05/09/08
Texte à paraître sur le site de lauteur.
« Al-Dura » - entre guillemets, car, dans cet article, il sagit de limaginaire qui se dit autour de lenfant Mohammed Al-Dura, et non de lenfant lui-même. Vivant au moment du tournage du 30 septembre 2000, et peut-être encore aujourdhui, à lapproche du 30 septembre 2008, ou, peut-être mort peu après la capture des images, ou plus tard, entre 2000 et 2008, limage de cet enfant et le paradigme de la vie et de la mort quelle véhicule produisent des effets psychiques que les médias consomment à volonté, sans se soucier le moins du monde de quelque contexte éthique que ce soit. « Al-Dura » est jeté sur la scène, en réalité dans larène : Ave, « Al-Dura » ! Toi dont on attend de savoir comment limage pourrait mourir une seconde fois. Ave, « Al Dura » ! Cadavre exquis des temps médiatiques !
Lannonce de la prochaine réunion du MJLF [Mouvement Juif Libéral de France], qui se tiendra le 18 septembre 2008, est typique : non seulement, il y aurait une « affaire Al-Dura », mais il y en aurait « deux versions » - celle de France 2, et celle de Philippe Karsenty. Huit ans après les faits, lessentiel serait de demander à Arlette Chabot de prouver que lenfant a été tué par les Israéliens, et à Philippe Karsenty que le garçon est toujours vivant, et non dexplorer les motifs dun refus délibéré de tous les acteurs impliqués dans le reportage et dans sa diffusion de répondre à une enquête exhaustive sur les circonstances des faits et les conditions du tournage, refus qui mène à la cacophonie ambiante.
Mais, que lon se rassure : cette dérive médiatique (le médiatique nest fait que de dérives imaginaires) se pare dun prétexte libérateur. Il sagirait dapprendre aux gens à penser par eux-mêmes. En posant des questions approximatives à des personnes qui tiennent des discours approximatifs quant au noyau dur de ce qui sest réellement passé, on donnerait au public les outils pour se forger une idée personnelle.
Qui le niera ? Chaque jour, les médias montent, démontent et remontent des images, au prétexte dinformer et de rendre les téléspectateurs autonomes. Mais, chaque jour, ceux-ci senfoncent un peu plus soit dans le désintérêt profond, soit dans le renforcement de leurs propres préjugés. Les médias ne changent rien, ils ne font que renvoyer létat de non-changement à ceux qui les consomment.
Je propose de revenir à Mohammed Al-Dura, à lenfant, à lenfant réel, vivant ou mort, qui est totalement silencieux depuis le 30 septembre 2000, mais qui nen continue pas moins une existence muette par-delà ceux qui, à un moment ou à un autre, se donnent un ego de surface en parlant de lui, sans se soucier le moins du monde de lui. Je propose de quitter son statut de figure intérieure didentification, pour le meilleur ou pour le pire, pour la paix ou pour la guerre, et de remonter jusquà son existence réelle, dont tout est à découvrir. Je propose de cesser dinstrumentaliser toutes les projections dont il est lobjet et de se distancier de toutes les reconstructions 'rétrospectivistes' fantasmatiques, je propose de sortir du fantasme, en se remettant dans le sens du mouvement et de la réalité.
Tel est lobjet de ma Lettre ouverte au Président Sarkozy, dans laquelle je lui demande de prendre linitiative dappeler le Premier ministre israélien et le Président de lAutorité palestinienne à constituer une Commission denquête internationale impartiale.
© Gérard Huber
Mis en ligne le 05 septembre 2008, par











