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Requiem pour la Géorgie, Martin Birbaum
Sarkozy revient de Moscou comme d’autres, à leur époque, de Munich. La Géorgie a été écrasée. Martin Birnbaum en fait l’oraison funèbre. (LV). Un texte remarquable, à diffuser largement. (Menahem Macina).
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13/08/08


Texte repris du site LibertyVox

 
Poutine et Medvedev

Pendant que 4 milliards de téléspectateurs regardaient l’époustouflante et fastueuse cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, organisés par les prochains «maîtres du monde» dans le plus pur style des jeux nazis de Berlin 1936, ou des grand-messes à la gloire des dirigeants nord-coréens, les Russes envahissaient l’Ossétie du Sud.

Depuis trois jours les radios et les télévisions du monde entier nous font savoir que la Russie est en train d’écraser le Géorgie. Bien sûr, George Bush élève la voix pour dire que les relations Etats-Unis-Russie vont en pâtir, bien sûr notre Kouchner national prend l’avion pour prêcher la bonne parole aux «deux parties». Impossible de lui faire dire que l’agresseur est Russe et que la Géorgie est agressée, et cela depuis des lustres…

En 1922, Staline redessine les frontières du Caucase et intègre l’Ossétie à la Russie. Originaire de Géorgie, il crée une «Ossétie du Sud», qui reste en Géorgie. 100.000 habitants à l’origine se partageant entre Géorgiens (un tiers) et Ossètes, 4.000 km² de superficie, voilà un pays de cocagne où il fait bon vivre et où les gens vivent en paix. Sa capitale s’appelle, de 1934 à 1961, «Stalinri». En 1989, à la faveur de l’écroulement de l’empire soviétique, une partie des Ossètes préfèrent se rattacher à la Russie et font sécession. Après trois années de guerre, sous l’influence de l’Europe, des Etats-Unis et de l’OSCE, on fige la situation et on confie à la Russie la mission «d’observateur» pour maintenir la paix. On assigne au loup la tâche de garder les moutons… La Géorgie est amputée d’une partie de son territoire, exode massif des Géorgiens vivant en Ossétie du Sud (surtout ne pas prononcer les mots «nettoyage ethnique») et le territoire est administré, depuis, par un «gouvernement» ossète qui n’est reconnu par personne au monde, sauf par la Russie…

Comme on connaît la pugnacité de l’Europe quand il s’agit de respecter la légalité internationale, les choses sont restées sans solution depuis plus de quinze ans, avec l’espoir que la Géorgie avalerait la couleuvre. Comme elle devait en avaler une seconde, l’Abkhazie : une autre république qui, avec l’aide généreuse de la Russie, a fait sécession aussi, donnant à cette dernière un morceau supplémentaire de rive de la Mer Noire.

Malheureusement (pour la Géorgie) un oléoduc construit pour acheminer le pétrole de la Mer Caspienne (Bakou) jusqu’au port turc sur la Méditerranée, Ceyhan, évite la Russie, dont le propre oléoduc se retrouve privé d’une partie de ses ressources. En fait, cela revient à faire la croix sur le transport de pétrole azerbaïdjanais vers Novorossisk par l’oléoduc russe, ce qui fait dire à un expert :

«Pour éviter ce genre de revirement à l’avenir, la Russie doit, en premier lieu, augmenter son influence dans les pays de la CEI, dans les anciens pays socialistes et en Turquie».

Nous y voilà : la Russie fait donner ses armées, écrase la Géorgie et «libère» la capitale d’Ossétie du Sud dans le silence assourdissant de l’Europe qui accepterait, in fine, que la Russie s’assure la mainmise sur cette voie d’approvisionnement. L’Europe qui, depuis la fin des années 70, s’est livrée, pieds et poings liés, à la Russie pour satisfaire ses besoins en gaz et pétrole. Certes, on a bien essayé de trouver un modus vivendi avec les Russes au moment de la conception de l’oléoduc. Mais tout accord devenait de plus en plus hypothétique au fur et à mesure que s’affirmait la tendance du gouvernement russe, présidé par Vladimir Poutine, à rétablir une autorité étatique ferme, entre autres, sur les productions d’hydrocarbures, et surtout à ne pas tolérer d’intrusion politique des étrangers dans les affaires économiques russes.

Lors de l’inauguration du canal de Suez, en 1869, parmi les félicitations dont on abreuvait Ferdinand de Lesseps, Bismarck lui fit remarquer qu’il avait fixé géographiquement le lieu des futures batailles. Bismarck n’avait pas tort, l’analogie est parfaite pour l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan.

Les Occidentaux ont été surpris par la rapidité et la disproportion de la réaction russe à la soi-disant «agression» géorgienne. En fait, tout était préparé depuis longtemps : plus de 60.000 hommes attendaient, l’arme au pied, du côté de l’Ossétie du Nord (en Russie) ainsi que plus de 300 chars d’assaut, une armada de chasseurs bombardiers et d’avions gros porteurs transportant des moyens de locomotion et des pièces d’artillerie, bref, «la réaction» était préparée, elle n’attendait que «l’action», le prétexte.

Chassez le naturel, il revient au galop ! La diplomatie russe commence à afficher des comportements qui ne peuvent que rappeler la diplomatie soviétique. Non seulement c’est la Géorgie qui est dénoncée comme l’agresseur, mais, au Conseil de Sécurité, on entend, ébahi, le représentant russe, M. Churkin, dire :

« ce n’est pas à ceux qui ont bombardé Belgrade ou qui tuent des civils en Irak et en Afghanistan de protester contre nos bombardements de l’agresseur géorgien, qui n’avait qu’à pas commencer ».

Et, oubliant où il se trouvait :

« l’agression géorgienne a donné un coup fatal à l’intégrité territoriale de ce pays ».

Son patron, le Ministre des Affaires Etrangères russe, Sergueï Lavrov, téléphone à Condoleeza Rice pour lui dire que le président élu de la Géorgie doit partir !

Pour ajouter l’ignominie à l’exagération, Medvedev, le nouveau président russe, parle de « nettoyage ethnique des russes d’Ossétie », tandis que Poutine, le nouveau Premier ministre, évoque un «génocide», car il y aurait 2.000 morts parmi les habitants de l’Ossétie du Sud.

Un pays va se faire écraser aux portes de l’Europe. Que ce soit "un prêté pour un rendu" (Kosovo), que ce soit pour de bonnes raisons pétrolières, une chose est certaine, la Russie actuelle, que certains pensaient sur la voie de la démocratie, n’est en réalité que la digne héritière de l’Union Soviétique. Certes, on ne tue plus les dirigeants qui "dévient" de la ligne du Parti, car il n’y a plus de parti, il n’y a qu’une mafia d’origine KGBiste, qui a trusté les postes de pouvoir et/ou de profits économiques. La France en sait quelque chose, elle dont la Côte d’Azur est la destination préférée des "hommes d’affaires" russes, qui achètent des propriétés en payant cash des dizaines de millions d’euros. Mais cela nécessite que l’on tue et emprisonne tous ceux dont la tête dépasse. Anna Politovskaya, Mikhail Khodorkovsky, deux exemples parmi d’autres.

La Russie se veut, à nouveau, puissance impériale. Elle n’admet pas que d’anciens «confettis» de l’empire soviétique s’émancipent et aillent voir du côté de l’Ouest. Elle veut montrer que la force est de son côté et que rien ni personne ne peut arrêter son retour au premier plan mondial. Son action militaire en Géorgie, qui met en œuvre l’infanterie, l’aviation, la marine et des fusées, est la plus imposante à l’extérieur de ses frontières depuis l’implosion de l’Union Soviétique (et la seule depuis l’Afghanistan…). Deuxième producteur mondial de gaz et pétrole, la Russie dispose d’un droit de veto à l’ONU et de plus d’armes nucléaires qu’il n’en faut pour anéantir cent fois la planète. Elle fait ce qu’elle veut et ne se donne même plus la peine de masquer ses intentions. Elle montre l’exemple à l’Iran après avoir laissé la Corée du Nord se doter du nucléaire militaire.

Et que trouve-t-elle pour lui faire pièce ? Bernard Kouchner, qui va à Tbilissi pour « raisonner » la Géorgie, avant d’aller à Moscou pour prêcher la bonne parole. Pour « apaiser », dit-il… Notre président, lui aussi, est allé à Moscou pour faire connaître à celui qui annonçait que la Russie « allait poursuivre les Tchétchènes jusque dans les chiottes », son plan pour une sortie de la crise… En conférence de presse avec «le président» russe il reste de glace quand celui-ci éructe :

« Ces gens-là sont des déments, des dégénérés qui, dès qu’ils reniflent l’odeur du sang, ne peuvent plus s’arrêter».

Pendant ce temps, la Géorgie sera écrasée et la Russie ira cracher sur sa tombe.


© Martin Birnbaum

 

[Texte aimablement signalé par P.I. Lurçat, accompagné de cette remarque désabusée : « Soljenytsine est mort, l’URSS renaît de ses cendres... ».]

 

Mis en ligne le 13 août 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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