26/08/09
The Jerusalem Post, 23 août 2009
Texte original anglais : "Abusing freedom of speech".
Traduction française sur le site Le Post.fr, 24 août 2009
Après avoir vécu une révolution en Roumanie, suivie de cinq années passées en Egypte, jai apprécié quand mon mari a été nommé ambassadeur en Suède.
Vraiment, jattendais impatiemment de voir ce que cela faisait dêtre nommé à notre dernier poste dans un pays occidental ami. Cette fois, nous ne serions pas isolés, il y aurait de brillantes cérémonies officielles, des invitations pour les événements royaux, et nous nous prélasserions dans une ambiance amicale.
Eh bien, ça ne sest pas exactement passé comme ça. Cétait lépoque de la seconde Intifada, et personne, personne ne nous aimait.
Ainsi, par exemple, quand une gigantesque manifestation fut organisée contre les Etats-Unis, après leur invasion de lIrak, en 2003, les gens ont marché par dizaines de milliers sous notre fenêtre, en se dirigeant vers lambassade américaine. Parmi les nombreuses banderoles ostensiblement exposées, une était particulièrement saisissante, elle disait en lettres noires : « Bombardez Tel-Aviv, pas Bagdad ».
Quelques semaines plus tard, lUnion des étudiants de luniversité de Stockholm décida dorganiser une « Journée de la Palestine », qui devait se terminer par un débat auquel lambassadeur dIsraël était convié.
Zvi [Mazel] fit un bon discours diplomatique sur la nécessité de compromis et de réconciliation, qui fut accueilli par un silence. Puis, le représentant palestinien prit la parole et se lança dans une violente diatribe contre les sauvages soldats israéliens :
« Quand ils remarquent une femme palestinienne enceinte, ces bêtes commencent à parier pour savoir si cest un garçon ou une fille, et ensuite, ils EVENTRENT LA FEMME VIVANTE pour savoir qui a gagné. De plus, ajouta-t-il, « aucune jeune femme palestinienne nest à labri des soldats : si elle est jolie, ils la mettront nue et lobligeront à marcher dans les rues de Jérusalem. »
Je peux encore me souvenir du choc que jai ressenti. Nous étions, après tout, dans lauditorium dune université dun pays occidental moderne, pas à Ramallah ou à Téhéran.
Comme prévu, lauditoire siffla et hua les Israéliens tant haïs. Et pourquoi pas ? Nous étions quotidiennement mis au pilori dans la presse. Mais ça alla de mal en pis. Assez rapidement, cette haine se retourna contre la communauté juive. En octobre 2003, un dénommé Jan Samuelsson, un soi-disant expert en religion et histoire religieuse, publia un article dans un des principaux quotidiens, Dagens Nyheter - un journal du matin avec un tirage équivalent à celui de Aftonbladet , expliqua quil était légitime de haïr les juifs aussi longtemps quIsraël occuperait les territoires arabes.
Voici quelques morceaux choisis de cet article :
« La haine musulmane des juifs est justifiée »
« La haine des juifs est essentiellement un phénomène moderne suscité par les crimes commis par lEtat dIsraël contre les Arabes au Moyen-Orient ».
En conséquence, lAmbassade Israélienne protesta, mais devinez quoi ? La sacro-sainte liberté dexpression prévalut et rien ne fut fait.
Les juifs suédois comprirent rapidement le message : « Hillelskolan », lécole juive, fut mise sous protection policière et lon conseilla à ses élèves denlever leurs couvre-chefs et leurs étoiles de David quand ils quittaient les lieux. Leurs parents reçurent le même conseil. Jusquà aujourdhui, les religieux qui viennent dIsraël se voient demander de porter un chapeau plutôt quune kippa.
ASSUREMENT, une partie de tout ça peut être attribué à limportante communauté musulmane qui vit en Suède de nos jours 500 000 personnes sur un total de 9 millions dhabitants. A Stockholm, les juifs âgés, la plupart dentre eux survivants de lHolocauste, étaient conviés chaque vendredi à un «Oneg Shabat» [litt. "délices du shabbat" dans limmeuble de la communauté. Jy ai participé quelques fois et je my suis rendue au début de mars 2004 pour dire au revoir. Un très vieil homme, avec un très fort accent polonais, sortit un journal de sa poche.
« Il est écrit ici », me dit-il, « que dans la grande mosquée de Stockholm, ils ont distribué des dépliants et des cassettes appelant à supprimer les juifs, fils de cochons et de singes. Il est également dit quun porte-parole du gouvernement a déclaré quil ny avait pas de motif pour intervenir. Quavez-vous à dire là-dessus ? »
Il ny avait pas grand-chose à dire.
Une fois de plus, lAmbassade dIsraël protesta ; une fois de plus la vénérée cape de la sacro-sainte liberté dexpression fut jetée sur ce qui ne pouvait être décrit que comme de lantisémitisme flagrant.
Ce fut une autre femme âgée qui finit par mettre des mots sur la peur quils ressentaient tous :
« Vous êtes sûrement trop jeune pour vous en souvenir, mais cest ainsi que ça a commencé en Allemagne ».
Je mempressai de faire remarquer que la situation était complètement différente, en ce sens que le gouvernement suédois protégerait ses citoyens et quil semployait vraiment à combattre lantisémitisme. Le Premier Ministre, Goran Persson, navait-il pas organisé, non pas un mais trois séminaires internationaux sur le thème de lHolocauste ?
Je ne suis pas certaine quils maient cru. A peine un mois auparavant, le même gouvernement suédois avait financé linfâme exposition glorifiant la femme palestinienne qui sétait fait exploser au milieu de la foule dun restaurant bondé de Haïfa en octobre 2003, tuant 21 personnes [*]. Ce « travail artistique » montrant une photo delle, maquillée, le visage souriant, flottant sur une mer deau rouge censée rappeler le sang, avait été choisi pour louverture officielle dun nouveau séminaire international dédié à une digne cause : « empêcher les génocides ».
Et quand lambassadeur Israélien, après avoir vainement protesté, prit lui-même laffaire en main et balança à leau les projecteurs qui illuminaient cette horreur, les trois principaux journaux protestèrent devant cette intolérable attaque contre la liberté dexpression artistique.
Le jour suivant, lexposition était rétablie dans toute sa gloire.
Quand, un an plus tard, les musulmans protestèrent contre une peinture, exposée dans un musée de Gothenburg, quils jugeaient insultante, ils le firent avec beaucoup plus defficacité. Une lettre anonyme expliqua ce qui arriverait à la femme et aux enfants du conservateur si le tableau nétait pas enlevé sur le champ.
Ce qui fut fait immédiatement.
Michelle Mazel *
* Lauteur de larticle est lépouse de lancien ambassadeur, Zvi Mazel. Elle est lauteur de « La femme de lAmbassadeur », un récit personnel des huit années quelle passa au Caire avec son mari.
© The Jerusalem Post
[*] Pour mémoire, notre site avait, en son temps, documenté lévénement. Voir "Terroriste souriante dans une piscine de sang: colère de l'ambassadeur d'Israël", (17/01/04) ; "Le scandale de Stockholm, rappel des faits et Pétition", (19/01/04) ; et surtout : "Ce qu'a réellement vu l'ambassadeur d'Israël en Suède", (18/01/04).
Mis en ligne le 26 août 2009, par
POUR MEMOIRE

la piscine de sang sur laquelle flottait la photo de la meurtrière
de 21 civils innocents massacrés dans lexplosion du restaurant "Maxim",
à Haïfa, le 4 octobre 2003.
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21 
1. Zeev Almog, 71 ans, Israélien, Amiral de réserve, Haïfa.
2. Ruth Almog, 71 ans, Israélienne, Haïfa.
3. Moshe Almog, 43 ans, Israélien, Haïfa.
4. Tomer Almog, 9 ans, Israélien, Haïfa.
5. Assaf Staier, 11 ans, Israélien, Haïfa.
(Tous de la même famille!)
6. Bruria Zer-Aviv, 59 ans, Israélienne, kibboutz Yagur.
7. Bezalel Zer-Aviv, 30 ans, Israélien, kibboutz Yagur.
8. Keren Zer-Aviv, 29 ans, Israélienne, kibboutz Yagur.
9. Liran Zer-Aviv, 4 ans, Israélien, kibboutz Yagur.
10 Noya Zer-Aviv, 1 an, Israélienne, kibboutz Yagur.
(Tous de la même famille!)
11. Hana Francis, 39 ans, Arabe israélien, Fassouta (Galilée).
12. Mutanus Karkabi, 31 ans, Arabe israélien chrétien, Haïfa.
13. Sharbal Matar, 23 ans, Arabe israélien, Fassouta (Galilée).
14. Osama Najar, 28 ans, Arabe israélien chrétien, Haïfa.
15. Zvi Bahat, 35 ans, Israélien, Haïfa.
16. Mark Biano, 29 ans, Israélien, Haïfa.
17. Naomi Biano, 25 ans, Israélienne, Haïfa.
18. Nir Regev, 25 ans, Israélien, Naharia.
19. Irena Sofrin, 38 ans, Israélienne, Kiryat Bialik.
20. Lidya Zilberstein, 56 ans, Israélienne, Haïfa.
21. George Matar, 59 ans, Arabe Israélien chrétien, Haïfa.











