06/07/09
Témoignage oral de Noam Shalit, père du soldat israélien kidnappé, Guilad Shalit
Adressé à la Mission denquête sur le conflit à Gaza, Genève, 6 juillet 2009
Texte original anglais, sur le site UN Watch : "Father of Israeli captive Gilad Shalit addresses Gazans through U.N. testimony"
Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org
Note aux responsables de sites et blogs: Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-16750-120-4-temoignage-oral-noam-shalit-pere-soldat-israelien-kidnappe-guilad-shalit.html
Je mappelle Noam Shalit. Je suis le père de Guilad Shalit, le soldat israélien kidnappé.
Honorables Membres de la Mission,
Je vous remercie de me donner lopportunité de madresser à vous aujourdhui. Je vous remercie également de mautoriser à témoigner publiquement. Je sais que cette Mission est déterminée à donner aux victimes du récent conflit de Gaza une occasion de faire entendre leur voix. Aussi, avec votre aimable permission, jaimerais profiter de ce forum distingué les Nations Unies pour madresser à vous, tout dabord, puis, pour madresser au peuple de Gaza et, en particulier, à ceux qui détiennent mon fils, Guilad.
Honorables Membres de la Mission,
Il y a quelques semaines, vous étiez à Gaza. Vous avez rencontré les membres de la hiérarchie du Hamas. Selon lagence de presse Maan, M. Ismail Haniyyeh a souhaité la bienvenue à votre Mission et déploré ce quil a estimé être les graves violations israéliennes du droit international. La même agence de presse a rapporté que la Mission avait remercié M. Haniyyeh pour sa coopération visant à faciliter son travail.
Messieurs et Mesdames, si cette coopération est vraiment sincère, la hiérarchie même du Hamas, devrait accepter vos conclusions éventuelles, quelles quelles puissent être.
Je ne doute pas le moins du monde quaprès avoir lu mon mémoire écrit, vous conclurez que lenlèvement violent de mon fils et son maintien permanent en détention, utilisés comme moyen de chantage, sont également une violation du droit international. Quand vous aurez entendu les enregistrements audio de la voix de mon fils, diffusés lors du premier anniversaire de sa capture, vous serez choqués par le cynisme insensible de ses ravisseurs et par le chagrin que ses mots ont causé à ma famille et à moi-même. Ce sont des propos quil a dû lire sous la contrainte. Vous constaterez aussi, sans aucun doute, que le refus de lui permettre davoir recours à la Croix-Rouge, sil ne constitue pas un crime de guerre, est au moins un acte dune grande inhumanité et une circonstance aggravante.
Membres de la Mission, la Convention même de Genève, de 1949, à laquelle cette Mission se référera pour juger de la légalité de lattaque israélienne contre Gaza, interdit dexiger une rançon pour un individu, quil sagisse dun soldat ou de qui que ce soit dautre. Le Statut de Rome lui-même, [qui définit les règles de fonctionnement] de la Cour Pénale Internationale que lAutorité Palestinienne tente de convaincre de condamner la hiérarchie israélienne, condamne les dirigeants du Hamas pour rien moins que le crime de prise dotages soldats ou autres. Le Tribunal de La Haye devant lequel lAutorité Palestinienne poursuit M. Olmert peut également enquêter sur M. Mashaal, qui a la nationalité jordanienne et relève donc, sans conteste, de la compétence de cette juridiction.
Mais quel est le but de cette honorable Mission ? Est-ce réellement de poser les bases de futures poursuites pénales ? Ou est-ce, peut-être, de parvenir à une réconciliation ? Sachez que le cur et lesprit du peuple israélien sont avec mon fils chaque jour. Sa libération, quil est en votre pouvoir de favoriser, contribuera à une telle réconciliation.
Et maintenant, avec votre permission, je voudrais madresser aux victimes palestiniennes de lOpération "Plomb Fondu".
Peuple de Gaza, je ne me présente pas devant cette Mission en tant que représentant de lEtat dIsraël. Je ne viens ni condamner, ni justifier les récentes opérations israéliennes de Gaza. Je ne suis pas politicien ni ne moccupe de politique. Je suis un civil, père de trois enfants.
Jai vu mon fils pour la dernière fois le mercredi 21 juin 2006, quand il est retourné au service militaire que son pays lui impose daccomplir conformément à la loi. Quelques jours plus tard, sa patrouille a été annihilée par des Palestiniens en armes, deux de ses camarades soldats ont été tués sous ses yeux et il a été enlevé. Il avait dix-neuf ans à lépoque. Cest un garçon timide, au sourire anxieux et doué pour létude. Comme beaucoup de jeunes de son âge, tout ce qui lui tenait à cur, cétaient les études et le sport. Daprès tous ceux qui le connaissent, il est délicat et sensible à la douleur des autres un trait de caractère dont il a fait preuve dès son jeune âge. A 11 ans, son maître lui a demandé décrire un conte. Ses dessins et son récit sont maintenant publiés. Je remets à la Mission un exemplaire de ce livre. Vous pouvez le lire si vous le voulez. Cest lhistoire dun requin et dun poisson qui, contre toute attente, deviennent amis. Est-il nécessaire den dire plus ? Quil suffise daffirmer que la volonté de paix et de sécurité peut lemporter sur la peur et la méfiance.
Peuple de Gaza, ne fermez pas les yeux sur les circonstances du service militaire de mon fils, ni sur celles de sa capture. Il nattaquait pas votre territoire. Il nétait même pas sur votre territoire. Il opérait à lintérieur du territoire souverain de lEtat dIsraël, pour protéger lintégrité de ce qui était censé être une frontière de paix après un retrait israélien complet.
Vos dirigeants disent que Guilad est un prisonnier de guerre. Je dis que cest un séquestré. La différence est dans linterprétation de la loi. Et à supposer même que vos dirigeants détiennent mon fils en tant que prisonnier de guerre, pourquoi ne lui accordent-ils pas les privilèges afférents à ce statut ? Guilad na aucun contact avec le monde extérieur. Vos dirigeants lui refusent laccès au Comité International de la Croix-Rouge, lorganisme même qui rend régulièrement visite aux gens de votre peuple, détenus dans les prisons israéliennes. Cette Croix-Rouge qui proteste contre les violations de leurs droits par le Gouvernement israélien.
Peuple de Gaza, vos dirigeants luttent pour le retour de captivité de vos fils et filles. Cest un désir compréhensible. Vous pouvez être daccord avec cette démarche. Beaucoup dentre vous, cependant, devrez réaliser que le sort dune population carcérale tout entière ne peut dépendre de la prise en otage dun jeune homme.
Vos dirigeants ont commis un crime à légard de mon fils. Ils le tiennent en otage et, du même coup, ils vous tiennent tous en otage. Depuis trois ans maintenant, vous avez été pris en otages par les exigences inflexibles de vos dirigeants et leur refus d'un compromis. Ils émettent des exigences, dont je crains que le gouvernement israélien ne puisse jamais les accepter. Le sort de mon fils est le moyen par lequel vos dirigeants détournent votre attention de la destruction quils ont amenée sur vous. Est-ce humain ? Sont-ce des actes dignes dun régime honorable ?
Peuple de Gaza, vous ne devez pas ignorer les causes originelles de notre souffrance mutuelle. Vous savez que linjustice infligée à mon fils a été lélément déclencheur de la guerre. Vous savez aussi que la libération de mon fils est la clé de la paix et de la cessation du blocus commercial imposé par Israël. Un petit geste et un petit effort de chacune des parties peuvent soulager la misère de beaucoup.
Le Président français, [Nicolas] Sarkozy, a dit récemment au Premier ministre [Benyamin] Netanyahu que vos dirigeants ne libéreraient pas Guilad tant quIsraël ne libérerait pas des prisonniers. Je ne suis pas en charge des négociations sur la libération des prisonniers. On ne me consulte pas sur leur nombre et je nai pas mon mot à dire dans le déroulement de la négociation. Comme beaucoup dentre vous, la seule chose qui mimporte est que celui que jaime revienne à la maison. Est-ce que ceux dentre vous qui attendent le retour de leurs proches se soucient de politique ? Vous préoccupez-vous de la posture de vos dirigeants ? Ou voudriez-vous, comme moi, que cette guerre et ce qui la causée ne se soient jamais produits ?
Mais si un échange de prisonniers doit être la voie que nous sommes forcés dadopter, faisons en sorte que les négociations lemportent sur les exigences excessives. Ne permettons pas que limpasse dans les négociations lemporte sur la volonté du peuple. Ne laissons pas lentêtement triompher de la compassion.
Peuple de Gaza, comme beaucoup dentre vous, ma famille et moi souffrons des conséquences des décisions et des échecs dautres que nous. Comme beaucoup dentre vous, ma famille et moi avons été pris dans un enchaînement de violences. Comme beaucoup dentre vous, je paie un lourd tribut quotidien. Je sais que vous manquez de nourriture. Certains de vos êtres chers, femmes et enfants, jeunes et innocents, ont été tués. Je comprends votre détresse et sympathise avec votre chagrin. Jai visité vos blessés de Beit Hanoun et jai été le témoin direct de linutile souffrance et de lindicible cruauté de la guerre. Mais malgré cela, je ne compare pas la souffrance. En tant que parent sadressant à de nombreux parents, je vous demande de comprendre langoisse de ma famille. A mesure que les jours passent, nous commençons à désespérer. Nous désespérons de voir arriver le jour où nous reverrons notre fils. Je ne sais ni où il est détenu, ni sil est correctement nourri. Jignore sil est blessé, ou même sil est vivant.
Et finalement, [je madresse] aux gens qui détiennent mon fils : je vous exhorte à libérer mon fils. Vous avez la possibilité de faire preuve de générosité. Faites-le pour la respectabilité que vous voulez vous voir accorder par la communauté internationale. Faites-le parce que vous vous considérez comme des hommes dEtat, agissant dans un but humanitaire. Faites-le pour le respect que vous affirmez montrer à cette Mission. Faites-le non pas pour un gain, mais, je vous en prie, parce que cest la chose juste et bonne à faire. Mais, par dessus tout, faites-le pour la paix et le bien de votre peuple.
Noam Shalit
Mis en ligne le 6 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org











