28/03/09
Les passions judéophobes sont bien connues et largement répandues en Grèce, où elles font en quelque sorte partie du paysage culturel. Elles y apparaissent comme un phénomène banal, au point de ne pas susciter dindignation, ni de mouvements de protestations. Cette absence de réaction significative dans lespace public sobserve face au déferlement des écrits antijuifs depuis plusieurs années : on réédite les Protocoles des Sages de Sion, on multiplie les pamphlets diabolisant Israël et "le sionisme". Ces textes antijuifs donnent à croire que leurs auteurs et leurs promoteurs, propagandistes arrogants, disposent de la clé de lHistoire, leur permettant de décrypter tous les maux qui nous entourent et de les réduire à leur cause unique : les Juifs. Ces passions antijuives ne sont pas confinées à une frange de population à la mentalité dite "arriérée", se caractérisant par ses préjugés antisémites traditionnels. Elles sétendent à tous les niveaux de la société, impliquant notamment une partie de la classe politique, surtout celle située à lextrême droite. Le reste du personnel politique fait preuve dune indifférence patente lorsquune provocation antisémite éclate au grand jour. Les réactions sont très rares, et elles proviennent de très petits groupes (situés plutôt à gauche), dassociations marginales luttant pour les droits de lhomme.
Lacquittement de lavocat Constantin Plevris, le vendredi 27 mars 2009, par la cour dappel dAthènes, pour son livre violemment judéophobe intitulé Les Juifs, toute la vérité, est, de ce point de vue, emblématique. La banalisation du discours antijuif passe pour un droit à la liberté dexpression, un droit à la parole libre, au point quon peut légitimement sinterroger sur la question de savoir si lantisémitisme, en Grèce, se confond avec la liberté dexpression. Ce qui peut se résumer par le slogan du type : pas de liberté dexpression sans judéophobie ! La judéophobie devient ainsi un droit de lhomme.
Il convient donc de sinterroger, avec inquiétude, sur le fait que, dans la Grèce contemporaine, des propos clairement racistes à légard des Juifs (leur dignité humaine, leur religion, leur histoire, la Shoah), incitant dune façon indiscutable à la haine et à la violence contre eux, ne soient pas sanctionnés. Y aurait-il une exception grecque en la matière ? Ce laxisme judiciaire à la grecque, dont on trouve un équivalent en Russie, tranche nettement avec la sévérité, justifiée, des tribunaux français dans lapplication de la loi.
Une courte anthologie [1] des propos antijuifs contenus dans le livre de Constantin Plevris est éloquente :

« Le monde civilisé est responsable, parce quil tolère les parasites internationaux, qui sappellent Juifs
Lheure des représailles approche. »
« Juif et homme sont des concepts antinomiques, cest-à-dire que lun exclut lautre. » [2]
« Tout leur comportement criminel explique les actes des nazis contre eux et en plus les justifie. »
« Lhistoire de lhumanité imputera à Adolf Hitler ceci : il na pas débarrassé, alors même quil le pouvait, lEurope des Juifs. »
« On les méprise pour leur morale, leur religion, leurs actes, tout cela prouve quils sont des sous-hommes. »
[Légende sous une photo dAuschwitz:] « Ils font bien de conserver le camp en bon état, parce quon ne sait pas ce qui peut se passer dans lavenir. »
«
Je ne peux pas tolérer que les assassins, voleurs, violeurs, parasites et corrupteurs (
) de la pitoyable Juiverie puissent calomnier les admirables nationaux-socialistes. »
« Le ZYKLON B nétait quun gaz toxique utilisé pour la désinfection des chambres à gaz (
) Tout le reste est bobard de propagande. »
« Lentreprise dextermination des Juifs [litt. 'la cadavrerie juive'], dans le cas dAuschwitz, sest révélée dès le début mensongère. »
« Libérez-vous de la propagande juive qui vous trompe avec ses mensonges sur les camps de concentration, les chambres à gaz, les 'fours crématoires', et autres histoires du pseudo-Holocauste
»
Une fois de plus, en dépit du caractère scandaleux et hautement provocateur de ce long pamphlet antijuif, la grande majorité de la classe politique grecque et des organisations de la société civile est restée muette. Un silence volontaire qui, au-delà de lindifférence, pourrait être lindice dune connivence, voire dune complicité dans labjection.
© Andréas Pantazopoulos
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Notes de P.A. Taguieff
1. Article revu par Pierre-André Taguieff (28 mars 2009).
2. Andréas Pantazopoulos (né en 1960), historien et politologue, enseigne au Département de sciences politiques de luniversité Aristote de Thessalonique (Grèce). Il a notamment publié, en français : « Le national-populisme grec, 1974-2004 », Les Temps Modernes, n° 645-646, septembre-décembre 2007, pp. 237-267.
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Notes de Menahem Macina
[1] Nombreuses citations (traduites en anglais), provenant de Greek Helsinki Monitor, sur la liste MINELRES (août 2007): "Greece: Trial of Kostas Plevris and "Eleftheros Kosmos" for anti-Semitism on 5 September 2007".
[2] Ce propos rappelle celui que Rauschning attribuait à Hitler : «
Le Juif est la créature d'un autre Dieu. Il faut qu'il soit sorti d'une autre souche humaine. L'Aryen et le Juif, je les oppose l'un à l'autre et si je donne à l'un le nom d'homme, je suis obligé de donner un nom différent à l'autre. » (Rauschning, Hitler ma dit, Paris, 1939.)--------------------
Mis en ligne le 28 mars 2009, par











