[*] Texte en ligne sur le Blog Lessakel ; [**] http://www.israel-infos.net/.
Le 16 juin 2009, le Président américain Obama a salué le discours prononcé 4 jours plus tôt par le Premier Ministre israélien (désormais favorable à la création dun Etat palestinien). Il a toutefois renouvelé ses exigences quant à larrêt des constructions en Judée-Samarie, constitutives, selon lui, dun obstacle, à toute perspective de paix.
Loin débranler le ministre des Affaires étrangères, cette recommandation américaine na pas empêché Avigdor Lieberman de confirmer à la secrétaire dEtat Hillary Clinton, quil ny aurait aucun gel des constructions en Judée-Samarie, (le
Sur le plan linguistique, les aménagements effectués par Israël en Judée-Samarie sont généralement repris sous le terme de "colonisation" parce que les mots implantations, constructions et colonisations se traduisent en anglais par le même terme « settlements ». Aussi est-il confortable pour ceux qui se livrent à une critique systématique de la politique israélienne, demployer ce mot [colonisation] qui connote à la fois une attitude condescendante, une illégitimité définitive, et lidée dune future décolonisation, puisquil faudra nécessairement défaire demain ce qui ne devait pas être fait aujourdhui : soit la "puissance coloniale" tombe, soit elle organise elle-même sa propre décolonisation après un retour à la raison.
Sur un plan géopolitique, lutilisation du terme "colonisation" résulte de ce que la Cisjordanie na pas été annexée par Israël et quainsi, faute dintégration à lintérieur des frontières israéliennes, les aménagements sont nécessairement effectués sur une terre étrangère.
Enfin, pour ce qui est des Palestiniens, la condamnation de la "colonisation" légitime le combat mené par "loccupé" et justifie tous les moyens employés pour se débarrasser de celui qui na rien à faire à cet endroit. Les Palestiniens sont dailleurs confortés dans leur entreprise par la communauté internationale qui, de façon récurrente, condamne "loccupation" survenue en 1967, critique la politique dimplantations dans les territoires, et ne reconnaît toujours pas lannexion de la partie orientale de Jérusalem, intervenue à la suite de la Guerre des 6-Jours.
En fait, lemploi du mot "colonisation" est impropre, mais résulte de la rédaction de la résolution 242 de 1967, et de labsence de prise en compte des modifications survenues en 1988.
Le 22 novembre 1967, lOnu a adopté la résolution 242 qui a exigé « un retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit », exigence également reprise dans la résolution 476 du 30 juin 1980 (la nécessité impérieuse de mettre fin à l'occupation prolongée des territoires arabes occupés par Israël depuis 1967, y compris Jérusalem) ou encore par la résolution 478 du 20 août 1980 (qui reprend dans son 1er point la même formulation). Au delà de la discussion sémantique sur la traduction anglaise de la résolution 242, qui stipule un retrait « from territories » (c'est-à-dire de territoires) et non « from the territories » (c'est-à-dire des territoires), il convient de rappeler que le territoire "occupé" en 1967 était la Jordanie et non la Palestine, ce qui entraîne des conséquences immédiates au regard de la prétendue "colonisation".
En effet, ce sont les forces transjordaniennes qui, le 23 mai 1948, ont capturé la Ville Sainte de Jérusalem, et occupé la Samarie et une partie de la Judée, en sinstallant sur des zones qui avaient vocation à devenir le « futur État arabe » (en vertu du plan de partage de l'Organisation des Nations unies de 1947). Par la suite, le roi Abdallah de Transjordanie a annexé la Cisjordanie et la partie arabe de Jérusalem (le 24 janvier 1949), malgré la vive et unanime protestation des chefs dEtat arabes de la région. Puis, le nouveau Parlement d'Amman a, le 24 avril 1950, approuvé officiellement lunion des deux rives du Jourdain en un seul État pour fonder « le Royaume hachémite de Jordanie ».
Assiette territoriale du futur Etat arabe de Palestine (pourtant refusé par les arabes de Palestine en 1947) ces territoires sont devenus (un temps) une partie intégrante du pays qui allait devenir la Jordanie. [Comme il fallait sy attendre], pour marquer leur désapprobation, le roi Abdallah de Jordanie a été assassiné le 20 juillet 1951, sur les marches dune mosquée à Jérusalem, par un Palestinien partisan du mufti Haj Amin el-Hussein, opposé au contrôle jordanien sur la partie arabe de la Palestine. Par la suite, le fils du roi hachémite, l'émir Talal fils dAbdallah a succédé un temps à son père, puis a été remplacé (pour cause d'incapacité mentale) par son petit-fils Hussein, en 1952, qui a été sacré roi de Jordanie en mai 1953.
Ainsi, il résulte de cette intégration dans le royaume hachémite, quà la suite de la guerre dite « des Six-Jours », cest la Jordanie (dans sa partie occidentale) qui a été occupée par Israël (et non la Palestine), et cest la partie jordanienne (non palestinienne) de la ville de Jérusalem qui a été annexée.
Cest, en loccurrence, cette occupation de la Jordanie par Israël et lannexion de la partie jordanienne de Jérusalem, qui ont été dénoncées dans les résolutions de 1967 et de 1980 : en aucun cas, la communauté internationale na condamné loccupation de la Palestine qui na jamais existé en tant quentité indépendante et souveraine.
Le véritable problème est né le 31 juillet 1988, lorsque la Jordanie a rompu les liens juridiques et administratifs avec la Cisjordanie : depuis cette date, la Jordanie a cessé dêtre occupée et la partie orientale de Jérusalem ne pouvait plus être considérée comme annexée. Ainsi, en transférant à l'OLP la responsabilité de l'avenir des Territoires (anciennement jordaniens) occupés, les résolutions 242 et suivantes sont devenues nulles et non avenues (même si elles sont toujours invoquées).
En fin de compte, le véritable Etat colonial de la région nétait autre que la Jordanie (par lannexion réalisée en 1950) même si les Palestiniens se sont opposés au contrôle jordanien de ce territoire par lassassinat du roi Abdallah, puis lors des événements de septembre 1970 (« Septembre noir »). Par la suite, la décolonisation jordanienne sauvage, survenue en 1988, a véritablement permis à Israël de sétablir sur des terres désertiques sans souveraineté, telle une île déserte qui attend un drapeau national.
Lorsque les Palestiniens comprendront que les installations israéliennes sur des territoires sans souveraineté ne sont pas une colonisation, ils sentiront la nécessité détablir leur Etat sur les terres sans souveraineté, qui nont pas encore été annexées par Israël, et ils réaliseront que le temps quils ont perdu à faire la guerre aura juste permis à Israël de se renforcer dans ses frontières géographiques.
© Me Bertrand Ramas-Muhlbach
Mis en ligne le 21 juin 2009, par











