04/09/08
Texte repris du site Primo-Europe
Voici un livre quil vous faudra lire. Parce que son auteur est un expert. Parce quon y trouve lanalyse la plus profonde et la plus fouillée de ce que Taguieff appelle « la judéophobie des Modernes ». Parce quenfin dans ces pages on passe en revue lhistoire de la haine anti-juive, depuis ses origines jusquà nos jours. La Judéophobie des Modernes (Editions Odile Jacob) sappuie sur une documentation considérable pour montrer comment cette judéophobie fonctionne sur la base de récits daccusation dans lesquels les Juifs sont déshumanisés. Historien des idées, philosophe et politologue, Pierre-André Taguieff est directeur de recherche au CNRS. Il est lauteur de nombreux ouvrages dont La Force du préjugé, et Prêcheurs de haine.
Quappelez-vous la judéophobie des modernes ? Quelle différence avec lantisémitisme, un terme que vous considérez comme équivoque ?
Pierre-André Taguieff : Par le mot « judéophobie », employé comme terme générique, je désigne, dans ce livre comme dans mes publications antérieures, lensemble des formes historiques prises par la haine des Juifs, et plus largement par toutes les passions, croyances et conduites antijuives dont les manifestations furent (et sont) les violences, physiques ou symboliques, subies par le peuple juif. Le mot « antijudaïsme » présente linconvénient de suggérer que la haine des Juifs (Judenhass, Jew-hatred) se fonde sur des raisons exclusivement religieuses. On oublie trop souvent que le mot « antisémitisme » est de création relativement récente et quil est dû à un auteur à la fois antijuif et raciste. En forgeant en 1879 le terme Antisemitismus, lidéologue raciste de langue allemande Wilhelm Marr voulait clairement distinguer son combat contre les Juifs du vieil antijudaïsme chrétien. Or, ce terme est doublement mal formé. Dabord parce quil semble renvoyer autant aux Juifs quaux Arabes alors quil ne sapplique, dans ses usages idéologico-politiques, quaux Juifs. Ensuite en raison de son usage raciologique du terme « Sémite(s) », en tant que dénomination de lennemi collectif à combattre (« anti-sémite », « anti-Sémite »), en référence aux doctrines raciales fondées sur lopposition « Aryens/Sémites ».
Or, la catégorie marquée par le terme « sémite » na de sens déterminable que pour désigner une famille de langues (dites sémitiques). Lorsquon passe dun usage philologique ou linguistique du mot « sémite » à un usage raciologique du même mot, on commet une erreur de catégorie, en alimentant une dangereuse confusion entre lordre de la « langue » et celui de la « race ». Des auteurs aussi perspicaces que Bernard Lazare et Léon Poliakov ont regretté quun néologisme aussi mal formé qu« antisémitisme » se fût imposé en tant que terme générique sappliquant aux diverses configurations antijuives observables dans lhistoire. Par le mot « antisémitisme », stricto sensu, on devrait ne désigner que la variété raciste de la judéophobie moderne, ou la forme racialiste de lantijudaïsme sécularisé, telle quelle est passée au politique en sintégrant dans le nationalisme à la fois culturel et politique du dernier tiers du XIXe siècle. Sa manifestation la plus extrême a été représentée par lantisémitisme génocidaire du régime hitlérien. Dans la période post-nazie, lantisémitisme au sens strict du terme relève dun phénomène de survivance, aussi choquantes que puissent être certaines de ses résurgences (bandes néo-nazies, skinheads, etc.).
Au cours des quarante dernières années du XXème siècle, limage négative du juif a, selon vous, subi, une double métamorphose. De quoi sagit-il ?
PAT. Au cours des quarante dernières années du XXe siècle, limage négative des Juifs a en effet subi une double métamorphose. Tout dabord, alors quils avaient été longtemps stigmatisés en Occident comme « Asiatiques », « Orientaux » ou « Sémites », les Juifs, dans le contexte dune globalisation chaotique, sont désormais dénoncés et rejetés en tant quOccidentaux, tels quils sont vus par leurs ennemis : dominateurs, oppresseurs et impérialistes. Ensuite, alors quils avaient été stigmatisés, notamment par les nationalistes européens du XIXe siècle, comme des « nomades » par nature, des « sans patrie » voués à lerrance, les Juifs, aux yeux de leurs ennemis, sont devenus des « sionistes », cest-à-dire des nationalistes, à ce titre hautement condamnables par tous ceux qui simaginent quun monde sans frontières est à la fois possible et souhaitable. Ce qui était au cur de lantisémitisme au sens strict du terme, cétait le refus de la présence des Juifs au sein de la nation. Ce qui fonde lantisionisme radical, élaboré après la Seconde Guerre mondiale et la création de lÉtat dIsraël, cest le refus de reconnaître aux Juifs le droit de se constituer en nation. Le Juif est donc passé du statut répulsif de lAsiatique inquiétant à celui de lOccidental arrogant, en même temps que, de menace universelle pour toute nation, le peuple juif devenait la nation menaçant la paix universelle.
Dans le nouveau discours judéophobe, « sioniste » et « Israël » fonctionnent comme les noms du Diable. Il ne sagit plus de chasser les Juifs des pays européens, mais déliminer cette « anomalie » quest lÉtat dIsraël, figure de la mauvaise « différence », pour en finir avec « le sionisme », incarnation du Mal. Dans la longue histoire de la judéophobie, lantisionisme radical marque lentrée dans un nouveau régime de diabolisation, lequel se présente sous deux figures : lune, dinspiration principalement religieuse, est portée notamment par lislamisme jihadiste ; lautre, dinspiration politique, se rencontre dans le discours « anti-impérialiste » élaboré au cours des « luttes de libération » sur la base de lidéologie marxiste-léniniste, qui se survit en lui.
Vous évoquez au début de votre livre ce que vous appelez « la jihadisation des esprits ». Quentendez-vous par cette formule ?
PAT. Deux processus distincts. Dune part, la tendance, au sein de lOumma (la communauté mondiale des musulmans) et sous limpulsion des islamistes radicaux, à ériger le Jihad en sixième pilier de lislam, ce qui est une hérésie au regard de la tradition musulmane. Selon lidéologie islamiste, un bon musulman doit donc pratiquer le Jihad contre diverses catégories dennemis, les principaux étant les Américains (et plus largement les Occidentaux) et les Juifs. Mais à cette jihadisation des esprits musulmans sajoute une jihadisation des luttes menées en Occident, par des Occidentaux, contre « la mondialisation », « limpérialisme américain » ou « sioniste ». La lutte des classes au niveau international prend de plus en plus lallure dune « guerre sainte » contre les nouvelles incarnations du Diable que sont les États-Unis et Israël. Telle est la dernière métamorphose en date du vieil anticapitalisme révolutionnaire. Lislamisme jihadiste représente une source dinspiration, voire un modèle normatif, pour les révolutionnaires du XXIe siècle. Les ex-communistes privés de leurs convictions marxistes auront eu leur « divine surprise » : des réseaux terroristes composés de fanatiques et dirigés par dautres fanatiques pouvaient tenir tête aux puissances « impérialistes », en Afghanistan, au Liban ou en Irak.
Quest-ce qui explique le fait que la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Canada soient parmi les pays occidentaux touchés par ce que vous appelez « une islamisation fondamentaliste intense » ?
PAT. Le principal facteur de lislamisation des nations occidentales est linstitutionnalisation du multiculturalisme, qui va de pair avec laffaiblissement de la laïcité. Le multiculturalisme comme système sociopolitique fait surgir une société multicommunautariste dans laquelle les entrepreneurs idéologiques dobédience islamiste (quils soient fondamentalistes ou jihadistes, « modérés » ou extrémistes) sont comme poissons dans leau. Ils y peuvent librement, protégés par la loi, organiser leurs réseaux dentraide, étendre le champ de leur propagande, multiplier les provocations destinées à tester la capacité de résistance des sociétés daccueil, voire, pour les extrémistes, à préparer des attentats. Cest seulement vers le milieu des années 2000, après la vague dattentats islamistes inaugurée par les attaques du 11 septembre 2001, que le multiculturalisme a été mis en cause par un certain nombre dexperts et de responsables politiques, notamment en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.
Nest-ce pas excessif de considérer, comme vous le faites, que la haine de lOccident semble nêtre quune extension de la haine des juifs ?
PAT. Janalyse plutôt une réaction circulaire entre les grandes haines. Dune part, les Juifs ayant été totalement occidentalisés dans le regard de leurs ennemis, ils peuvent jouer le rôle dune figure de lOccident, à la fois la plus représentative et la plus répulsive. Dautre part, lOccident étant perçu et dénoncé comme « judaïsé » (on disait « enjuivé », on dit « sionisé »), soumis à la domination juive/sioniste, imprégné par les valeurs juives/sionistes, il peut être reconstruit sur la base des thèmes daccusation judéophobes : un Occident judéo-sionisé est plus répulsif, notamment dans certains milieux arabo-musulmans, quun Occident simplement capitaliste, impérialiste ou néo-libéral.
Vous écrivez : « Nombreux sont les intellectuels néo-gauchistes dorigine juive, aux États-Unis et dans les pays dEurope de lOuest qui pratiquent de façon active la haine de soi, notamment en pactisant avec les ennemis absolus dIsraël ». Comment expliquez-vous cette haine de soi ?
PAT. Cest une notion qui na quune valeur descriptive : elle nexplique rien. Elle fait signe vers un ensemble dinterrogations. Il sagit dun constat, qui conduit logiquement à sinterroger sur lidentité juive. Vaste problème ! On peut avancer la logique de lintérêt personnel, ou celle de lidentification passionnelle avec lennemi. Il reste à tester les hypothèses sur les diverses trajectoires de ces intellectuels « nés juifs » qui, après sêtre rebellés contre la « prison juive » (expression de Jean Daniel), sont insensiblement devenus « non-juifs », puis « anti-juifs », dune façon explicite (cas plutôt rares aujourdhui) ou non (soit la plupart des cas observables). Aux États-Unis, le « progressiste » Noam Chomsky et son disciple Norman G. Finkelstein, antisionistes radicaux qui nont pas hésité à faire un bout de chemin avec les milieux négationnistes, illustrent fort bien la catégorie. Mais le phénomène nest pas nouveau. Comme tout peuple, le peuple juif a ses renégats et ses traîtres.
Comment expliquez-vous laméricanophobie dun Jean Ziegler désormais proche du négationnisme de Roger Garaudy - et dun Emmanuel Todd ?
PAT. Lantiaméricanisme rabique de nombreux intellectuels contemporains représente, dans la plupart des cas, ce qui reste de leur foi communiste ou de leur marxisme de jeunesse. Il est inséparable de leur antisionisme radical. Cest là leur manière, toute fantasmatique, de rester révolutionnaires. Il leur suffit de dénoncer litaniquement les méfaits des « nouveaux maîtres du monde » en faisant léloge des bons et malheureux « peuples ». La vision marxiste de la lutte des classes se métamorphose ainsi en une vision mi-conspirationniste, mi-populiste, opposant « ceux den haut » (les méchants qui complotent) et « ceux den bas » (les victimes innocentes qui souffrent). Ces intellectuels engagés pensent désormais la politique en termes hyper-moraux, dans une perspective manichéenne. Ce populisme diabolisateur est une manière de se donner une identité « de gauche », dans un contexte politico-intellectuel où, privée de son pôle de structuration - lutopie communiste -, la gauche est devenue indéfinissable. Elle a perdu jusquà son principal drapeau idéologique, lidée de progrès, qui lui avait longtemps permis de se démarquer clairement de la droite. Car la droite libérale lui a confisqué le thème du « mouvement », du « changement », de la « réforme » perpétuelle. Avec le couple formé par lantisionisme radical et laméricanophobie, nombreux sont les intellectuels qui se donnent aujourdhui une identité militante de substitution. Car la posture de gauche, même floue, reste valorisée positivement.
Selon vous, « luniversalisme des Lumières ne constitue pas larme absolue contre les passions antijuives ». Que reste-t-il alors ?
PAT. Si le recours à luniversalisme des Lumières ne constitue pas « larme absolue », il peut néanmoins rendre des services dans certaines situations. Par exemple, face à lislamisme radical qui dénonce la laïcité comme un « poison judéo-maçonnique », on peut prendre appui sur lexigence duniversalité portée par le principe de laïcité, principe de séparation des pouvoirs temporel et spirituel, héritage des Lumières. Mais il est contreproductif de sattaquer à la judéophobie islamiste contemporaine sur la base dun retour à lathéisme militant de certains penseurs des Lumières, dont la critique antireligieuse a nourri la judéophobie moderne (pensez au baron dHolbach). Quant au déiste Voltaire, penseur de la « tolérance » et inventeur de lanti-judéo-christianisme moderne, il est fort mal placé pour nous donner des leçons de judéophilie. Ceux qui veulent combattre la représentation conspirationniste des Juifs ou des « judéo-croisés » que diffuse Al-Qaida, ont tout à perdre à se réclamer dun polémiste antijuif qui sattaquait avec une extrême virulence aux Juifs, quil accusait dêtre les instigateurs de lintolérance religieuse, comme en témoigne larticle « Juifs » du Dictionnaire philosophique : « Vous ne trouverez en eux quun peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler. »
Quest-ce que lhistorien que vous êtes répond à la question de savoir comment ces représentations antijuives aient pu persister depuis tant de siècles ?
PAT. Cest lun des plus épineux problèmes qui se posent à tous ceux philosophes, anthropologues, sociologues ou historiens qui se sont aventurés dans lexploration de ce que Robert Wistrich a justement appelé « la haine la plus longue ». Je fais lhypothèse que la judéophobie antique aurait pu prendre la figure dune xénophobie parmi dautres, si elle navait pas été intégrée et reformulée dans la doctrine chrétienne, qui lui a donné une assise théologique et, sous cette forme élaborée, lui a permis de se diffuser universellement. Le conflit de lÉglise et de la Synagogue na pas empêché lhistoire de lOccident de se constituer comme une histoire de lOccident judéo-chrétien. Et, du fait de la centralité de lhistoire dIsraël pour les chrétiens (qui se voulaient le « vrai Israël », Verus Israel), les vieux thèmes daccusation contre les Juifs et le judaïsme ont été indéfiniment recyclés, y compris dans le monde moderne en cours de déchristianisation, où, depuis la fin du XVIIIe siècle, se sont multipliées les formes sécularisées de judéophobie, liées aux grandes idéologies politiques (nationalisme, socialisme, etc.). La dernière étape de la longue transmission des représentations antijuives aura été celle de leur mondialisation. Les thèmes et les récits judéophobes ont fait lobjet dune diffusion internationale, pour constituer une sorte de capital idéologique universellement partagé ou partageable.
Lhypothèse que vous développez est que nous nous trouvons aujourdhui en présence dune configuration mythique et que ce récit mythique répond forcément à une demande sociale. Expliquez-nous !
PAT. Prenons la dénonciation contemporaine du « complot américano-sioniste ». Je fais lhypothèse que, devant la complexité croissante des sociétés contemporaines, qui sont aussi des sociétés techno-scientifiques valorisant la connaissance, la demande de savoir est accélérée par un double sentiment dignorance et dimpuissance. Aujourdhui, avec lévolution chaotique liée à la mondialisation, lobscurité semble saccroître avec lincertitude, laquelle provoque le désarroi et nourrit des angoisses. Face à des évolutions devenues inintelligibles, le mythe complotiste rassure en fournissant des réponses simples. La croyance au complot donne lillusion dexpliquer ou de pouvoir expliquer certains événements paraissant incompréhensibles. Cest là sa fonction principale. La grande « utilité » de la « théorie du complot » est de répondre à une demande sociale. Croire au complot, cest se mettre en mesure de donner du sens à ce qui en paraît dépourvu, et qui inquiète. Le simplisme des explications complotistes constitue une bouée de sauvetage pour les « paumés » de la mondialisation. Les théories complotistes font partie des théories à la fois simples, fausses et utiles. Utiles parce que répondant à une demande sociale quelles satisfont, elles sont imperméables à la pensée critique. Elles procurent lillusion, par la révélation des terribles secrets censés porter lHistoire, den devenir les maîtres. La politique nest toujours pas sortie de lâge du mythe.
Pourquoi les élites politiques et médiatiques en France se montrent-elles particulièrement anti-israéliennes ?
PAT. Il faut tenir compte de trois facteurs. Tout dabord, une grande partie des élites occidentales sest convertie depuis les années 1980 à la vision dun nouvel avenir radieux : celui de la société post-nationale, ou de la « démocratie cosmopolite », impliquant la disparition progressive des États-nations, considérés comme de déplorables survivances. Or, Israël est un État-nation démocratique, caractérisé même par sa démocratie forte. Il incarne lexception gênante. Son existence même est perçue comme un scandale. Ensuite, Israël, grande puissance régionale, est jumelé avec les États-Unis, lhyper-puissance mondiale, pour faire lobjet dune même dénonciation, sur lair de lanti-impérialisme. Et lon sait combien lanti-américanisme est enraciné en France. Le populisme misérabiliste ambiant pousse à la haine de la puissance, sur la base dun amalgame polémique : « puissance = injustice » (comme si les « faibles » étaient nécessairement « justes » !). Enfin, les élites françaises ont intériorisé la position prise par le général de Gaulle en novembre 1967, après la guerre des Six Jours : un anti-israélisme virulent lié à un parti pris pro-arabe.
Vous mettez en cause la faiblesse et la pusillanimité de la communauté internationale et de lEurope au premier chef qui, aujourdhui, renforcent le camp des ennemis de lOccident démocratique
PAT. Les pays occidentaux sont aujourdhui confrontés comme jamais au terrorisme islamiste dAl-Qaida et aux menaces dÉtats islamo-terroristes (lIran au premier chef). Lattitude frileuse des élites européennes face aux mobilisations violentes lancées par les milieux islamistes exploitant le malaise provoqué par la publication des caricatures de Mahomet, montre que sest insensiblement imposée la logique « plutôt verts que morts ». On connaît les faiblesses des démocraties pluralistes face à leurs ennemis les plus résolus, quelles refusent de reconnaître comme tels. La sous-estimation de lennemi est lopium des sociétés démocratiques opulentes. Ces dernières rêvent de navoir pas dennemis, ou, à défaut, davoir des ennemis tolérables. Mais la tolérance nest pas une politique, a fortiori au plan international. Ma crainte est quun esprit néo-munichois sinstalle dans notre Europe vieillissante. On peut craindre la double montée en puissance du courant neutraliste européen et du parti de la capitulation devant le terrorisme islamique, fêtant leurs fiançailles sur les ruines des liens transatlantiques et labandon dIsraël.
À vous lire, on ressent un sentiment qui ressemble à de la désespérance. On se demande naturellement « que faire » ? Cest aussi la question que vous vous posez aux dernières lignes de votre ouvrage sans que lon y trouve en vérité une réponse claire.
PAT. Poliakov rappelait volontiers, à ceux qui le questionnaient sur lavenir, que les historiens ne sont pas des prophètes. Jajouterai que les historiens, et plus largement les chercheurs en sciences sociales, nont pas non plus à jouer aux hommes politiques, en offrant aux citoyens des programmes daction. Ils doivent rester dans lordre du savoir, et semployer à combattre les idées fausses et à dissiper les illusions.
La haine la plus longue est peut-être une haine sans fin. Étudier les passions judéophobes, cest en découvrir le caractère répétitif et la force dévastatrice. Je ne suis pas pessimiste en ce sens que je ne pense pas que, face à la haine des Juifs, il ny a rien à faire. Mais jai abandonné depuis longtemps les illusions « progressistes » de lantiracisme triomphant des lendemains du procès de Nuremberg, fondé sur la croyance naïve quaprès le grand massacre des Juifs dEurope, lhumanité était entrée dans un âge où nul noserait plus sattaquer aux Juifs en tant que Juifs.
Or, ces derniers sont toujours menacés dans plusieurs parties du monde. Et sous de nouveaux prétextes, au nom de nouveaux discours de légitimation. Non plus au nom du nationalisme, mais au nom de lanti-nationalisme, de linternationalisme ou de lalter-mondialisme ; non plus au nom du racisme, mais au nom de lantiracisme (!) ; non plus au nom de la civilisation chrétienne, mais au nom de lislam ; non plus en tant quorientaux, mais en tant quoccidentaux. Face aux passions antijuives, qui viennent de loin et se singularisent par leur haute intensité, on ne peut guère que construire des digues. Vouloir les contenir est raisonnable. Prétendre les éradiquer relève jusquà nouvel ordre de lutopie. Il est préférable de vivre les yeux ouverts.
© Information Juive
Mis en ligne le 04 septembre 2008, par











