05/09/08
Titre Original (sur le site "Hérodote") : "5 septembre 1972 : les Jeux Olympiques de Munich endeuillés".
Texte repris par "Un écho d'Israël".

Les onze assassinés de Munich, 5 septembre 1972 (photo ajoutée par upjf.org)
Les Allemands, en 1972, attendaient des Jeux Olympiques de Munich quils effacent le triste souvenir des Jeux de Berlin (1936), présidés par Hitler. Las, la fête allait être ternie par un attentat sans précédent, lequel allait faire passer au premier plan de la scène internationale les revendications des Palestiniens en exil.
Un commando prêt à tout
Une semaine après le début des Jeux Olympiques de Munich, le 5 septembre 1972, à quatre heures du matin, huit hommes armés sinfiltrent dans le village olympique. Ils gagnent le bloc 31 où dort la délégation israélienne et pénètrent en force dans les appartements.
Sur les quinze sportifs présents, deux sont tués en tentant de résister aux intrus, un troisième arrive à senfuir en arrachant une fenêtre, un quatrième séchappera un peu plus tard. Restent onze otages aux mains du commando.
Au réveil, le monde abasourdi découvre sur les écrans de télévision deux réalités avec lesquelles il va devoir apprendre à vivre, le terrorisme et la Palestine.
Le chef du commando communique à un agent de police un texte revendicatif. On apprend comme cela quil se réclame dun groupe terroriste palestinien appelé « Septembre Noir ». Ce nom fait référence au massacre par le roi Hussein de Jordanie des groupes armés palestiniens présents sur son territoire en septembre 1970.
Sortir de loubli
Le drame de Munich, qui mêle Israël, Palestine et Jordanie, nous renvoie aux racines du mal. Tout commence en novembre 1918, quand, après la défaite et le démembrement de lempire turc, les Arabes du Proche-Orient recouvrent une indépendance quils avaient perdue depuis... près de mille ans.
Ils espèrent se relever de cette longue humiliation avec le concours de leurs sauveurs, Anglo-Saxons et Français. Mais les vainqueurs de la Grande Guerre préfèrent se partager le Moyen-Orient. Aux Français, la Syrie et le Liban, aux Anglais, lIrak et la Palestine... Qui plus est, par la déclaration Balfour, ils légitiment limplantation dun « foyer national juif » en Palestine.
En dépit de ces déconvenues, les élites arabes, tant chrétiennes que musulmanes, se montrent avides de rattraper le temps perdu en expérimentant soit la démocratie à loccidentale, soit le socialisme façon soviétique. Mais la Seconde Guerre mondiale, lindépendance dIsraël (1948) et les rivalités entre Arabes eux-mêmes ont raison de leurs espoirs.
Quand éclate la Guerre des Six jours, en 1967, les Occidentaux, droite et gauche réunies, vibrent en faveur du petit Israël confronté à la coalition arrogante des pays arabes. Il ny a guère que le général de Gaulle, président de la République française, pour faire entendre une musique différente. Il annonce un embargo contre Israël et qualifie ce pays en janvier 1969 de... « peuple juif, peuple délite, sûr de lui et dominateur ». Dur à avaler de la part dun leader occidental qui, pendant la Seconde Guerre mondiale et après, na jamais eu un mot de compassion pour les victimes de la Shoah !
Les Palestiniens, que leurs « frères » arabes maintiennent dans des camps quand ils ne les massacrent pas comme le roi Hussein, se sentent seuls et désemparés. Cest comme ça quun chrétien de Palestine, Georges Habache, opposant de Yasser Arafat, préconise le terrorisme. Il a le douteux honneur de lancer les premiers attentats contre des cibles civiles. Lui-même se veut proche du raïs égyptien Gamal Abdel Nasser. Il se dit révolutionnaire et marxiste-léniniste, partisan de lunité arabe (notons quaucun progressiste arabe ne soccupe, à cette époque, de religion ; lislam est jugé rétrograde et inopérant).
Les guerres de clans et les attentats occasionnels, comme ceux de Georges Habache, tendent à discréditer la cause palestinienne. Cest dans ce contexte que survient lattentat de Munich.
Sauver les Jeux
Le Comité international olympique, dans la tradition de Pierre de Coubertin, se veut apolitique. Dès lannonce de lattentat, son président presse les autorités allemandes dentraîner les ravisseurs et leurs otages hors de lenceinte olympique. Il na quune obsession : faire en sorte que les Jeux reprennent au plus vite. Le reste lindiffère.
Le chancelier allemand Willy Brandt est consterné et embarrassé. Du fait du fédéralisme, la police revient au Land de Bavière qui na manifestement aucune compétence pour gérer une prise dotages. Les autorités allemandes nen gardent pas moins leur fierté et refusent la proposition de Tel Aviv denvoyer sur place des tireurs délite israéliens.
A la hâte, on négocie avec les terroristes leur départ pour lÉgypte. Dès la nuit suivante est organisé le transfert en hélicoptère des terroristes et des Israéliens à laéroport. Quand les deux hélicoptères arrivent sur le tarmac, la police, qui a posté des tireurs volontaires en différents endroits, ne sait pas encore à combien de terroristes elle a affaire ! On est en pleine improvisation.
Le drame éclate au cours de lassaut mené par la police munichoise avec une incroyable maladresse. Trois terroristes sur les huit sont immédiatement abattus. Les autres, se voyant assaillis, ont le temps de jeter une grenade dans un hélicoptère et de tirer dans le second où sont attachés leurs prisonniers. Tous sont tués. Un policier allemand meurt aussi au cours des échanges de tirs. Trois terroristes survivants restent aux mains des policiers.
Comme on nen est pas à une bourde près, le gouvernement allemand annonce, à minuit 30, sur la foi de mauvaises informations, que tous les otages ont été libérés, avant de démentir une demi-heure plus tard.
Deux jours plus tard, le gouvernement israélien dirigé par Golda Meïr ordonne une attaque aérienne de représailles contre des bases palestiniennes en Syrie et au Liban. 70 morts. Entre temps, les Jeux ont bien sûr repris.
Se sortir du guêpier
Le drame ne sarrête pas là. Comme sil ne lui suffisait pas davoir échoué à protéger les athlètes, le gouvernement allemand craint davoir à juger et condamner les trois terroristes survivants, avec le risque de représailles que cela peut entraîner de la part de leurs complices.
La solution est vite trouvée. Le 29 octobre 1972, un Boeing 727 de la Lufthansa est détourné par trois membres de Septembre Noir après son décollage de Beyrouth. Les terroristes exigent une rançon et... la libération de leurs trois collègues de Munich ! Sitôt dit, sitôt fait. Lavion est autorisé à atterrir à Munich et à en repartir avec les trois terroristes en direction de la Libye. On note que les passagers de lavion nétaient quune poignée, exclusivement des hommes jeunes... Pour les observateurs, il ne fait guère de doute que le détournement a été concerté par les Allemands et les Palestiniens pour permettre aux premiers de se débarrasser de leurs encombrants prisonniers.
Ainsi que Steven Spielberg le rappelle dans le film, Munich, qui ne restera pas comme le plus grand de sa carrière cinématographique, Israël naura de cesse que les trois terroristes survivants soient éliminés. (voir : lopération « Printemps des jeunes ») Ses agents secrets arriveront à en tuer deux. Le troisième survit quelque part en Afrique.
La prise dotages de Munich marque le commencement de lagitation palestinienne et du terrorisme moyen-oriental, lequel culminera avec la destruction des tours jumelles de New York et du Pentagone le 11 septembre 2001.
Avec laimable autorisation du site Herodote.net, que nous recommandons chaleureusement à nos lecteurs.
André Larané
© Hérodote
Mis en ligne le 05 septembre 2008, par











