens lont compris, mais ils nen ont pas tiré les bonnes leçons et ont décidé daller encore plus loin dans la défensive en négociant avec lennemi. Ils se sont trompés. Lourdement.
Pour survivre face à des ennemis plus grands que lui, un petit pays doit être prompt à lattaque, il doit être craint, il doit jouer sur leffet de surprise et cultiver sa réputation davoir des capacités surhumaines. Israël a été comme cela autrefois. Maintenant, il nen reste plus rien. Mais sil veut survivre, il faut quil retrouve toutes ces caractéristiques.
Le problème dIsraël, ce nest pas le terrorisme mais la défensive. Israël possède la capacité de détruire toute organisation terroriste à lintérieur de ses frontières en lespace dun mois. Israël na pas vraiment un problème de relations publiques. Son problème provient dun conflit continuel avec des organisations terroristes qui ont de nombreux sympathisants à létranger. Quil détruise les organisations terroristes, quil reprenne le contrôle des territoires contestés, et ce problème de relations publiques ne sera plus quune fraction de ce quil était. Plus important : le problème perdra sa signification.
La guerre médiatique contre Israël, la guerre juridique et les diverses autres formes de guerre asymétrique nécessitent un investissement en ressources. Pour quil soit intéressant dinvestir dans ces ressources, il faut que ce soit visiblement payant. Plus Israël reste sur la défensive, plus ses ennemis obtiennent des gains territoriaux et politiques, et plus ces tactiques semblent payantes. Inversons ce scénario, et ces ressources seront réinvesties ailleurs, faute de produire des résultats tangibles.
Il a été démontré que les techniques utilisées par Israël contre le terrorisme ne changeaient pas grand-chose à la manière dont il était diabolisé. Que les tanks israéliens fracassent lenceinte dArafat, ou quIsraël construise une clôture frontalière défensive et non-violente, il est toujours diabolisé de la même manière. Il en est ainsi parce que la diabolisation nest pas une réponse morale à une politique particulière, mais un état dhostilité permanent dirigé contre Israël pour soutenir les terroristes musulmans et marxistes. Le seul moyen de mettre fin à cette diabolisation consiste à supprimer sa motivation, cest-à-dire à supprimer les terroristes.
Les accords dOslo nont nullement atténué la diabolisation dIsraël dans le monde. Au contraire, après une brève lune de miel, ils lont aggravée de façon significative. En effet, on se rapprochait du but recherché. Cest que plus Israël faisait de compromis, et plus sa position au plan international se détériorait. En faisant des compromis, Israël montrait sa faiblesse à ses ennemis comme à ses alliés, si bien quil encourageait les premiers et quil amenait les derniers à réévaluer sa capacité de survie. Plus Israël a été sur la défensive, plus le terrorisme et la diabolisation dIsraël sont devenus terribles. Cest tout à fait naturel. Quand on bat en retraite, le feu de lennemi nen devient que plus nourri.
Pour beaucoup de Juifs, dIsraéliens et de sympathisants, qui voient en Israël une nation luttant contre la terreur marxiste et islamiste, le problème semble impossible à résoudre. Politiquement et militairement, la situation est un nud gordien, fait de complexités enchevêtrées. Il faudrait un Alexandre ou un Wingate pour trancher ce nud. Les problèmes que rencontre Israël sur le plan médiatique et sur le plan militaire trouvent leur origine dans une stratégie défensive suite à laquelle le pays sest retrouvé pris dans ce nud gordien. Pour survivre, Israël doit prendre loffensive, trancher le nud et assurer son propre salut, ou périr étouffé par ce nud dans lequel ses ennemis lont enserré.
Daniel Greenfield
© Sultan Knish
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Notes dupjf.org
[*] Sur ce "blood libel" à la suédoise, voir : Donald Boström, "«On vole nos fils pour prendre leurs organes»" (25 août 2009) ; M. Macina, "L «aftonbladette» comme Boström, recette pour criminaliser, à lancienne, les Israéliens" (même date).
[2] Voir : "Donald Boström récidive: «Le vol d'organes par l'armée israélienne dépasse les 1000»"
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Mis en ligne le 30 octobre 2009, par











